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Algues et cyanobactéries dans le lac Érié, une lutte sans relâche

On voit des algues de couleur verte sur la rive du lac Érié. Plus loin, on voit un bateau à quai. Le ciel est nuageux.
Dans le port de Wheatley, sur les rives du lac Érié, les lentilles d’eau abondent. En trop grande quantité, ces plantes aquatiques (à ne pas confondre avec des cyanobactéries) sont une nuisance, car elles bloquent les rayons du soleil et asphyxient les cours d’eau. Photo: Radio-Canada / Chantal Srivastava
Radio-Canada

Cette année, les efflorescences d'algues nocives dans le lac Érié ont été moindres que prévu par les autorités américaines. Rien à voir avec l'été 2014, où la ville de Toledo, située à l'extrême ouest du lac, avait été privée d'eau potable à cause des cyanobactéries. Mais la guerre contre ces algues bleu-vert parfois toxiques est loin d'être gagnée pour autant.

Un texte de Chantal Srivastava, de l’émission Les années lumière

Depuis 40 ans, Didier Marotte sillonne le lac Érié pour pratiquer son loisir préféré : la pêche. Le lac est un haut lieu de la pêche au doré, un poisson qu’il affectionne particulièrement.

On voit M. Marotte dans son bateau de pêche, souriant à la caméra avec un poisson dans les mains. Derrière lui, la surface du lac Érié par une journée ensoleillée.Didier Marotte sur le lac Érié tenant une truite arc-en-ciel. Photo : Rhys Marotte

« Tout le monde me demande si je mange les poissons… Bien sûr!, s’exclame-t-il. Car en 40 ans, la situation a bien changé. C’est beaucoup moins pollué. » Les rejets industriels et d’eaux usées ont diminué. Rien à voir avec l’époque où il pêchait des poissons difformes avec des ulcères. « Six dorés sur dix avaient des ulcères », se rappelle-t-il.

Aujourd’hui, ce qui l’inquiète, c’est la prolifération d’algues, causée entre autres par les rejets agricoles.

Ça salit le moulinet au point où on ne peut plus le tourner. Ça affecte la pêche sportive.

Didier Marotte

La croissance des algues et des plantes aquatiques est stimulée par le phosphore contenu dans les rejets agricoles. Lors des grandes pluies, les fertilisants épandus dans les champs ruissellent jusqu’au plan d’eau. Et dans l’eau comme sur terre, le phosphore est un engrais.

Les fertilisants vont dans le lac; les algues sont des plantes… Donc elles poussent!

Anique Gauvin, étudiante à l'Université de Windsor

La quête d’échantillons

Tout au long de l’été, Anique Gauvin parcourt le lac Érié et son affluent, la rivière Détroit, en quête d’échantillons d’eau. L’étudiante au baccalauréat en biologie et sciences environnementales à l’Université de Windsor participe à une vaste campagne de surveillance qui monopolise les efforts des deux côtés de la frontière. « C’est important pour moi, car j’aime venir pêcher sur le lac », s’exclame la jeune femme, coiffée d’une casquette où elle affiche sa passion.

On voit Mme Gauvin qui sourit à la caméra. Elle est assise dans son embarcation. En arrière-plan, le lac Érié.Anique Gauvin identifie les bouteilles où sont conservés les échantillons d’eau. Sur sa casquette, l’inscription « Fishing people », un peuple de pêcheurs. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

La température et la turbidité de l’eau font partie des paramètres mesurés dès la cueillette sur le bateau. Puis, les échantillons prennent le chemin du laboratoire.

Toxique ou pas?

En laboratoire, les chercheurs mesurent le taux de chlorophylle, un bon indicateur de la biomasse végétale. Et ils observent les échantillons au microscope pour identifier les organismes présents. Dans leur ligne de mire : les cyanobactéries, qu’on appelle aussi algues bleu-vert. Souvent toxiques, mais pas toujours, ce qui complique le travail des scientifiques.

On voit un réfrigérateur de laboratoire ouvert. Il contient des dizaines d'échantillons d'eau gardés dans des fioles.Des échantillons d’eau contenant des cyanobactéries sont conservés au Laboratoire des algues nocives du Centre canadien des eaux intérieures à Burlington en Ontario. Photo : Radio-Canada / Chantal Srivastava

Une des cyanobactéries très répandues dans le lac Érié appartient au genre Microcystis qui compte plusieurs espèces. « Pour une même espèce, on a des lignées toxiques qui sont en compétition avec d’autres qui ne le sont pas. Des facteurs environnementaux vont favoriser un gagnant », explique Arthur Zastepa, du Laboratoire des algues nocives au Centre canadien des eaux intérieures. Avec ses collègues, il surveille la progression des cyanobactéries dans le lac Érié.

On sait clairement que le phosphore stimule la production de biomasse. Mais on ne sait pas précisément ce qui influence la toxicité.

Arthur Zastepa, chercheur au Laboratoire des algues nocives du Centre canadien des eaux intérieures

Le défi pour les chercheurs est de comprendre ce qui déclenche la production de toxines chez les cyanobactéries. Parmi les pistes étudiées : les vagues de chaleur à l’approche de l’automne et les excès dans les apports en azote.

Les cyanobactéries : à la fois algues et bactéries

On voit des petits amas de forme ronde.Des amas constitués de « Microcystis » vus au microscope. Photo : NOAA Great Lakes Environmental Research Laboratory

Parce qu’elles vivent dans l’eau et qu’elles produisent parfois des filaments verts, les cyanobactéries sont souvent considérées comme des algues. Mais ces organismes sont à la fois algues et bactéries. Comme les algues, les cyanobactéries vivent dans l’eau et sont capables de photosynthèse. Comme les bactéries, elles sont parmi les plus anciens organismes vivants sur Terre. Elles ont donc eu amplement le temps de s’adapter à leur environnement.

En présence de hauts taux de phosphore, les cyanobactéries prolifèrent. Au fil du temps, elles sont devenues des championnes dans l’art de se déplacer dans la colonne d’eau, ce qui les avantage lorsque le phosphore abonde. Certaines espèces sont même capables de remonter à la surface de l’eau pour prélever l’azote à même l’atmosphère.

Le reportage de Chantal Srivastava est diffusé à l’émission Les années lumière, dimanche, à 12 h 10, à ICI Radio-Canada Première.

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