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Khashoggi pourrait avoir été tué par des « éléments incontrôlables », avance Trump

Les informations de notre correspondant à Washington Christian Latreille
Radio-Canada

Le chroniqueur saoudien Jamal Khashoggi, disparu depuis qu'il est entré dans le consulat saoudien à Istanbul, le 2 octobre, pourrait avoir été tué par des « éléments incontrôlables », a avancé lundi Donald Trump. Le président américain a dépêché son secrétaire d'État, Mike Pompeo, à Riyad dans l'espoir d'obtenir plus d'informations.

M. Trump a fait ces commentaires à des journalistes, lundi matin, dans les jardins de la Maison-Blanche. Dans un tweet envoyé quelques minutes plus tôt, il disait avoir discuté en matinée avec le roi Salmane d'Arabie saoudite.

« Le roi a fermement nié avoir connaissance de quoi que ce soit, a déclaré le président Trump. Je ne veux pas conjecturer à sa place, mais il m'a semblé que, peut-être, cela pourrait être le fait d'éléments incontrôlables. Qui sait? »

Je lui ai dit : "C'est très important, le monde entier regarde. Il est important que toute la lumière soit faite." [...] Il a catégoriquement nié. Tout ce que je peux dire, c'est relater ce qu'il m'a dit.

Donald Trump, président des États-Unis

Depuis plusieurs jours, des analystes de la politique au Proche-Orient estiment d'ailleurs que le gouvernement saoudien rejettera la responsabilité de la mort de Jamal Khashoggi sur des éléments incontrôlables.

L'Arabie saoudite se préparerait à admettre la mort de Jamal Khashoggi

Divers médias américains rapportent que l’Arabie saoudite serait sur le point de changer sa version des faits.

Selon CNN, Riyad pourrait conclure que le chroniqueur a trouvé la mort au cours d’un interrogatoire ayant mal tourné. Cette nouvelle version affirmerait que l’opération n’a pas été autorisée et promettrait que les personnes impliquées seront tenues responsables.

L'une des sources du réseau précise que l'annonce est toujours en cours de rédaction et qu'elle peut encore être modifiée.

Interrogé par les journalistes, le président Trump a refusé de commenter cette hypothèse. « Personne ne sait s’il s’agit d’un rapport officiel », a-t-il déclaré.

Plus tôt, des sources citées par le New York Times soutenaient que le gouvernement saoudien élaborait un scénario qui protégerait le prince héritier, Mohammed ben Salmane, considéré comme le véritable homme fort du royaume.

Pompeo dépêché à Riyad

« [Le roi Salmane] affirme tout ignorer de ce qui a pu arriver à "notre citoyen saoudien" », avait écrit Donald Trump dans un tweet peu avant. « J'envoie immédiatement notre secrétaire d'État pour rencontrer le roi », avait-il ajouté.

M. Pompeo s'est envolé vers Riyad dans les heures qui ont suivi l'annonce du président américain. « Déterminer ce qui est arrivé à Jamal Khashoggi est d'une grande importance » pour le président, a expliqué une porte-parole du département d'État, Heather Neuert.

Mike Pompeo serre la main du roi Salmane.Le secrétaire d'État Mike Pompeo rencontrait le roi Salmane d'Arabie saoudite le 29 avril dernier. Photo : Reuters / Monarchie saoudienne

Le chef de la diplomatie américaine fera un arrêt à Ankara au retour, a ultérieurement fait savoir un porte-parole du Conseil de sécurité nationale.

Donald Trump a prévenu samedi que Washington pourrait infliger à Riyad une « punition sévère » si son implication dans la disparition de M. Khashoggi, un critique du régime saoudien qui vivait en exil aux États-Unis et écrivait pour le Washington Post, devait être établie.

L'Arabie saoudite, alliée de longue date des États-Unis, a promis dimanche de riposter à d'éventuelles sanctions.

Un mystérieux enregistrement entre les mains des Turcs?

Un haut fonctionnaire et un membre de la police turque ayant requis l'anonymat ont déclaré à Reuters lundi qu'Ankara possédait bel et bien un enregistrement sonore démontrant que M. Khashoggi a été tué dans le consulat saoudien, mais sans donner plus de détails.

Selon le haut fonctionnaire turc, des preuves de l'assassinat de M. Khashoggi ont été transmises aux Américains et aux Saoudiens, mais on ne sait pas si l'enregistrement en fait partie.

Samedi, le président Trump avait affirmé ne pas avoir entendu l'enregistrement sonore dont il est question. « Nous avons tous entendu parler d'un enregistrement. Personne ne l'a vu [sic] encore, alors nous voulons le voir. Nous allons le voir très bientôt », avait-il dit.

Des sources turques laissent entendre depuis plusieurs jours que le royaume wahhabite a fait assassiner le chroniqueur du Washington Post dans son consulat à Istanbul par un groupe de 15 agents envoyés spécialement à cette fin par le régime saoudien, et que le corps de la victime a été déplacé par la suite.

Un homme entre dans un édifice.Sur cette image transmise au « Washington Post » par une « source proche de l'enquête », on aperçoit un homme identifié par le journal comme étant Khashoggi entrer dans le consulat saoudien à Istanbul. Photo : The Associated Press / The Washington Post

M. Khashoggi s'était rendu au consulat saoudien pour effectuer des démarches administratives en vue de son prochain mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

Riyad dément toute implication dans cette affaire depuis le début. Le consulat général d'Arabie saoudite soutient que M. Khashoggi a quitté son bâtiment à Istanbul.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a pressé à plusieurs reprises les autorités saoudiennes de présenter des images prouvant que M. Khashoggi avait bel et bien quitté le consulat le 2 octobre, mais en vain.

