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De « moins que rien » à député : le parcours mouvementé d'Enrico Ciccone vers l’Assemblée nationale

Enrico Ciccone
Ancien hockeyeur professionnel, Enrico Ciccone a été élu député de la circonscription de Marquette. Photo: Radio-Canada / Romain Schué
Radio-Canada

Premier ancien joueur de la Ligue nationale de hockey (LNH) à entrer à l'Assemblée nationale, Enrico Ciccone a connu un parcours « difficile » et semé d'embûches au cours des dernières semaines. « Je me disais qu'il ne fallait pas que je lâche », raconte le nouvel élu libéral de la circonscription de Marquette, dans le sud-ouest de Montréal.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

Il y a quelques jours, la pression est retombée. Complètement. Marchant vers l’Assemblée nationale pour le premier caucus du Parti libéral du Québec (PLQ) depuis le scrutin, Enrico Ciccone s’est arrêté, a cherché son téléphone et a appelé son épouse.

« Plus de 10 fois, elle m’avait demandé si j’étais fier, si j’étais content. Je n’étais pas capable de répondre. D’habitude, je ne suis jamais content, je suis toujours à la recherche de quelque chose de meilleur », explique l’ex-joueur du Canadien de Montréal.

Mais sur le trajet vers le lieu historique, chargé d’histoire, les trémolos grimpent. « J’ai eu un sentiment qui m’a traversé le corps. Mes yeux étaient pleins d’eau. Je me suis senti fier de moi, peut-être pour la première fois de ma vie », témoigne, tout sourire, l’ancien hockeyeur professionnel.

« J’ai senti toute la responsabilité que j’avais pour améliorer la vie des gens, pour les protéger. Ce n’est pas une compagnie privée qui m’a choisi, mais des gens qui ont mis un X à côté de mon nom », affirme-t-il.

Lundi, jour d’assermentation des députés libéraux, Enrico Ciccone, 48 ans, s’attend à revivre la même émotion. « J’ai regardé une vidéo d’assermentation sur YouTube. C’est monté à la gorge, c’est incroyable », confie celui qui est en train de peaufiner l'organisation de son bureau de comté.

Je suis une grande brute – c’est comme ça qu’on me catalogue –, mais je suis une personne archisensible.

Enrico Ciccone, député du PLQ

« Du jour au lendemain, j’étais un moins que rien »

Installé dans les locaux du PLQ, au centre-ville de Montréal, où l’image de Philippe Couillard trône toujours, l’homme aux 374 matchs joués dans la LNH repasse au crible ses deux derniers mois intenses. Rien ne s’est réellement passé comme prévu.

Tout commence début août. Alors qu’il séjourne en Indonésie, sa candidature avec le PLQ est rendue publique sans qu’il en soit averti. « Ma femme m'a réveillé à 5 h du matin. J’avais 30 messages vocaux, 60 textos. Sur les réseaux sociaux, j’ai commencé à me faire insulter, ç'a été incroyable », avoue-t-il.

« En tant qu’ancien joueur du Canadien, on est toujours vu comme un héros. Là, du jour au lendemain, j’étais un moins que rien. C’était dégradant », poursuit-il.

Enrico Ciccone parle dans un micro. Enrico Ciccone et Philippe Couillard le 16 août 2018 Photo : Radio-Canada / Charles Contant

À son retour d'Asie, la veille de la présentation de sa candidature en compagnie de Philippe Couillard, son fils, âgé de 19 ans, l’interpelle. Député de Marquette durant 24 ans, François Ouimet venait alors de se faire tasser par le chef libéral au profit de l’ex-sportif, animateur et agent de joueurs. Un choix du premier ministre sortant.

« On écoutait une émission politique et ça parlait de moi. Il m’a demandé pourquoi je faisais ça. Je lui ai expliqué que c’est lorsque c’est difficile à surmonter que tu peux y arriver », souligne-t-il, rappelant n’avoir jamais apprécié vivre « dans une zone de confort ».

« Quand je suis confortable, je ne suis pas bien. Je suis toujours à la recherche d’un challenge », poursuit l’homme de 48 ans, qui reconnaît avoir « écouté par curiosité » une proposition de la CAQ au préalable. « Mais je suis un gars de conviction, un fils d’immigré. Et ce n’était pas la première fois qu’un parti m’appelait », reprend-il.

Bâtir une équipe

L’annonce passée, les caméras et Philippe Couillard partis, Enrico Ciccone se retrouve seul. Ou presque. Les membres de l’association libérale de la circonscription démissionnent en bloc, en soutien au député sortant, et de nombreux électeurs ne cachent pas leur colère. Ne reste qu’un seul bénévole lorsqu’il débarque dans son bureau électoral.

Ç'a duré deux semaines. Il fallait bâtir une équipe. Je suis allé serrer des mains partout. Parfois, c’était froid. On disait que j’étais le joueur de hockey. J’avais doublement à prouver. Ce n’était pas évident.

Enrico Ciccone

« On a dû engager une compagnie pour accrocher les pancartes. Il a fallu déléguer. Ce n’était pas facile. Mais au fur et à mesure, des gens sont venus m’aider », soutient-il.

Le 1er octobre, sa victoire en poche avec 43 % des voix, l’heure n’est cependant pas à la fête. Le parti vit une débâcle historique. « C’est comme marquer un tour du chapeau dans une défaite 4-3 », illustre-t-il. Puis, le chef libéral démissionne.

Enrico Ciccone revit une scène sportive déjà vécue. « Une personne vient te chercher, puis on change d’entraîneur. Je suis dans mon élément. Désormais, il faut démontrer au nouveau leader que le choix de l’ancien chef était le bon. »

Enrico Ciccone prend des photos avec Philippe CouillardDurant la campagne électorale, Enrico Ciccone avait accompagné Philippe Couillard à un match du Rocket de Laval. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Pas en politique pour rester assis

Jeune recrue dans les rangs de l’opposition, l’intéressé promet de ne pas changer de style. « Je suis direct, j’aime débattre, je ne passe pas par quatre chemins et je ne baisse pas les yeux », détaille-t-il, avant de comparer la période des questions à un duel qu’il a hâte de vivre, tout en assurant débuter cette nouvelle carrière très humblement.

« Je ne me suis pas lancé en politique pour rester assis, je suis là pour changer les choses », clame-t-il, précisant vouloir changer l’image du hockeyeur bagarreur du siècle dernier.

« Mon fils avait 2 ans lorsque j’ai arrêté ma carrière, spécifie celui qui souhaite notamment défendre, pour le compte de l'opposition officielle, les dossiers liés au sport. Il voit des vidéos où je me battais, alors que je jouais 15, 16 minutes. Cette image qui reste m’a toujours dérangé. Avec cette élection, je veux prouver que des gars de hockey sont capables de penser, d’apporter des choses à la société. »

Une semaine chargée à Québec

  • Lundi 15 octobre : assermentation des élus du PLQ
  • Mardi 16 octobre : assermentation de la CAQ
  • Mercredi 17 octobre : assermentation de QS
  • Jeudi 18 octobre : dévoilement du Conseil des ministres
  • Vendredi 19 octobre : assermentation des élus du PQ

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