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Les yeux bandés pour éveiller les sens et les consciences

Une silhouette de femme portant un masque et des mains tenant des couverts.

Les soupers dans le noir sont une expérience sensorielle peu commune.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Être privé du sens de la vue et perdre ses repères, le temps d'une soirée. C'est l'expérience qu'ont vécue une centaine de personnes réunies ce dimanche au Bistro 75, à Gatineau.

Un texte de Karine Lessard pour l'émission Sur le vif

Un souper dans le noir, organisé par l’Association des personnes handicapées visuelles de l’Outaouais. Les participants se retrouvent les yeux bandés alors que leurs quatre autres sens sont interpellés.

Ce concept de plus en plus répandu vise à sensibiliser et conscientiser le public aux réalités et aux enjeux que vivent les personnes handicapées visuelles.

Je me suis prêtée à cet exercice sensoriel.


L’ouïe est assurément le sens qui a été le plus sollicité durant le repas. Les sons semblaient décuplés, si bien qu’il devenait irritant d’entendre une centaine de personnes discuter en même temps. La concentration a été plus que nécessaire, même s’il s’agissait d’interagir simplement avec son voisin, afin de bien l’entendre par-dessus tout le bruit.

C’est déstabilisant! Ça surprend à quel point le son ambiant devient omniprésent quand on est privé de la vue. On doit se concentrer et suivre le son pour savoir d’où vient la voix de nos voisins de table.

Karine Lessard, journaliste

L’odorat a été le sens le moins utilisé lors du souper dans le noir. Bien que des arômes du repas aient flotté dans l’air durant la soirée, les odeurs semblent jouer un rôle plus subtil dans la courte durée du repas. Marielle Mernier, septuagénaire qui a perdu la vue à l’âge de 25 ans, rappelle le rôle essentiel que joue l’odorat pour les non-voyants.

Moi, chaque fois que j’ouvre une boîte dans mon réfrigérateur, je mets le nez dedans pour savoir si c’est encore frais, pour savoir si c’est la bonne chose.

Marielle Mernier, septuagénaire ayant perdu la vue à 25 ans

Je n’ai pas compté le nombre de tâtonnements effectués sur la table au cours de la soirée, afin de bien repérer les objets devant moi. Mes mains avançaient lentement, touchant à droite, à gauche, pour trouver tantôt un verre d’eau, tantôt une fourchette.

On doit se fier sur le poids de la fourchette pour savoir si elle est bien remplie de nourriture. Pas besoin de vous dire que j’ai échoué à plusieurs reprises! On a même dû me remettre une cuillère pour finir mon assiette, de longues minutes après tout le monde.

Karine Lessard, journaliste

Lorsque le contenu de l'assiette n’est pas décrit par les serveurs, le sens du goût devient un jeu de devinettes. Un riz parfumé, oui, mais avec quoi? Un saumon crémeux possiblement citronné, un dessert aux fraises? Où est-ce aux framboises?

Ce n’est qu’après le repas, qu’on m’a expliqué que mon saumon était accompagné d’une sauce aux poivrons rouges. Un goût plus subtil que je n’ai pas su reconnaître.

Karine Lessard, journaliste

Bien que cette soirée ne soit que de courte durée, elle a m'assurément permis de mieux comprendre les réalités et défis de ceux et celles qui les vivent quotidiennement.

Ottawa-Gatineau

Société