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Canonisation d'un martyr salvadorien et du pape Paul VI

Des portraits du pape Paul VI et de l'archevêque salvadorien Oscar Romero sont installés pour leur canonisation à la place Saint-Pierre au Vatican

Photo : Reuters / Alessandro Bianchi

Agence France-Presse

Deux personnalités controversées, l'archevêque salvadorien assassiné Oscar Romero et son ami le pape italien Paul VI, sont devenues saints dimanche lors d'une grande cérémonie à la place Saint-Pierre au Vatican.

Le pape argentin a prononcé la formule traditionnelle de canonisation devant des dizaines de milliers de fidèles, dont de nombreux Salvadoriens ayant pu faire le voyage.

« Nous déclarons et définissons saints les bienheureux Paolo VI, Oscar Arnulfo Romero Galdámez [...] », a lancé en latin le souverain pontife. Cinq autres bienheureux ont également été proclamés saints.

Plus de 60 000 personnes, selon le Vatican, étaient rassemblées devant la basilique Saint-Pierre dont la façade était ornée des portraits géants de ces sept nouveaux saints.

La place Saint-Pierre au Vatican remplie de mondeAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La place Saint-Pierre au Vatican est remplie de monde pour la canonisation d'Oscar Romero et du pape Paul VI

Photo : The Associated Press / Andrew Medichini

Mgr Oscar Romero avait trouvé un mentor en Paul VI, son ancien professeur à Rome avec qui il entretenait une correspondance, et dont il soutenait la modernisation de l'Église inscrite dans le concile Vatican II.

Le pape François, qui portait un cordon blanc tâché du sang de Mgr Romero et une chasuble de Paul VI durant cette cérémonie de canonisation, a également fait saints deux prêtres italiens et deux fondatrices d'ordres religieux, une Allemande et une Espagnole, qui ont tous aidé les pauvres.

Nunzio Sulprizio, mort à 19 ans au début du XIXe siècle, a également été canonisé. Le petit orphelin italien qui accepta une vie de souffrance avait été béatifié par Paul VI, qui considérait que « la jeunesse ne doit pas être considérée comme l'âge des passions désordonnées ».

Paul VI « a consacré sa vie à l'Évangile du Christ, en traversant de nouvelles frontières », a souligné le pape François dans son homélie. Il s'est fait « prophète d'une Église ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres », a encore dit Jorge Bergoglio.

Des évêques à la place Saint-Pierre au Vatican
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Des évêques assistent à la canonisation de l'archevêque Oscar Romero et du pape Paul VI.

Photo : Reuters / Alessandro Bianchi

La voix des sans voix

Décrit comme un homme simple et proche du peuple, Oscar Romero, né en 1917, avait pris la défense des paysans sans terre, suscitant ainsi la colère des milieux les plus conservateurs du Salvador.

Il est « beau » qu'aujourd'hui il y ait « Mgr Romero, qui a quitté les certitudes du monde, même sa propre sécurité, pour donner sa vie selon l'Évangile, aux côtés des pauvres et de son peuple », a affirmé le pape François.

Surnommé « la voix des sans voix », cet adepte de la théologie de la libération, sans être théologien, avait été assassiné en pleine messe par un commando d'extrême droite, le 24 mars 1980, au début d'une guerre civile (1980-1992) qui fit quelque 75 000 morts et 7000 disparus au Salvador.

Le président du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, au VaticanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président du Salvador, Salvador Sanchez Ceren, lors de la cérémonie de canonisation de l'archevêque Oscar Romero au Vatican

Photo : The Associated Press / Andrew Medichini

Mgr Oscar Romero et le pape François ont en commun « l'amour des pauvres ». À l'instar du pape argentin, l'archevêque Romero fustigeait le libéralisme économique qui opprimait les plus pauvres dans son pays.

L'Église a longtemps bloqué sa reconnaissance officielle, lancée sous Benoît XVI, qui ne viendra toutefois pas assister à la cérémonie de canonisation. Le pape François lui a toutefois rendu visite dans sa retraite au Vatican.

Deux ans après l'élection de François, le Vatican a reconnu le « martyre » de Mgr Romero, ouvrant la voie à sa béatification en mai 2015 à San Salvador.

Des fidèles écoutent attentivement la cérémonie de canonisation de l'archevêque Oscar Romero à San SalvadorAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des fidèles écoutent attentivement la cérémonie de canonisation de l'archevêque Oscar Romero à San Salvador

Photo : Reuters / Jose Cabezas

Le pape argentin a exprimé à plusieurs reprises sa proximité avec ce prélat conservateur du point de vue de la doctrine, notant qu'il avait été « diffamé », « traîné dans la boue », « lapidé » par certains évêques et prêtres latino-américains, avant et après sa mort. L'archevêque avait notamment été accusé d'être un « déséquilibré » et « un marxiste ».

Paul VI, né Giovanni Battista Montini en 1897, a été pape de 1963 à 1978, achevant le concile Vatican II lancé par son prédécesseur Jean XXIII, considéré comme une adaptation majeure de l'Église au monde moderne. Celui qui fut béatifié en octobre 2014 est aussi celui qui dit « non » en 1968 à la pilule contraceptive, suscitant des réactions très négatives y compris au sein de l'Église.

Le pape François fait coïncider sa canonisation avec le synode consacré aux jeunes en cours au Vatican, honorant ainsi celui qui avait institué cette assemblée consultative d'évêques. Il cite souvent les écrits de Paul VI et les deux hommes ont en commun une volonté de réforme de la curie romaine.

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