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Affaire Khashoggi : un dissident saoudien du Québec dit avoir été espionné par Riyad

Omar Abdulaziz habite au Canada depuis 2013 et s'est attiré les foudres de son pays d'origine à cause de ses critiques du régime sur les médias sociaux.

Photo : CBC News / Anand Ramakrishnan

Radio-Canada

Un dissident au régime saoudien vivant à Sherbrooke croit que le régime de son pays d'origine l'a piraté pour espionner ses conversations avec le journaliste disparu Jamal Khashoggi, avec qui il était régulièrement en contact. Les informations ainsi recueillies par le régime saoudien auraient pu en partie motiver l'assassinat présumé de Khashoggi.

Avec les informations de Matthew Braga, Wendy Mesley et Benjamin Jamieson, de CBC News

Omar Abdulaziz affirme que son téléphone a été infecté par des logiciels espions alors qu'il était en contact régulier avec le journaliste bien en vue dans les mois précédant la disparition de ce dernier. Le jeune militant craint maintenant que cette relation n'ait contribué au danger auquel M. Khashoggi a dû faire face.

« Sa voix était un casse-tête pour le gouvernement saoudien », a dit Omar Abdulaziz, un dissident saoudien maintenant résident permanent du Canada, dans une conversation avec Wendy Mesley de CBC News. Le jeune homme, arrivé au Québec en 2009 pour étudier à l’Université McGill, a plus tard obtenu l’asile politique devant le risque pour sa sécurité qu’aurait représenté son retour en Arabie saoudite. Il étudie maintenant à l’Université Bishop's en Estrie.

M. Khashoggi était un collaborateur du Washington Post qui ne mâchait pas ses mots à l’égard du royaume wahhabite et de son bilan catastrophique en matière de droits de la personne.

Il aurait été assassiné et démembré à l'intérieur du consulat saoudien à Istanbul le 2 octobre, selon des sources gouvernementales turques anonymes qui se sont entretenues avec des médias au cours des derniers jours.

Un manifestant tient une photo du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un manifestant tient une photo du journaliste saoudien Jamal Khashoggi lors d'une manifestation devant le consulat d'Arabie saoudite à Istanbul, le 5 octobre 2018.

Photo : Reuters / Osman Orsal

Un rapport publié plus tôt ce mois-ci par le Citizen Lab de l'Université de Toronto suggère que M. Abdulaziz aurait été la cible de puissants logiciels espions vendus uniquement à des gouvernements, et conclut que les autorités saoudiennes seraient « très probablement » responsables de l’intrusion technologique.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) affirme mener l'enquête, mais a refusé de commenter l’affaire.

Le logiciel espion aurait donné à ses opérateurs un contrôle total sur le téléphone de M. Abdulaziz, leur permettant d'écouter ses appels, de copier son carnet d'adresses et ses photos, de prendre des captures d'écran ou des vidéos de messages textes et d'activer à distance son appareil photo et son microphone, bien évidemment à l'insu d'Omar Abdulaziz.

« J’en suis sûr, ils ont écouté la conversation que j'ai eue avec Jamal et d'autres militants, au Canada, aux États-Unis, en Turquie, en Arabie saoudite », explique le dissident, très critique de la situation des droits de la personne dans son pays d'origine et de la manière dont Riyad a géré la récente querelle diplomatique avec le Canada.

Au début du mois d'octobre, avant que l'affaire Khashoggi n'éclate, M. Abdulaziz confiait déjà à CBC News qu'il s'inquiétait de ce qui arriverait aux autres personnes avec qui il communiquait alors que son téléphone était infecté. Ses deux frères, ainsi que plusieurs de ses amis, ont récemment été emprisonnés par le gouvernement saoudien. Une tentative d'intimidation, croit-il, facilitée par l’accès du gouvernement autoritaire à ses communications les plus personnelles.

Hors de portée de Riyad

« Personne ne me fera de mal parce que j'exprime mes opinions », a dit M. Abdulaziz, qui se sent en sécurité au Canada. « Mais voilà le truc : tant de gens qui m'ont contacté sont en danger à cause de ça », continue-t-il.

« Je crois vraiment qu'ils n'enverront pas quelqu'un pour me tuer ou me kidnapper d'ici, Dieu merci », dit M. Abdulaziz. « Et ils ne pouvaient pas faire la même chose à Jamal Khashoggi parce qu'il était aux États-Unis ».

Jamal Khashoggi croyait aussi que le gouvernement saoudien ne pourrait pas le toucher pendant qu'il était en Amérique du Nord, dit M. Abdulaziz. Il pense que c'est la raison pour laquelle les autorités saoudiennes ont convaincu M. Khashoggi qu'il devait se rendre au consulat d'Arabie saoudite à Istanbul pour obtenir les papiers nécessaires à son mariage imminent avec sa fiancée turque.

Omar Abdulaziz travaillait sur trois projets avec Jamal Khashoggi avant sa disparition. L'un était une campagne en ligne destinée à contrer le torrent de propagande prorégime que le gouvernement saoudien encourage sur les médias sociaux.

« Jamal m'a promis de parrainer le projet et je suppose qu'ils pouvaient écouter ces conversations », estime M. Abdulaziz. Le journaliste saoudien souhaitait également créer un site Web, basé aux États-Unis, pour mettre en lumière les violations des droits de la personne en Arabie saoudite, particulièrement en ce qui concerne les prisonniers et les militants.

C’est le 28 septembre, juste avant que M. Khashoggi ne quitte les États-Unis, que le Québécois d’adoption lui a parlé pour la dernière fois.

M. Abdulaziz « a de bonnes raisons de soupçonner qu'il aurait pu mettre Khashoggi en danger », dit Ron Deibert, directeur du Citizen Lab, « tout comme il a appris qu'il a mis ses amis et sa famille en danger quand ils ont été arrêtés en Arabie saoudite, probablement sur la base de conversations, de messages textes et de courriels interceptés à partir de son téléphone. »

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