Fouille du consulat saoudien à Istanbul

Les autorités turques ont par ailleurs fouillé lundi soir le consulat saoudien à Istanbul dans le cadre de l'enquête sur la disparition de M. Khashoggi.

Cette fouille intervient au lendemain d'un entretien téléphonique entre le président turc et le roi Salmane, au cours duquel les deux hommes ont évoqué le cas du chroniqueur disparu.

Experts médicolégaux de la police turque et responsables saoudiens sont rassemblés devant le consulat saoudien d'Istanbul.Les experts médicolégaux de la police turque (à gauche) sont accueillis par une délégation saoudienne à leur arrivée au consulat saoudien d'Istanbul. Photo : Reuters / Murad Sezer

La fouille avait été autorisée la semaine dernière par les Saoudiens. Elle n'avait toutefois pas encore pu avoir lieu en raison d'un désaccord sur ses modalités, selon les médias turcs.

« Treize jours se sont écoulés depuis l'événement, alors obtenir des preuves pourrait se révéler difficile, mais nous croyons que nous allons en avoir », a commenté un responsable turc.

Un responsable saoudien a aussi mentionné à Reuters sous couvert de l'anonymat que Riyad avait ordonné une enquête interne sur cette affaire. « On lui a demandé de travailler rapidement », a-t-il soutenu.

Soubresauts économiques

Lundi, la Bourse saoudienne a terminé la journée en hausse de 4 % par rapport à la veille. Elle avait alors plongé de 7 %, avant de limiter ses pertes à 4 %.

L'affaire a en outre refroidi des investisseurs, qui s'enthousiasmaient encore il y a quelques semaines des pharaoniques projets économiques du prince ben Salmane.

Plusieurs multinationales occidentales – Ford, JP Morgan, Viacom, Uber, Virgin, BNP Paribas, Société Générale, Thales et EDF, notamment – ont annulé leur participation au sommet Future Investment Initiative, qui doit avoir lieu du 23 au 25 octobre à Riyad.

Selon une source de Reuters, le président-directeur général de la société d'investissement Blackstone, Stephen Schwarzman, et le directeur général de la société de gestion de placements BlackRock, Larry Fink, se sont aussi désistés. L'an dernier, Mohammed ben Salmane avait annoncé que ces deux firmes prévoyaient ouvrir des bureaux en Arabie saoudite.

CNBC rapporte que le grand patron de Mastercard, Ajay Banga, a aussi choisi de ne pas se rendre à Riyad.

Le Fonds public d'investissement d'Arabie saoudite, le fonds souverain du royaume qui est l'hôte de la conférence, assure tout de même que l'événement se concrétisera.

En fin d'après-midi, Donald Trump a soutenu qu'il appartenait au secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, de décider s’il participerait à la conférence.

Des alliés de l'Arabie saoudite se portent maintenant à la défense du royaume. Le Bahreïn plaide pour un boycottage du service de transport Uber, tandis qu'un homme d'affaires des Émirats arabes unis, Khalaf Ahmad Al-Habtoor, préconise la même approche pour Virgin.

Un critique de la monarchie saoudienne

Ancien rédacteur en chef d'Al Watan, Jamal Khashoggi a quitté l'Arabie en septembre 2017 quand les autorités l'ont sommé de cesser de s'exprimer sur Twitter.

Depuis, il a publié une série d'articles dans le Washington Post, dans lesquels il dénonçait l'attitude de Riyad à l'égard du Qatar et s'indignait de la guerre au Yémen, de la répression politique ou de la censure.

Dans une entrevue réalisée par la BBC trois jours avant sa disparition, M. Khashoggi affirmait ne pas avoir l'intention de revenir dans son pays, de crainte d'y être arrêté.

Ottawa demande une « enquête rigoureuse et approfondie »

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré lundi à la Chambre des communes qu’elle avait discuté de l’affaire Khashoggi avec son homologue saoudien en début de journée.

« [Ce dossier nous] préoccupe beaucoup » et « [nous avons demandé à Riyad de faire une] enquête rigoureuse et approfondie à ce sujet », a-t-elle déclaré en réponse à une question de la porte-parole néo-démocrate en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière.

Cette dernière demandait à Mme Freeland pourquoi elle avait attendu jusqu’à dimanche pour commenter cette affaire dans un tweet dirigeant ses abonnés vers un communiqué commun publié par le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.

Le communiqué appelait à une « enquête crédible » dans cette histoire, et Mme Freeland mentionnait dans son tweet qu’elle soutenait ses alliés.

Ottawa et Riyad sont à couteaux tirés depuis que l’Arabie saoudite s’est offusquée d’un tweet publié par Mme Freeland le 2 août dernier. La chef de la diplomatie canadienne s'y inquiétait de l’arrestation en Arabie saoudite de la militante pour les droits des femmes Samar Badawi, la sœur de Raif Badawi, lui-même emprisonné dans ce pays depuis 2012. Elle demandait leur libération.

En point de presse, peu après sa déclaration aux Communes, Mme Freeland n'a pas voulu discuter de possibles sanctions contre Riyad, en soutenant qu'il s'agissait d'une question hypothétique. Elle a par ailleurs signalé que les contrats de vente d'armes avec Riyad tenaient toujours, au nom de la crédibilité de la signature d'Ottawa.

Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a aussi déclaré lundi après-midi que le Canada était préoccupé par l'affaire Khashoggi, et que son gouvernement travaillait étroitement avec ses alliés pour présenter une réponse concertée.

Avec les informations de Agence France-Presse, Associated Press, et Reuters

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