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Ottawa sous-estime les conséquences de la légalisation du cannabis, selon le JAMC

Du cannabis séché dans un bocal ouvert.
Le cannabis sera légal au Canada le 17 octobre. Photo: Radio-Canada

À 48 heures de la légalisation du cannabis, la rédactrice en chef du Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC) reproche au gouvernement fédéral d'avoir sous-estimé les conséquences négatives de son projet de loi C-45 sur la santé des Canadiens et les effets pervers de la commercialisation de cette drogue.

Diane Kelsall déplore que le législateur ait omis d’analyser l’expérience des autres États ayant emprunté cette voie ou encore qu'il n'ait pas tenu compte des résultats de ses politiques sur le contrôle du tabac et de l’alcool avant de procéder.

Accusant le gouvernement d'avoir improvisé dans ce dossier, Diane Kelsall qualifie cette loi d'« expérience nationale non balisée » qui fera du Canada l’un des rares pays à légaliser le cannabis à des fins récréatives.

Mme Kelsall, qui rappelle les risques de dépendance et les problèmes de santé auxquels peut conduire la consommation de cannabis, en raison des « dangers connus et inconnus » de la substance, estime en conséquence que toute augmentation de la consommation récréative – tant chez l’adulte que chez le jeune – devrait être considérée comme un échec de la loi et mener à sa modification.

Diane Kelsall estime d'ailleurs que l’augmentation de la consommation de cannabis fait peu de doute en raison du caractère commercial de la politique gouvernementale.

Le nombre d’entreprises et les investissements ont déjà augmenté dans cette industrie avant même l’entrée en vigueur de la législation, souligne-t-elle, ajoutant que la recherche du profit les incitera inévitablement à développer de nouveaux marchés.

Même le secteur de l’alimentation et des boissons de toutes sortes ont flairé la bonne affaire et ne veulent pas demeurer en reste, illustre-t-elle.

S’appuyant sur le comportement des producteurs de tabac, Mme Kelsall estime que les entreprises lanceront des campagnes de marketing afin d’inciter les consommateurs existants à augmenter leur consommation ou de séduire une clientèle plus jeune.

Elle déplore en outre le message sur l’acceptabilité sociale de la consommation de cannabis qu'envoie cette politique.

Dans une version précédente de ce texte, des propos avaient été attribués à l’Association médicale canadienne. Or ces propos avaient été en fait tenus, dans un éditorial, par la rédactrice en chef du Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC), comme tout ce qui est rapporté dans cet article. La correction a donc été apportée.

De la responsabilité fédérale

De nombreuses villes et provinces ont adopté des règlements et des lois afin de restreindre l’usage et la distribution du cannabis sur leur territoire. De leur côté, les autorités de la santé publique mènent des campagnes de sensibilisation sur les risques de l’usage du cannabis pour la santé.

Toutefois, c’est le gouvernement fédéral qui demeure fondamentalement responsable des conséquences qu’entraînera cette loi controversée, selon Diane Kelsall.

Il lui revient donc, insiste-t-elle, de s'assurer que le financement sera au rendez-vous pour surveiller la consommation de cannabis au sein de la population canadienne, particulièrement chez les jeunes.

La manne fiscale anticipée par la légalisation du cannabis devrait ainsi servir à financer la recherche sur les méfaits liés à sa consommation de la drogue puisque, selon elle, plusieurs questions sur les conséquences à court et long terme de son usage restent sans réponse.

Finalement, dans l’éventualité d'une augmentation de la consommation de cannabis à la suite de sa légalisation, le gouvernement fédéral devrait avoir le courage de reconnaître les lacunes de sa loi et de la modifier en conséquence.

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