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analyse

La prochaine récession

Donald Trump critique le président de la Fed Jerome Powell qu'il a nommé.
Jerome Powell et le président Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2017 Photo: Reuters / Carlos Barria
Gérald Fillion

ANALYSE - C'est le titre du magazine The Economist cette semaine : la prochaine récession ou comment les politiques toxiques et les hausses de taux d'intérêt des banques centrales pourraient nous conduire vers une récession. Donald Trump peut chercher tous les coupables du monde, il pourrait bien avoir sa part de responsabilité dans cette prochaine récession.

Le président Trump critique la Réserve fédérale : il affirme que tout le monde est rendu fou à la banque centrale en voulant augmenter encore un peu plus rapidement les taux d’intérêt. Ils ont tort, dit-il, ils sont dans l’erreur et je sais mieux que ces gens ce qui est bon pour l’économie, a-t-il dit sans broncher.

Dans les faits, selon l’économiste Clément Gignac, qui était à RDI économie jeudi soir, ce qui a fait tourner le vent dans les derniers jours, c’est une déclaration du président de la Réserve fédérale, le 3 octobre dernier.

« Les taux d’intérêt extrêmement faibles, a dit Jerome Powell, qui étaient nécessaires quand l’économie tournait au ralenti, ne le sont plus aujourd’hui. [...] Nous allons maintenant vers un niveau de neutralité. On pourrait dépasser ce niveau, mais nous sommes encore loin de ce point neutre. »

Autrement dit, le taux directeur de la Réserve fédérale reste sous le niveau de l’inflation. Le taux de la Fed se situe dans une fourchette de 2 à 2,25 %, alors que l’inflation est à 2,3 %. Dans les faits, les taux d’intérêt sont négatifs, une situation exceptionnelle qui ne peut pas durer, selon l’économiste Clément Gignac, qui évoque une période de « normalisation » des taux.

Le commentaire de Jerome Powell signale une hausse des taux d’intérêt plus importante qu’attendu. D’un scénario de 2 ou 3 hausses supplémentaires, les économistes évoquent maintenant une prévision de 4 ou 5 hausses à la Réserve fédérale, ce qui augmente les risques de ralentir l’économie. Et c’est ici que commence l’angoisse du président des États-Unis.

Le monde de Donald Trump

Donald Trump est d’avis qu’une hausse plus rapide des taux va stopper net la croissance économique et la poussée boursière. Lui qui s’est attribué le mérite des records du Dow Jones et du S&P 500 depuis qu’il est président, s’inquiète de voir la panique s’installer dans les marchés à quelques semaines de l’élection de mi-mandat aux États-Unis.

Mais les choses sont franchement plus complexes. D’abord, la politique budgétaire de l’administration Trump alimente la surchauffe de l’économie et des marchés. Les baisses d’impôt en début d’année n’ont fait qu’accélérer une économie déjà forte. Le programme du président endette davantage l’État américain, oblige le gouvernement à faire plus d’emprunts, ce qui accroît la hausse des taux d’intérêt dans les marchés financiers.

Ensuite, les tensions commerciales instabilisent le monde entier et poussent les économistes à revoir leurs prévisions de croissance à la baisse. Un conflit majeur se développe entre les deux premières économies de la planète, qui représentent, à elles seules, plus de la moitié du PIB mondial. L’escalade des tensions et des tarifs ne stimule pas l’économie, pénalise des milliers d’entreprises, de travailleurs et de consommateurs.

Les stratégies budgétaire et commerciale du président Trump attirent les capitaux vers les États-Unis au détriment des pays émergents, qui voient leurs marchés boursiers chuter et leur économie ralentir sérieusement. Les investisseurs, à la recherche de rendement, se tournent vers les obligations américaines, ce qui fait grimper les taux d’intérêt et le dollar américain.

Déjà, des pays comme l’Argentine et la Turquie sont en crise financière. Le Pakistan a demandé l’aide du Fonds monétaire international. Plusieurs auront du mal à rembourser leurs dettes libellées en dollars américains. Un ralentissement de la Chine et des difficultés supplémentaires en Italie pourraient ralentir encore davantage l’économie mondiale.

Ainsi, à la recherche d’un bouc émissaire, Donald Trump vise la Réserve fédérale et son grand patron Jerome Powell, qu'il a nommé en début d'année. Il sait que la Fed ne va pas répondre sur la place publique. C’est un « punching bag » fort utile pour un président qui cherche des ennemis, des surnoms, des images claires et colorées, mais pas nécessairement vraies pour masquer la réalité.

Donald Trump, président des États-Unis

Il n’y a plus de marge de manoeuvre

Le constat du magazine britannique est clair. Il y a un an, la croissance mondiale était synchronisée, le commerce progressait, la déflation en Chine s’achevait, la zone euro reprenait des couleurs. Aujourd’hui, les économistes ne cessent de revoir à la baisse leurs prévisions de croissance, et les déséquilibres s'accentuent.

Le problème, selon le magazine, c’est que « l’arsenal de mesures » des pays riches n’est pas très bien garni. Les gouvernements et les banques centrales ne se sont pas tout à fait encore remis de la crise financière et de la grande récession d’il y a 10 ans. Les États sont endettés et les taux d’intérêt sont encore très bas. Comment pourront-ils intervenir quand l’économie va ralentir? Plus d’endettement encore? Baisser des taux déjà très faibles?

« Au cours du dernier demi-siècle, écrit The Economist, la Fed a réduit les taux d’intérêt d’environ 5 points de pourcentage lors de ralentissements économiques. » Aujourd’hui, avec un taux de 2 à 2,25 %, on comprend très bien que la banque centrale est limitée dans son action. La zone euro et le Japon n’ont aucune marge de manoeuvre, pour leur part.

Sur le plan politique, il est de plus en plus difficile de coordonner l’action des gouvernements. La montée du populisme, le ton acrimonieux du président Trump, les tensions géopolitiques qui s'accroissent partout dans le monde nous obligent, selon The Economist, à redoubler d’ardeur pour mieux nous préparer à la prochaine récession.

Économie