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Le pape François parle de la « noblesse » d'un cardinal soupçonné d'avoir couvert des actes pédophiles

La popularité du pape François dégringole dans les Amériques à cause de son traitement des scandales de prêtres pédophiles.
Le pape François sur la place Saint-Pierre au Vatican Photo: Reuters / Tony Gentile
Radio-Canada

Le pape François a indiqué vendredi accepter à contrecœur la démission de l'archevêque de Washington, Donald Wuerl, cardinal américain soupçonné d'avoir couvert des actes de prêtres pédophiles lorsqu'il était évêque de Pittsburgh, de 1988 à 2006.

C'est dans une lettre personnelle adressée à l'archevêque démissionnaire et rendue publique par le diocèse de Washington que le souverain pontife s'est rendu à cette décision. Mgr Wuerl avait présenté sa demande de démission le 21 septembre.

Alain Crevier a rencontré Donald Wuerl à quelques reprises. L'animateur de l'émission Second regard a communiqué sa surprise devant de nombreux éléments de cette affaire, vendredi, au micro de Midi info.

Le pape, dans la lettre qui a été rendue publique — c’est déjà assez particulier — fait appel à la noblesse du cardinal. Il y a des gens qui vont avoir du mal à l’avaler, celle-là.

L'animateur de « Second regard » Alain Crevier

« Ce que les victimes attendaient, poursuit Alain Crevier, c’est que le pape dise : "Je te mets à la porte parce que tu as mal géré la crise des prêtres pédophiles au moment où tu étais à Pittsburgh, où tu as été pendant presque 18 ans". »

Donald Wuerl, 77 ans et fidèle soutien du pape argentin, s'est dit « profondément touché » par la marque d'estime du pape. Il a aussi demandé pardon pour « toute erreur de jugement dans le passé ».

Le cardinal est soupçonné d'avoir été défaillant face aux actes de prêtres pédophiles en Pennsylvanie, où il fut évêque de Pittsburgh pendant 18 ans, de 1988 à 2006.

« [Mgr Wuerl] dit quelque chose d’un peu étonnant quand il évoque qu'aujourd’hui, le droit canon a changé, et que si les choses se reproduisaient, il est évident qu'il expulserait les personnes visées par des allégations. A-t-on besoin du droit canon pour comprendre qu’on ne pouvait pas accepter le doute dans ces situations? Il y avait des enfants à risque », s'insurge Alain Crevier.

L'archevêque américain Donald Wuerl (au centre).Le pape François a accepté vendredi la démission de l'archevêque de Washington Donald Wuerl (au centre), soupçonné d’avoir étouffé un scandale de pédophilie aux États-Unis. Photo : Reuters / Jonathan Ernst

Une enquête des services du procureur de Pennsylvanie a révélé en août des sévices sexuels particulièrement sordides perpétrés des décennies durant par plus de 300 « prêtres prédateurs » sur au moins mille enfants.

Dans le rapport final, rédigé par un jury populaire, le cardinal Wuerl est cité à de nombreuses reprises comme l'un des responsables ecclésiastiques ayant contribué à étouffer le scandale.

Mgr Wuerl a a d'ailleurs publié en 2011 un livre intitulé Seek First the Kingdom : Challenging the Culture by Living Our Faith, rappelle Alain Crevier, qui compare l'ouvrage à un genre de code de conduite pour l'Église dans les affaires de pédophilie.

« Ça signifie : "Nous les catholiques, on doit notre allégeance à Dieu et à l’Église, et ensuite à la société des Hommes". Et c’est exactement tout le problème du scandale et de la gestion des prêtres pédophiles dans l’Église catholique. »

Le pontificat de François

L’animateur de Second regard prédit que l'attitude de François face aux différents scandales de prêtres pédophiles pourrait lui coûter son poste, alors que sa cote de popularité ne cesse de dégringoler aux États-Unis.

Je prétends que c’est l’enjeu le plus redoutable pour lui, et il pourrait y laisser son pontificat. C’est en train de miner tout son discours pastoral.

Alain Crevier

Dans un document de onze pages publié le 26 août, l'archevêque et ex-ambassadeur du Vatican Carlo Maria Vigano a lancé une attaque sans précédent contre le pape et contre des responsables du Vatican et de l'Église américaine.

Mgr Vigano réclame la démission du pape, qu'il accuse d'avoir couvert des faits d'abus sexuels imputés à un cardinal américain, Theodore McCarrick. Ce dernier aurait notamment partagé son lit avec des séminaristes, selon les dires d'un prêtre dans une lettre envoyée à Rome à la fin 2000.

Le pape François a finalement annoncé, le 6 octobre, une enquête approfondie dans les archives du Vatican sur l'ex-cardinal McCarrick.

Le lendemain, le Vatican a publié une lettre du cardinal Marc Ouellet. Le Québécois y défend le pape et y affirme que l'archevêque McCarrick n'avait jamais fait l'objet de « sanctions », faute de preuves.

Marc Ouellet reconnaît toutefois que l'ex-cardinal McCarrick avait été fortement encouragé à ne pas voyager ni à faire d'apparition publique, mais à mener une existence discrète centrée sur la prière à cause des rumeurs à son sujet.

Avec les informations de Agence France-Presse

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