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OIF : un Rwandais d’origine craint « un retour à la colonisation »

Michaëlle Jean et Louise Mushikiwabo échangent une poignée de main.
Une poignée de main entre la nouvelle et l'ancienne secrétaire générale de l'OIF, respectivement Louise Mushikiwabo (à droite) et Michaëlle Jean (à gauche). Photo: Getty Images / LUDOVIC MARIN

« C'est un retour à la colonisation et à la loi du plus fort. » C'est ainsi qu'Evariste Nsengiyumva, un Manitobain d'origine rwandaise, qualifie l'élection de Louise Mushikiwabo à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Un article de Denis-Michel Thibeault

Maintenant installé à Winnipeg, au Manitoba, le ressortissant rwandais ne voit pas d’un bon œil l’élection de la candidate qui a été proposée par la France, principal bailleur de fonds de l'OIF. Il se questionne sur les intérêts politiques du pays avec cette manœuvre.

« C’est une proposition faite par la France, pour des intérêts que l’on peut soupçonner, affirme-t-il. C’est comme si la France se fout de la démocratie en Afrique et que la France se fout des droits de l’homme quand il s’agit des Africains. »

Selon lui, le président de la France, Emmanuel Macron, tente ainsi de rétablir la position avantageuse et l'influence de son pays au sein du continent africain.

« Dans les conditions actuelles, j’aimerais mieux avoir un candidat qui n’a rien à voir avec l’Afrique », affirme Évariste Nsengiyumva.

La France semble vouloir revenir en Afrique.

Evariste Nsengiyumva

Les pays africains composent la vaste majorité des 54 États et gouvernements membres de l'OIF et représentent plus du quart des pays membres de l’ONU.

Selon l'OIF, 85 % des francophones en 2050 vivront sur le continent africain, soit un total de 700 millions de personnes.

L’élection de Louise Mushikiwabo est difficile à accepter pour M. Nsengiyumva parce qu'il croit que la nomination d’un membre du gouvernement rwandais contrevient aux valeurs de l’OIF.

« Que le secrétaire général de l’OIF soit un Africain et Rwandais, ça devrait être une bonne chose, affirme M. Nsengiyumva. Malheureusement, le Rwanda n’est pas un pays où, en ce moment, on peut choisir quelqu’un pour diriger l’OIF, si l’OIF est là pour la démocratie et le respect des droits de l’homme. »

Paul Kagame, le président du Rwanda depuis 2000, a été réélu avec 98,79 % des suffrages lors de l’élection présidentielle de 2017. Ce dernier a fait modifier la Constitution afin de garder les rênes du pays jusque dans les années 2030.

L’organisme Human Rights Watch a décrié, cette année, le manque de liberté d’expression dans le contexte de cette élection.

« Les autorités rwandaises arrêtent et détiennent des personnes dans des centres de détention militaires non officiels, où des dizaines de détenus ont été torturés au cours des dernières années », affirme l’organisme sur son site Internet.

Human Rights Watch parle aussi de meurtres qui ont été perpétrés par le gouvernement afin de semer la peur au sein de la population qui voudrait critiquer les politiques du président.

« Si c’était une nomination faite en bonne et due forme, ça devrait être une fierté du Rwanda et de l’Afrique en général, mais, malheureusement ce n’est pas le cas », déplore Evariste Nsengiyumva.

Plusieurs micros devant le visage, le président du Rwanda, Paul Kagame, répond aux questions des journalistes.Le président rwandais, Paul Kagame, parle aux journalistes à Kigali. Photo : Getty Images / Cyril Ndegeya

Une bonne nouvelle pour l’Afrique

Si Evariste Nsengiyumva est déçu, Évasio Murenzi, un autre Manitobain originaire du Rwanda, voit les choses autrement.

« Pour moi, ce n’est pas de la politique. C’est de l’ouverture. Il s’agit d’enlever le négativisme », affirme ce dernier.

Le petit pays ne compte que 12 millions d’habitants et, depuis l’élection du président Kagame, c’est l’anglais qui gagne du terrain au Rwanda.

Paul Kagame a choisi l’anglais comme langue nationale et le français n’est presque plus enseigné dans les écoles.

En 2009, le Rwanda a même adhéré au Commonwealth et songeait à se retirer de l’OIF.

« L’anglais est une langue avec laquelle on va plus loin que le français. Au Rwanda, le français ne va nulle part », a déclaré en 2011 la nouvelle secrétaire générale de l’OIF.

Cependant, Évasio Murenzi croit que l’élection de Louise Mushikiwabo à l’OIF pourrait entraîner un retour du français en Afrique de l’Est.

« Ça ouvre les yeux de ceux qui ont tendance à se foutre du français », croit-il.

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