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Police de Calgary : il faut renouveler les cadres, dit l'ancienne directrice des RH

Une dame aux cheveux gris est assise dans sa cuisine aux murs verts.
Sheila Ball, ancienne responsable des ressources humaines au Service de police de Calgary. Photo: CBC / Colleen Underwood
Radio-Canada

« Il y a un énorme fossé entre les agents et leurs supérieurs », affirme l'ancienne responsable des ressources humaines (RH) du Service de police de Calgary (SPC), Sheila Ball. Elle dénonce à son tour une culture d'entreprise dictatoriale au sein du SPC et croit qu'il est temps de renouveler une bonne partie des cadres de la direction pour que la situation change.

Sheila Ball était sur le point de prendre sa retraite après une carrière de 25 ans dans les RH, quand son téléphone a sonné une journée de décembre. Au bout du fil, un chasseur de têtes qui lui propose de devenir responsable des ressources humaines au Service de police de Calgary (SPC).

On lui explique que le SPC cherche une personne qui puisse incarner le changement en mettant fin aux plaintes de harcèlement, d’intimidation et de discrimination qui sapent l’ambiance de travail.

« Le poste a piqué ma curiosité », admet Mme Ball. Ce n’est pas le premier défi du genre qu’elle devait relever. Elle a accepté cette mission, enthousiaste.

Une gestion rétrograde

Sheila Ball devient la première civile à occuper le poste de responsable des ressources humaines au SPC en février. À peine en poste, la gestionnaire découvre un tout autre monde que celui qu’elle avait connu dans le secteur énergétique, où elle a passé la plus grande partie de sa carrière.

« J’ai vite réalisé qu’ils [les policiers] étaient en retard de 20 à 30 ans dans la gestion des RH », témoigne Mme Ball. À l’interne, tout le système repose sur un modèle de « commandement et de contrôle dont [elle n'avait] entendu parler que dans les manuels [de RH] », dit-elle, encore incrédule.

Pour mieux comprendre le mal qui ronge le SPC, Sheila Ball a commencé par sonder les différentes équipes, notamment les agents de première ligne, avec lesquels elle part en patrouille.

J’ai diagnostiqué une culture de la souffrance.

Sheila Ball, ancienne directrice des RH, SPC

Pour Mme Ball, il ne fait aucun doute que les agents aiment leur emploi, leurs collègues et l’idée d'être au service des Calgariens. Mais, les exigences de leur métier ont des répercussions négatives sur leur santé physique et psychologique, a découvert Mme Ball. Le problème est qu’ils ne se sentent ni écoutés ni soutenus par la direction.

Une chape de plomb

C'est quand Sheila Ball a tenté de faire le même travail dans l’équipe de direction qu’elle s'est heurtée à un mur. Après plusieurs tentatives pour établir un dialogue avec ses supérieurs ou leur proposer de nouvelles méthodes de gestion, on lui a ri au nez ou, tout bonnement, on l'a ignorée.

Mme Ball affirme qu’on lui a même dit de ne pas poser de questions, ou qu’elle devait se contenter d’un « C’est comme ça que ça se passe » ici, comme réponse des supérieurs.

Elle a alors demandé à s'adresser au chef de la police de Calgary directement, comme cela se fait dans d’autres organisations ou organismes. Mais là encore, on lui a mis des bâtons dans les roues. Cette requête, anodine pour elle, s'est transformée en un cas devant être étudié devant un comité peu coopératif.

« Je ne me suis jamais sentie aussi humiliée de ma vie », admet-elle. « Jamais je n’ai eu à me justifier de la sorte dans ma vie professionnelle. »

Après cet événement, Mme Ball a remarqué qu’elle était exclue des réunions touchant aux RH. « Dès que je me suis adressée directement au chef de la police [...] on a commencé à me faire comprendre, de façon explicite et implicite, que je n’étais pas appréciée et que je n'arriverais pas [à changer les choses] », raconte Sheila Ball.

Découragée, elle a fini par baisser les bras et quitter son poste, amère. Quelques semaines auparavant, Roger Chaffin, le chef du SPC avait lui aussi démissionné.

Avec le recul, elle n’associe pas ces comportements à de la méchanceté, mais à de l’ignorance. Alors que le SPC est à la recherche d'un nouveau chef pour janvier 2019, Sheila Ball pense que le remplaçant de Roger Chaffin devrait aussi être un civil, qui n'a jamais baigné dans la culture du Service de police de Calgary. Elle croit également qu'il faudra renouveler la majorité des cadres de la direction pour améliorer la situation.

Alberta

Forces de l'ordre