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IKEA imperméable à la pénurie de main-d’œuvre?

Une vue intérieure du nouveau magasin IKEA de Québec.
Une vue intérieure du nouveau magasin IKEA de Québec. Photo: Radio-Canada / Camille Simard

Leader incontesté de la clé Allen, IKEA semble aussi détenir les clés du recrutement de personnel. En pleine pénurie de main-d'œuvre dans une région qui affiche le plein emploi, l'entreprise a réussi à trouver 280 travailleurs pour son magasin de Québec.

Un texte de David Rémillard

Une dizaine de postes pour Québec sont toujours affichés en ligne dans la section carrières du géant suédois de l'ameublement. IKEA assure cependant avoir pourvu les 280 postes, dont la moitié à temps plein, annoncés pour son grand retour dans la capitale.

« Bien que nous comprenions les défis dans la région, nous sommes heureux d’annoncer que nous avons atteint notre objectif », affirme une porte-parole d’IKEA Canada dans un échange de courriels.

La majorité des travailleurs proviendrait de la grande région de Québec, écrit cette même porte-parole, sans en préciser la proportion. Une trentaine d'entre eux travaillaient déjà au centre de cueillette avant l'arrivée du magasin à grande surface.

Tous les employés n'ont pas été embauchés ici. On indique chez IKEA Canada que du personnel travaillant dans d'autres villes de la province, voire du pays, a été muté à Québec.

« Nous estimons que moins de 5 % des collaborateurs ont été recrutés hors de la province, mais tous sont francophones », assure-t-on.

Très disponibles avant l’ouverture le 22 août, les directeurs du magasin de Québec ne l’étaient pas ces deux dernières semaines pour commenter les succès de recrutement de la multinationale.

« IKEA avait déjà une base solide au Québec et l'engouement de l’ouverture d’un IKEA à Québec a également suscité beaucoup d'enthousiasme chez ses futurs collaborateurs », évoque la direction nationale, toujours par écrit, pour expliquer ce recrutement prolifique.

IKEA n'a pas voulu divulguer son échelle salariale.

L’importance de la marque

Pour Anne Bourhis, professeure au Département de gestion des ressources humaines à HEC Montréal, la réputation enviable dont jouit IKEA est probablement en grande partie responsable de son attractivité, et pas seulement chez les amateurs de meubles à assembler soi-même.

« Il y a une aura plutôt positive autour du magasin et de la marque IKEA. […] Et ça, ça se reflète aussi sur ce qu’on appelle la marque employeur, c’est-à-dire la perception que de futurs employés ou candidats ont de l’employeur », analyse-t-elle.

Mais une réputation, à elle seule, ne suffit pas dans un marché comme Québec. Le taux de chômage oscillait autour de 4 %, y compris lors de la période de recrutement d’IKEA, au printemps et à l'été.

L’experte cite de bons coups réalisés par les dirigeants. IKEA ne s’est pas contentée de pavoiser sur « l’arrivée d’un magasin pour des consommateurs potentiels », mais a aussi annoncé « l’arrivée d’un employeur potentiel », souligne Mme Bourhis.

Fil d'attente au IKEA de QuébecLes consommateurs n'ont pas hésité à braver la pluie lors de l'ouverture du IKEA de Québec, le 22 août Photo : Radio-Canada / Nahila Bendali Amor

La spécialiste croit que des employeurs pourraient s'inspirer de certaines stratégies utilisées par IKEA, davantage axées sur la personnalité que sur l'expérience ou la formation. IKEA appelle cet axe le « recrutement basé sur les valeurs ».

« Même un candidat qui n’avait peut-être pas beaucoup d’expérience, ou qui n’avait peut-être pas beaucoup de diplômes pouvait avoir l’impression que ses qualités intrinsèques seraient évaluées », explique Mme Bourhis, au sujet d'ateliers « ludiques » proposés par IKEA lors de foires de l'emploi.

« Je pense que c’est quelque chose à retenir pour des employeurs qui sont à la recherche de main-d’œuvre. Quelquefois, [en prenant compte] uniquement le CV de la personne, son expérience, ses diplômes, on rejette des candidats qui, finalement, auraient les compétences requises. »

Si IKEA a traversé la pénurie de main-d’œuvre avec une certaine aisance, le recrutement aurait probablement été plus facile il y a une décennie, conclut Mme Bourhis.

Il y a dix ans ou il y a quinze ans, dans les mêmes circonstances, l’ouverture d’un magasin avec 280 postes à combler, je crois qu’en quelques jours les postes auraient été comblés, et non en quelques semaines ou en quelques mois. 

Anne Bourhis, professeure à HEC Montréal

Conditions de travail

Dans ses offres d’emploi, IKEA s’engage auprès des candidats à ne pas les faire travailler plus de 39 fins de semaine par année, ni plus de deux soirs par semaine.

La multinationale offre divers programmes d’avantages sociaux et l’accès à un programme d’épargne-retraite. Elle garantit une possibilité d'avancement dans l'entreprise pour tous.

En 2017, IKEA a versé 145 millions de dollars dans les comptes d’épargne-retraite de ses employés à travers le monde. Au Canada, les travailleurs à temps plein ont chacun reçu 1453 $, quel que soit le salaire annuel ou le poste occupé.

En plus d'aider au recrutement, de telles conditions de travail facilitent la rétention du personnel, selon Frank Pons, professeur en marketing à l’Université Laval.

Conserver son personnel est tout aussi important, selon lui, que d'être un bon recruteur.

« Surtout dans les conditions actuelles, où il y a beaucoup de compétition pour la main-d’œuvre », soutient M. Pons, parlant d'un « double défi » à Québec pour les entreprises.

À son avis, plusieurs employeurs ont probablement perdu des travailleurs au profit d'IKEA ces derniers mois. « Sans aucun doute. »

Québec

Économie