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Retour sur scène pour un musicien et l’instrument qui lui a sauvé la vie en Irak

Deux hommes regardent et choisissent des chevilles de bois pour tenir les cordes d'un violoncelle posé sur une table, dans l'atelier d'un luthier.
Le violoncelliste Tariq Abdul Razzac (à gauche) et le luthier Natanael Sasaki (à droite) ont travaillé à la réparation de l'instrument après que celui-ci ait été endommagé par les balles de militants irakiens à Bagdad. Photo: Radio-Canada / Anis Heydari
Radio-Canada

L'ancien membre de l'Orchestre symphonique national irakien Tariq Abdul Razzac remonte sur les planches avec le violoncelle fraîchement réparé après avoir absorbé les balles de militants irakiens il y a trois ans.

L’homme qui a fui l’Irak et habite à Calgary depuis mars 2018 ne tari pas d’éloges envers son instrument. « Ce violoncelle… m’a sauvé la vie! Je… le remercie, pour m’avoir sauvé la vie », raconte le musicien, ému.

Tariq Abdul Razzac peut aujourd’hui faire vibrer l’instrument au sein du Calgary Civic Symphony Orchestra, se souvenant encore du concert qui, sans son violoncelle, lui aurait coûté la vie.

« Ils n’aiment pas la musique »

Ce jour-là, M. Razzac venait de terminer un concert à l’ambassade américaine de Bagdad avec un orchestre de chambre, lorsque des militants irakiens l’ont intercepté.

Ceux-ci s’opposaient tant à la musique qu’à ceux à qui elle était destinée. « Ils n’aiment pas la musique, parce qu’ils m’ont dit qu’elle était haram (interdite). Ils ont dit “tu travaille avec les États-Unis, c’est [comme] l’armée” », raconte-t-il.

Lorsqu’il a tenté de fuir, les militants armés l’ont pris pour cible et ont tiré, mais c’est le violoncelle, bien campé sur son dos, qui a reçu les balles, le perçant et le rendant inutilisable.

Garder l'espoir et l'instrument

Tariq Abdul Razzac a bien tenté de réparer lui-même son violoncelle avec des pièces d’autres instruments ou d’autres essences de bois, mais en vain.

Il n’a toutefois pas perdu espoir et a transporté le violoncelle avec lui jusqu’à son arrivée à Calgary, où un réseau de musiciens a conduit l’instrument mal en point jusqu’au luthier Natanael Sasaki.

« Le violoncelle m’a trouvé, malgré le tumulte »

C’est par l’intermédiaire de l’ancien violoncelliste Phil Hansen que M. Razzac a rencontré le luthier qui, remué par l’histoire du musicien et de son instrument, a offert de réparer ce dernier.

Un violoncelle en morceaux contenant de nombreuses éclisses de bois et posé sur une table.Les réparations ont duré 85 heures, valant plus de 7000 $, et quelques centaines de dollars de matériel. Photo : Radio-Canada / Anis Heydari

« C’était encore un magnifique violoncelle », se souvient Natanael Sasaki, qui l’a surnommé « le Bullet Cello, à cause de son histoire émouvante ».

Lorsqu’il explique les réparations qu’il a dû faire, le luthier compare l’instrument à « une boîte de Pandore », allant de surprise en surprise.

Redonner vie à l’instrument salvateur

Les réparations du violoncelle ont nécessité 85 heures de travail, que M. Sasaki a effectué gratuitement pendant près de 6 mois, non sans que le luthier ait parfois l’envie de tout abandonner.

Les quelques centaines de dollars de matériel requis par l’oeuvre ont été financées par Issac Boskovic, de Bosco Violin Supply, à Toronto.

C’est cependant fort de son histoire, d’un travail d’équipe et de quelques cicatrices laissées par les balles, que l’instrument a retrouvé son propriétaire à la mi-septembre.

La main d'un homme pointe vers une marque ronde dans le bois, sur le flanc d'un violoncelle.Même réparé, l'instrument porte encore les cicatrices des trous laissés par les balles de fusil. Photo : Radio-Canada / Anis Heydari

Le violoncelle a été remis à Tariq Abdul Razzac par un luthier fébrile. « Je savais qu’il avait une idée du son et de l’apparence originale de l’instrument », raconte Natanael Sasaki.

M. Razzac a offert « mille mercis » à celui qui a redonné vie à son violoncelle après tant de péripéties. Il compte bien en faire jaillir la musique lors de ses prochains concerts avec le Calgary Civic Symphony Orchestra.

Avec les informations de Anis Heydari

Alberta

Musique classique