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L'annulation des services de Greyhound suscite l'inquiétude pour des femmes victimes de violence

Une femme monte dans un autobus Greyhound.

Selon plusieurs refuges, la disparition de la ligne Vancouver-Sudbury risque d'accentuer la vulnérabilité des femmes victimes de violence.

Photo : Radio-Canada / Justine Cohendet

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La fermeture prochaine de la ligne d'autobus de Greyhound qui relie Sudbury à Vancouver a pris de court les résidents des villes situées le long du trajet en Ontario et dans l'ouest du pays. Plusieurs craignent que la disparition de ce service, le 1er novembre, ne vienne fragiliser encore un peu plus les femmes victimes de violence.

Un texte de Justine Cohendet et Jean-Loup Doudard

Dans la petite municipalité nord-ontarienne de Marathon, à 300 kilomètres à l’est de Thunder Bay, l'annulation des services de Greyhound est sur toutes les lèvres.

Rhea Starkes, la directrice du refuge pour femmes de la ville, est inquiète. Lorsqu’elle a appris que Greyhound abandonnait ce trajet, elle n’y a d’abord pas cru, tant cette ligne est achalandée dans son coin de pays.

Ça nous est arrivé plusieurs fois de ne pas parvenir à acheter un billet d’autobus pour une femme pour le lendemain [parce que l'autocar était complet], explique-t-elle, désemparée.

La Maison Marjorie, qu’elle dirige, utilise fréquemment les autocars de Greyhound pour transférer les femmes d’un refuge à l’autre.

« Lorsqu’une femme n’est pas en sécurité à Marathon, dans notre refuge, nous la transférons à Thunder Bay ou Wawa. »

— Une citation de  Rhea Starkes, directrice du refuge pour femmes de Marathon
Rhea Starkes dans son bureau.
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La directrice du refuge pour femmes de Marathon, Rhea Starkes, déplore le départ du transporteur américain Greyhound.

Photo : Radio-Canada / Jean-Loup Doudard

Selon elle, le service offert par Greyhound est indispensable, parce qu’il permet aux femmes d'aller d'une ville à l’autre sans correspondance. C’est aussi un service rapide et peu coûteux.

Après le 31 octobre, ce ne sera plus possible. Les femmes transférées de Marathon à Wawa par mesure de sécurité devront prendre deux autocars de deux compagnies différentes.

« Nous regrettons certainement d’avoir dû prendre cette décision [...], et la raison pour cette réduction n’est que le déclin continuel de l’achalandage sur ces trajets depuis plusieurs années », répond David Butler, vice-président de Greyhound Canada.

Pas de trajets directs

Si des compagnies locales comme Kasper Transportation ont mis en place de nouveaux itinéraires pour tenter de combler le vide laissé par Greyhound, aucune ne propose un trajet direct, déplore Rhea Starkes.

Le trajet qui se faisait jusqu’ici en quelques heures prendra désormais deux jours et des femmes déjà vulnérables seront contraintes de passer la nuit à White River, une communauté de 600 habitants sans réseau cellulaire.

Un station essence à White River.
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Après le 31 octobre, les personnes qui souhaitent se rendre de Thunder Bay à Sudbury devront transiter à White River. La correspondance entre les compagnies d'autocars Ontario Northland et Kasper dans le stationnement de cette station essence.

Photo : Radio-Canada / Jeff Walters

La Maison Marjorie, à Marathon, n’est pas la seule à s’inquiéter du retrait de service du transporteur américain.

En Saskatchewan, plusieurs associations qui viennent en aide aux femmes violentées ont indiqué en août que la suppression de cette ligne risquait d'accroître la vulnérabilité des femmes dans cette province.

Ce que craignent ces organismes plus que tout, c’est que les femmes retournent sur les routes et se mettent à faire de l’autostop pour se déplacer.

Deux personnes font de l'auto-stop.
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Dans le nord de l'Ontario, plusieurs craignent que le départ de Greyhound ne pousse les femmes à faire de l'auto-stop pour se déplacer.

Photo : Radio-Canada / Jean Loup Doudard

Les dangers de l'autostop

Michelle Solomon, conseillère de la Première Nation de Fort William, abonde dans le même sens. « Les gens vont retourner sur les routes pour faire du stop et on sait que le résultat, c’est que des femmes disparaissent et sont tuées. »

Michelle Solomon devant un tipi.
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Michelle Solomon craint que l'arrêt de la ligne Greyhound pousse les femmes à faire de l'autostop pour se déplacer.

Photo : Radio-Canada / Justine Cohendet

À Marathon, certaines femmes se rendent déjà au refuge en autostop, faute d’autres moyens, explique Rhea Starkes.

Car le départ de Greyhound n’est que la suite d’une longue liste de fermetures dans le Nord-Ouest de l’Ontario.

Au fil des années, les options pour se déplacer se sont réduites comme peau de chagrin dans cette région.

Le train de VIA Rail est disparu, les avions de Bearskin ont disparu eux aussi, puis le nombre d'autocars par jour a commencé à diminuer, lance la directrice de la Maison Marjorie.

Chaque fois, le défi pour son petit refuge devient plus grand. Elle espère continuer de le relever après le 31 octobre.

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