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Suicides en Haute-Gatineau : cri du coeur des intervenants

L'organisme Suicide Détour observe une augmentation du taux de suicide dans la Vallée-de-la-Gatineau et souhaite que le gouvernement offre plus de ressources. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'organisme Suicide Détour souhaite lever le voile sur la « crise » vécue dans la Vallée-de-la-Gatineau relativement au suicide. Les acteurs du milieu dénoncent un manque de ressources, notamment financières, pour prévenir les suicides.

Ce n’est pas normal ce qui se passe présentement, il y a trop de décès par suicide, on est inquiets, on lance un cri du coeur, déclare Caroline Lafontaine, coordonnatrice chez Suicide Détour, qui affirme que l’alerte a aussi été lancée à la santé publique de l’Outaouais.

Le nombre d’appels [et] de demandes d’aide explose, comparativement aux années passées.

Caroline Lafontaine, coordonnatrice chez Suicide Détour

Cette année, on fait face à un nombre de suicides très élevé comparativement à la moyenne. C’est une crise qui est incroyable pour la région, observe la coordonnatrice.

Caroline Lafontaine, coordonnatrice de l'organisme Suicide DétourCaroline Lafontaine, coordonnatrice de l'organisme Suicide Détour Photo : Radio-Canada

Une « crise » due au manque de ressources?

Ce cri du coeur, la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche assure l’avoir entendu.

On est en crise et il faut réagir immédiatement [...] On a vraiment besoin de plus de ressources dans la Vallée-de-la-Gatineau, soutient Mme Lamarche.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-GatineauChantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau Photo : Radio-Canada

Le quotidien qui file à une vitesse effrénée peut expliquer, selon elle, la détresse ressentie par certaines personnes. Elle croit cependant que la lenteur du processus d’aide et le manque de ressources y sont pour beaucoup.

La personne qui est en détresse [pour qui] c’est urgent, ça peut prendre 3-4 mois avant d’avoir de l’aide.

Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau

La préfète explique que lorsqu’une personne lance un appel de détresse, au 811 notamment, le dossier de la personne pourrait faire un va-et-vient entre le Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), situé à Gatineau et la MRC. Avant d’avoir une porte ouverte, ça peut prendre du temps.

Chantal Lamarche attribue cette lenteur à la « réforme Barrette », soit la décision du ministère de la Santé d’abolir les agences de santé régionales en 2014. Le temps que ça [la demande d’aide] se rende ici, des fois il est trop tard, explique-t-elle.

Le député caquiste nouvellement élu, Robert Bussière, abonde dans le même sens. Il assure également qu’il va se pencher sur la question. Il manque de fonds [et] j’ai bien l’intention de travailler étroitement avec cet organisme [Suicide Détour].

Robert Bussière, député provincial de GatineauRobert Bussière, député provincial de Gatineau Photo : Radio-Canada

M. Bussière déplore aussi ce qu’il estime être une relation non équitable entre l’Outaouais et le reste du Québec.

Vous savez que l'Outaouais a été une région acquise aux libéraux depuis de nombreuses années. Est-ce que c’est quelque chose qui relie à tout ça, ce sont ces questions-là qu’on doit se poser, a-t-il lancé.

Un soutien inestimable selon une mère endeuillée

Devoir attendre pour avoir accès aux services est l’une des sources du problème selon la préfète. Encore faut-il savoir qu’elles existent fait remarquer Carole Saint-Amour, résidente de la MRC dont le fils s’est suicidé cette année.

Je me dis que si mon fils avait su [que des services existaient], peut-être qu’il se serait tourné vers eux. Peut-être qu’il n’aurait pas fait son geste, confie-t-elle, mais je ne le saurai jamais.

Carole Saint-Amour, résidente de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau dont le fils de 19 ans s'est enlevé la vieCarole Saint-Amour, résidente de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau dont le fils de 19 ans s'est enlevé la vie Photo : Radio-Canada

C’est au moment de la mort de son fils de 19 ans, en janvier dernier, que Mme Saint-Amour a découvert Suicide Détour.

Du jour au lendemain j’ai eu besoin d’aide, parce qu’il n’y a eu aucun signe, confirme-t-elle.

Face au vide laissé par la mort d’un fils, la famille Saint-Amour a eu besoin d’appui. Il faut trouver une raison pour continuer de vivre [et] on a vraiment besoin de soutien, mentionne Mme Saint-Amour

J’ai une autre petite fille de 9 ans. On veut continuer pour elle, mais on a besoin d’aide pour se lever le matin, pour dire la vie continue malgré tout.

Carole Saint-Amour, résidente de la MRC dont le fils s'est suicidé

Elle estime qu’il faut faire de la prévention, ainsi que la « promotion de la vie » pour éviter que d’autres personnes attentent à leur vie.

Une augmentation « difficile à expliquer » selon le CISSSO

De son côté, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) confirme une certaine hausse du taux de suicide dans la Vallée-de-la-Gatineau, pour la dernière année.

On a entendu parler d'une hausse des cas de suicides dans la Vallée-de-la-Gatineau, atteste Alain Godmaire, directeur des programmes en santé mentale et en dépendance du CISSSO.

M. Godmaire assure que le CISSSO ne détient cependant pas de données officielles ni ne connaît les sources qui pourraient être à l'origine de cette hausse.

Photo d'Alain GodmaireAlain Godmaire, directeur des programmes en santé mentale et dépendance du Centre intégré de santé et des services sociaux (CISSS) de l'Outaouais Photo : Radio-Canada

En ce qui a trait au potentiel manque de ressources, le directeur soutient que le milieu communautaire n'a pas connu de coupures au niveau de son financement.

M. Godmaire se demande plutôt si les personnes qui ont besoin des services connaissent bel et bien leur existence. Nos services sont disponibles, mais est-ce que tout le monde qui a besoin de services prend le téléphone et compose?, demande-t-il.

Il croit que le nerf de la guerre demeure la sensibilisation et la prévention, d'où l'importance selon lui de faire la promotion des services existants. Il conclut également qu'une conversation est nécessaire entre tous les acteurs concernés pour concerter les efforts.

Vous ou un proche avez besoin d'aide?

Tel-Aide Outaouais

  • À Gatineau : 819 775-3223
  • Ailleurs en Outaouais : 1 800 567-9699
  • À Ottawa : 613 741-6433

Ligne de crise en santé mentale

  • À Ottawa : 613 722-6914
  • Ailleurs dans l'Est ontarien : 1 866 996-0991

Suicide Détour de la Vallée-de-la-Gatineau

  • 1 866 APPELLE

Avec les informations de Martin Robert

Ottawa-Gatineau

Santé mentale