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La lune Europe est protégée par des champs de pieux glacés

Europe.
La lune Europe vue par la sonde Galileo. Photo: NASA
Radio-Canada

Europe, la lune glacée de Jupiter, pourrait réserver une mauvaise surprise à quiconque voudrait s'y poser. Selon une équipe de scientifiques, sa surface gelée et ses gigantesques océans souterrains pourraient bien être défendus par des champs de pieux acérés, hauts de 15 mètres, risquant de faire basculer dans une crevasse toute sonde voulant y atterrir.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Bien peu d’astres ont suscité autant d’intérêt au cours des dernières années que les lunes des géantes gazeuses Saturne et Jupiter.

Chacune a ses particularités, mais l’une des plus intrigantes est la lune de glace Europe. Ce satellite de Jupiter est à peine plus petit que notre propre Lune. Pourtant, les chercheurs ont des indications selon lesquelles sa surface gelée cache un des plus imposants océans d’eau salée du système solaire.

Selon les estimations des scientifiques, Europe contiendrait un volume d’eau deux fois plus grand que ce qu’on retrouve sur Terre. Jusqu’à maintenant, cette eau a pu être étudiée à distance, en analysant le contenu de jets de centaines de kilomètres de hauteur s’échappant de geysers à sa surface. Les chercheurs rêvent d’y envoyer un jour une sonde qui pourrait s’y poser.

Toutefois, une équipe de scientifiques vient de montrer que cette tâche sera plus ardue que prévu. Selon leurs travaux (Nouvelle fenêtre), la surface d’Europe serait constellée de vastes étendues de pieux de glace, certains pouvant mesurer jusqu’à 15 mètres de haut, rendant plus hasardeuse toute tentative d’atterrissage.

Des conditions d’exception sur Terre

Ces formations glacées sont extrêmement rares sur Terre. On les retrouve uniquement en hautes altitudes, sur des montagnes où la température ne permet jamais à la glace de fondre et où l’air est froid et sec.

La cordillère des Andes, une chaîne de montagnes qui s’étend du Venezuela jusqu’à la pointe de l’Argentine, est l’un de ces endroits. Dans ces régions, ces pieux de glace portent le nom de « penitentes », à cause de leur ressemblance avec certains religieux chrétiens vêtus de toges blanches lors de pèlerinages annuels.

On voit des formations de glace en forme de pics, formant une bande horizontale, au sol. Le reste du terrain est rocheux.Des pieux de glace, aussi appelés pénitents, dans la plaine de Chajnantor, au Chili. Photo : ESO

On sait aujourd’hui que ces structures particulières sont sculptées par le soleil et qu’elles se forment exclusivement dans les régions équatoriales.

Bien qu’une couche de glace puisse paraître parfaitement lisse, au niveau microscopique elle est irrégulière et formée de cristaux, chacun ayant la capacité de refléter la lumière. En concentrant cette lumière, la glace peut générer assez de chaleur pour faire fondre les cristaux environnants.

Si l’eau redevient liquide, elle va simplement se retransformer en glace à un moment plus propice. Toutefois, dans des régions de haute altitude particulièrement arides, cette glace va immédiatement passer en phase gazeuse et disparaître, formant des trous. La lumière du soleil plongera alors plus profondément dans la glace et continuera de la creuser.

Si l’on se trouve à l’équateur, la lumière du soleil arrivera directement au fond du trou pendant une bonne partie de la journée, permettant de le creuser davantage. Après plusieurs siècles, il ne restera éventuellement qu’une série de pieux de glace de un à cinq mètres de haut.

Des conditions courantes dans le système solaire

Pour les chercheurs, les conditions qu’on retrouve dans les Andes sont les mêmes que celles à la surface d’Europe, ces dernières se présentant toutefois à des niveaux beaucoup plus extrêmes.

La surface d’Europe est maintenue à une moyenne constante de -160 degrés Celsius. De plus, la lune est en orbite synchrone autour de Jupiter, ce qui veut dire qu’elle lui présente toujours le même côté, comme c’est le cas pour notre Lune.

Jupiter elle-même n’ayant pas d’inclinaison, il n’existe aucune différence de saisons à la surface d’Europe et la durée des jours ne varie pas. De plus, l’absence d’atmosphère fait que la glace se sublimera dès qu’elle sera exposée à suffisamment de rayons du soleil pour fondre.

Les chercheurs ont calculé que, dans ces conditions, la surface gelée d’Europe était propice à la formation de pénitents dans des latitudes de 25 degrés de chaque côté de l’équateur.

Selon les estimations de la communauté scientifique, la surface d’Europe est restée inchangée au cours des 50 derniers millions d’années, ce qui aurait laissé aux pénitents un temps considérable pour se développer.

Dans ces délais, les chercheurs estiment qu’ils pourraient atteindre aujourd’hui jusqu’à 15 mètres et se trouveraient à intervalles réguliers de 7,5 mètres les uns des autres.

Bien que ces pieux n’aient pas été observés directement par des images satellites, d’autres observations viennent appuyer l’idée des pénitents d’Europe. Ces structures de glace expliqueraient des anomalies radars détectées par d’autres équipes de chercheurs et dont les ondes, au lieu d’êtres réfléchies, étaient inexplicablement absorbées dans la région équatoriale d’Europe. Une surface constellée de pieux serait parfaitement en mesure d’interférer avec les signaux.

En attendant une confirmation visuelle de ce phénomène, les équipes d’ingénieurs préparant les futures missions, telles que celle de la sonde Clipper de la NASA (Nouvelle fenêtre), devront bien prendre garde d’envoyer leurs sondes ailleurs que dans la région fortifiée qui défend l’équateur de cette lune mystérieuse.

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