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  • Le lait canadien battu en brèche? 

    Des agriculteurs manifestent le 25 mai 1967 sur la colline parlementaire à Ottawa pour réclamer une augmentation du prix payé pour leur lait.
    La gestion de l'offre des produits agricoles existe au Canada depuis le début des années 1970. Photo: Radio-Canada
    Radio-Canada

    Avec les traités de libre-échange qui se multiplient entre le Canada et ses partenaires commerciaux, le monde agricole canadien s'inquiète. Par exemple, des brèches s'ouvrent dans la politique de la gestion de l'offre. Radio-Canada a suivi au cours des décennies l'évolution de cette politique.

    Une mesure pour contrer la fragilité des revenus

    Mercredi matin, on se lève, on chausse nos bottines.
    Pour aller bon train marcher sur la Colline.
    Les habitants sont là. Le cinq piastres on l'aura.

    Des manifestants sur la colline Parlementaire, le 25 mai 1967

    Le programme de la gestion de l’offre est l'un des piliers de la politique agricole canadienne.

    Il s’applique à trois secteurs : les produits laitiers, les œufs et la volaille.

    Pourquoi le gouvernement canadien a-t-il instauré ce programme? La réponse est simple : pour assurer aux producteurs agricoles un revenu adéquat et stable.

    Avant le début des années 1970, c’est la loi du marché qui règne dans le secteur agricole. Les revenus des agriculteurs sont donc assujettis à d’importantes variations.

    En 1966 par exemple, un tiers des producteurs laitiers du Québec et de l’Ontario vit en dessous du seuil de pauvreté.

    On comprend qu'ils soient fort mécontents à cette époque.

    Une marche sur Ottawa

    En mai 1967, ils se dirigent vers la capitale fédérale. Ils exigent du gouvernement Pearson un meilleur prix pour leur labeur. C’est ce qu’on connaît par le nom de la marche sur Ottawa.

    Aujourd'hui, 25 mai 1967

    L’émission Aujourd’hui était présente lors de cette marche sur la colline Parlementaire le 25 mai 1967.

    Les producteurs laitiers chantent une version modifiée de la chanson La reine, le roi et le p’tit Prince, qui résume la précarité de leur situation. La gaieté de cette chanson n’empêche pas leurs revendications d’être sérieuses.

    Le ministre fédéral des Forêts et du Développement rural, Maurice Sauvé, les renvoie demander satisfaction auprès du gouvernement provincial québécois.

    Cette réponse choque profondément les agriculteurs. Ils répliquent que c’est Ottawa et non Québec qui fixe les prix.

    Quand les agriculteurs font une montée de lait

    Eugene Whelan a été accueilli par une pinte de lait en plein visage. Là-dessus, fin des pourparlers.

    Georges Desîlets, 3 juin 1976

    En 1972, le gouvernement fédéral instaure le système de la gestion de l’offre.

    La production laitière est limitée par l’établissement de quotas. Cette planification stabilise les prix et garantit un revenu minimal aux agriculteurs.

    Mais le système provoque parfois des confrontations entre le monde agricole et les autorités fédérales.

    C’est particulièrement le cas au milieu des années 1970, quand Ottawa décide de réduire les quotas pour éviter la surproduction laitière.

    Le 3 juin 1976, 5000 producteurs en colère prennent d’assaut la colline Parlementaire.

    Téléjournal, 3 juin 1976

    Le journaliste Georges Desîlets est présent à la manifestation. Le Téléjournal animé par Normand Harvey présente son reportage.

    Les représentants des producteurs laitiers rencontrent les ministres fédéraux pour exiger une compensation à leurs pertes de revenus qu’ils évaluent à 20 %. Le cabinet fédéral refuse.

    À l’extérieur, la colère des manifestants atteint son paroxysme.

    Il éclate au visage du ministre de l’agriculture fédéral Eugene Whelan quand ce dernier se présente devant eux.

    Le ministre reçoit une pinte de lait en plein visage! Les policiers doivent intervenir lorsque les protestataires cherchent à occuper le parlement.

    Des brèches dans la forteresse

    Une des denrées que les Canadiens ramènent des États-Unis, c’est le lait, pour la simple et bonne raison qu’il est beaucoup moins cher que le lait canadien.

    Catherine Kovacs, 10 janvier 1992

    Si la gestion de l’offre canadienne protège les producteurs agricoles, désavantagerait-elle les consommateurs canadiens?

    À tout prix, 10 janvier 1992

    Le 10 janvier 1992, la journaliste Catherine Kovacs visite deux fermes laitières : celle de Joe Giroux, près de Plattsburgh dans l’État de New York et celle de la famille Sylvain Gascon à Saint-Anicet, au Québec. Son reportage est présenté à l’émission À tout prix.

    À cette époque, dans l’État de New York, la pinte de lait se vend 78 cents canadiens; au Québec, ce prix est de 1,06 dollar canadien.

    La différence s’explique par le fait que les coûts de production sont 35 % moins élevés pour Joe Giroux que pour Sylvain Gascon. Une première clé du mystère de la différence de prix se trouve là.

    Une deuxième clé, c’est qu’au Canada le prix de vente du lait est obligatoirement lié aux coûts de production. Aux États-Unis, les producteurs laitiers peuvent le vendre en dessous de ces coûts.

    En 1992, les consommateurs du Québec déboursent 155 millions de dollars de plus que les New-Yorkais pour boire leur verre de lait.

    Cette situation n’a pas fondamentalement changé depuis 1992.

    On comprend, dans ce contexte, l’inquiétude de l'industrie laitière canadienne de voir entrer, grâce à l’Accord États-Unis–Mexique–Canada (AEUMC) ou encore à l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE) des produits laitiers moins chers.

    Nos producteurs résisteront-ils à l’arrivée de ces fromages européens ou de litres de lait américain jouissant de prix plus concurrentiels?

    Ce sera l’ampleur des compensations qu’ils recevront du gouvernement fédéral, et l’appui des consommateurs canadiens, qui le déterminera.

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