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Cannabis comestible : les entrepreneurs ontariens se tiennent prêts pour 2019

Présentation de plats représentant le cannabis comestible
Le cannabis comestible ne sera pas autorisé à la vente au Canada avant environ un an. Photo: Unsplash / Justin Aikin
Radio-Canada

Le cannabis récréatif sera légal mercredi au Canada, mais pas les produits comestibles à base de la plante verte, qui devront attendre environ un an pour devenir à leur tour commercialisables. En attendant, l'industrie alimentaire se prépare en Ontario à faire son entrée sur le marché.

Un texte de Camille Feireisen

Un produit comestible c'est clair que c'est illégal, sans question, rappelle Sarah Bain, directrice des affaires externes pour les entreprises Auxly Cannabis et Nesta Holding.

Il faudra sans doute une bonne année encore avant que le gouvernement fédéral autorise la vente de produits comestibles à base de cannabis.

Les produits comestibles ont plus d'aspects de législation et de notions juridiques à prendre en compte que les produits autorisés, comme l'huile et la plante sèche, explique Mme Bain.

Il s'agit aussi d'ajuster les réglementations au marché de la nourriture et de s'inspirer d'autres modèles, comme ceux des États américains où la marijuana a déjà été légalisée, selon Chad Finkelstein, avocat à Dale & Lessmann LLP.

On pourrait penser que les produits comestibles auraient dû être légalisés avant ceux qu'on fume, considérant les risques pour la santé, mais la raison est qu'il y a des critères spécifiques comme les emballages, la variété des produits, par exemple les gâteaux ou les bonbons, qui pourraient attirer les enfants, explique-t-il.

Des barres chocolatées, des emballages de bonbons et de biscuits, et des boissons colorées affichent toutes la mention « Cannabis ».Le 1er octobre 2017, le Colorado a banni les produits contenants du cannabis qui ont la forme de fruits, d'animaux ou de personnages, et qui peuvent attirer les enfants. Photo : La Presse canadienne / Ed Andrieski

Mais même si les entreprises canadiennes ignorent encore la date exacte de la commercialisation de leurs produits alimentaires à base de cannabis, elles démontrent déjà beaucoup de créativité.

L'industrie sur le qui-vive

C'est le moment idéal pour les entrepreneurs d'améliorer leurs méthodes de production et leurs stratégies de mise en marché, selon Tricia Ryan, la directrice du Studio d'innovation et de recherche des aliments (FIRST) du Collège George Brown de Toronto.

On estime que la valeur du marché des produits comestibles à base de cannabis devrait atteindre 12 milliards de dollars, alors nous remarquons un intérêt grandissant du côté des entrepreneurs de l'industrie, souligne-t-elle.

Le centre de recherche FIRST a d'ailleurs organisé lundi une journée de conférences, Cuisiner avec du cannabis, où une cinquantaine d'entrepreneurs et membres du public ont pu venir en apprendre davantage sur les possibilités qu'offre la plante verte dans une assiette, ou dans un verre, par exemple.

des cuisiniers préparent à manger dans une cuisine ouverte dans une café L'événement « Cuisiner avec du cannabis » était organisé lundi par le Studio d'innovation et de recherche des aliments (FIRST) du Collège George Brown avec d'autres partenaires, comme Restaurants Canada. Photo : Radio-Canada

Nombreux sont les Canadiens qui veulent consommer du cannabis sans forcément avoir à le fumer disent plusieurs études. Aussi c'est une occasion extraordinaire pour les entrepreneurs de l'industrie alimentaire d'offrir de nouveaux produits, considère-t-elle.

Il sera d'ailleurs déjà permis de fabriquer ses propres produits comestibles et recettes chez soi, à la maison. Ou encore de faire des vidéos sur Internet, rappelle pour sa part Sarah Bain.

C'est pour cela que c'est important de sensibiliser le public, c'est le rôle du gouvernement, mais aussi le nôtre, en tant qu'industrie, estime-t-elle.

Selon le chef cuisinier de Los Angeles Chris Sayegh, le dosage est la clé d'une recette à base de cannabis.

Il faut vraiment prendre en compte le poids et le volume du produit et combien de cannabis vous mettez dans votre plat, quel qu'il soit. Il faut aussi que cette dose de cannabis soit testée en laboratoire, pour savoir exactement sa quantité de THC et ajuster le dosage en fonction du plat, décrit-il.

Chris Sayegh a les cheveux bouclés bruns, il porte une fine barbe, il a un costume noir et une cravate blanche, il sourit et pose devant des fourneaux dans une cuisineChris Sayegh, chef cuisinier, est spécialisé dans les recettes à base d'herbes, notamment le cannabis. Photo : Radio-Canada

Avec son équipe, il sillonne le globe pour faire des démonstrations de recettes à base de cannabis. Dans certains États américains, comme en Californie, il peut déjà utiliser et faire goûter les mets contenant du cannabis.

Dans d'autres endroits, comme au Canada, il remplace celle-ci par une autre plante, en attendant. Il n'y a pas de goût de cannabis dans notre cuisine. C'est très difficile à doser, donc c'est plus à propos des effets, les dosages, souligne-t-il.

L'idée est vraiment d'éduquer les gens et de montrer ce qu'il est possible de faire avec le cannabis. Notre mission n'est pas seulement de faire planer les gens, mais de montrer en quoi cette plante est précieuse pour l'humanité.

Chris Sayegh, chef cuisiner spécialisé dans le cannabis

Se préparer pour 2019

De son côté, Sarah Bain reconnaît qu'en attendant la légalisation de la vente de ces produits comestibles, les Canadiens risquent de continuer à se tourner vers l'industrie illégale, lorsqu'ils ne veulent pas fumer.

Il sera donc important de bien prendre en compte leurs attentes, considérant qu'il est déjà possible de se procurer des produits sur le marché noir.

Aux États-Unis, à la fin de la prohibition, cela a pris 15 ans avant que les producteurs légaux rattrapent le retard pour répondre aux besoins des consommateurs.

Sarah Bain, directrice des affaires externes, Auxly Cannabis et Nesta Holding

Cette année, le gouvernement délivre des licences de recherches pour l'élaboration de produits pharmaceutiques et comestibles, entre autres. Il consultera également le public et l'industrie pour préparer la règlementation, qui devra être inscrite sur les emballages, notamment.

Il faudra des emballages très clairs, concernant le dosage, etc. Il n'y aura pas que Santé Canada qui va y participer, mais aussi l'Agence canadienne d'inspection des aliments et d'autres ministères, conclut Mme Bain.

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