•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le Canada inc. fera-t-il plier Bill Morneau?

Une photo du ministre fédéral des Finances Bill Morneau qui répond aux questions des journalistes
Le ministre fédéral des Finances Bill Morneau Photo: La Presse canadienne
Radio-Canada

Le lobby des entreprises est actif depuis des mois. Au nom de la compétitivité, il réclame d'Ottawa une baisse importante du taux d'imposition. À l'approche de la mise à jour économique de l'automne, la pression s'est intensifiée sur le ministre fédéral des Finances pour qu'il offre une réponse à la réforme fiscale radicale du président américain Donald Trump.

Un texte de Marc Godbout

Loin des projecteurs, Bill Morneau s’est rendu cette semaine à Tokyo, grande place financière de la planète. Un des objectifs du ministre : convaincre les leaders japonais que le Canada est « un bon endroit où investir ».

Son discours tranche pourtant avec les préoccupations exprimées au Canada par les groupes d’affaires, pour qui la donne a complètement changé en janvier dernier.

L’administration Trump sabrait alors dans le taux d’imposition des sociétés. Et la signature présidentielle allait avoir pour effet d’effacer un avantage concurrentiel clé dont jouissait le Canada.

Par des lettres ouvertes, des discours et des rapports, les regroupements d’affaires veulent alerter sur le fait qu’une tempête se prépare.

Une étude préparée par PricewaterhouseCoopers, pour le compte du Conseil canadien des affaires, exprime cette urgence : les effets négatifs de la réforme fiscale aux États-Unis pourraient être « dix fois plus importants » que les conséquences d’un abandon de l’ALENA.

La réforme fiscale aux États-Unis menace 635 000 emplois canadiens et ferait perdre 85 milliards de dollars à l’économie annuellement.

Extrait d'une étude de PricewaterhouseCoopers

Bref, en public comme en coulisses, tous les efforts sont déployés par le Canada inc. pour faire bouger Bill Morneau et obtenir une réduction du taux d’imposition.

Une photo du président américain Donald Trump qui participe à une table ronde sur la réforme fiscale en Virginie-Occidentale. Le président américain Donald Trump lors d'une table ronde sur la réforme fiscale en Virginie-Occidentale. Photo : AFP/Getty Images / NICHOLAS KAMM

Appétit ou pas?

Ottawa était resté muet face à la réforme fiscale américaine dans son dernier budget.

Seul engagement du ministre des Finances : procéder à une analyse détaillée des répercussions potentielles sur le Canada.

Mais au moment où il livrera son prochain énoncé économique cet automne, Bill Morneau pourra difficilement en faire abstraction, alors qu’une tendance inquiétante se poursuit.

Les investissements étrangers au Canada ont chuté depuis 2013, même en cette ère de croissance économique.

Après des mois d’attente, Bill Morneau se garde bien de donner une idée du sentier qu’il pourrait emprunter.

« Je ne suis pas au stade où nous pouvons dire que nous avons exclu quoi que ce soit », a-t-il répondu dernièrement.

Ces jours-ci, son entourage ne cesse de répéter que la compétitivité n’est pas qu’une affaire de taux de taxation.

« Le ministre Morneau a discuté avec des entreprises partout au pays pour discuter de la meilleure façon de demeurer compétitifs face aux changements au sud de la frontière grâce à des mesures ciblées », a indiqué le porte-parole du ministre, Pierre-Olivier Herbert.

Mais à un an des élections, un gouvernement qui se dit progressiste doit trouver le moyen de redistribuer la richesse. Difficile de promouvoir une réduction, même graduelle, du taux d’imposition des sociétés.


Chaque baisse d’un point de pourcentage du taux d'imposition des sociétés priverait Ottawa de 1,7 milliard de dollars par année.

Source : IFPD


Un photo montre des employés qui viennent de terminer leur quart de travail dans une usine de la région de Windsor en OntarioChangement de quart de travail dans une usine de la région de Windsor en Ontario Photo : Radio-Canada / Marc Godbout

« Jouer avec le feu »

Les libéraux ont déjà fait le choix d’injecter des milliards dans l’économie canadienne depuis leur arrivée au pouvoir, au prix d’imposants déficits.

« Ce serait jouer avec le feu », lance l’économiste Kevin Page. L’ex-directeur parlementaire du budget croit que le gouvernement a peu de marge de manoeuvre.

Financer des baisses d’impôts corporatives à même le déficit, à la manière Trump, serait une grave erreur et ne rendrait service à personne.

Kevin Page, Institut des finances publiques et de la démocratie

À défaut de grandes concessions fiscales, Ottawa pourrait chercher à calmer le jeu avec d’autres outils, comme changer les règles de la déduction pour amortissement lors d’achat d’équipements et de machinerie.

Bill Morneau cherche à être perçu comme un ministre des Finances qui a une vision à long terme.

Face au Canada inc. et aux investisseurs étrangers, s’il ne consent pas à des baisses d’impôts, il devra démontrer qu’il a une feuille de route claire pour que le pays reste concurrentiel.

Politique fédérale

Économie