•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Steven Guilbeault quitte Équiterre pour poursuivre autrement son combat

Le reportage de Catherine Kovacs
Radio-Canada

L'écologiste le plus médiatisé du Québec, Steven Guilbeault, quitte la direction de l'organisme Équiterre pour se consacrer à la cause environnementale d'une autre manière. Il n'écarte pas la possibilité de se lancer en politique un jour, mais assure que ce n'est pas son « plan de match » à court terme.

L'homme de 48 ans a annoncé vendredi en conférence de presse qu'il collaborera plus étroitement avec Cycle capital management, une firme de gestion de capitaux de risque spécialisée dans les technologies propres. M. Guilbeault y était déjà un conseiller stratégique.

Steven Guilbault devient également conseiller chez Copticom, une firme de relations publiques spécialisée en économie verte et sociale. Il entend par ailleurs publier un livre sur les aspects environnemental et social de l'intelligence artificielle.

Quitter Équiterre, un organisme qu'il a cofondé en 1994 et qu'il dirigeait depuis 2007, a été une décision « très difficile », qui n'a « pas été prise à la légère », a assuré M. Guilbeault, avant de saluer le travail de ses collègues qui y demeurent.

Les choses sont cependant « entre bonnes mains », tant au sein du mouvement environnementaliste en général qu'à Équiterre en particulier, a-t-il ajouté. Il s'agissait donc d'un « bon moment » pour laisser sa place et s'intéresser davantage au rôle des technologies et des investissements dans la lutte contre les changements climatiques.

« Il n'y a pas d'autres raisons », a-t-il assuré.

Je ne quitte pas le mouvement, je n’abandonne pas la lutte aux changements climatiques.

Steven Guilbeault

M. Guilbeault a d'ailleurs fait savoir qu'il continuera à collaborer bénévolement avec Équiterre. Les responsabilités qu'il y avait seront réparties entre les autres membres de l'équipe, a indiqué le directeur général de l'organisme, Sidney Ribaux.

Ce dernier a rendu hommage à son ami en soulignant le rôle crucial qu'il a joué dans les décisions du gouvernement du Québec de se joindre à une bourse du carbone et d'adopter une loi zéro émission obligeant les constructeurs d'automobiles à vendre davantage de véhicules électriques.

Il a aussi joué un rôle-clé dans la lutte contre le projet de pipeline Énergie Est de TransCanada, qui a finalement été abandonné.

Pas de politique, du moins « pour l'instant »

M. Guilbeault a été pressé de questions sur un possible saut dans l'arène politique, puisque des rumeurs circulaient quant à sa possible candidature dans la circonscription fédérale d'Outremont, où une élection partielle doit être déclenchée prochainement.

« Je ne serai pas candidat pour cette élection partielle là », a-t-il répondu, avant de reconnaître qu'il a été approché par plus d'un parti fédéral à cette fin. « Est-ce que je serai candidat aux prochaines élections fédérales? Bonne question. Ce n'est pas le plan de match que j'ai pour l'instant », a-t-il ajouté du même souffle.

Est-ce que je vais faire de la politique à court terme? Non. Est-ce qu'un jour je ferai de la politique? Peut-être. On me l'a offert à plusieurs reprises jusqu'à maintenant. J'ai toujours dit non, mais j'ai toujours dit que le fait que je dise non maintenant ne voulait pas dire que je dirai non toujours.

Steven Guilbeault

M. Guilbeault a souligné qu'il était vain de tirer des conclusions hâtives sur la base de rencontres qu'il a eues avec des politiciens fédéraux, provinciaux et même municipaux, puisque son travail à Équiterre était « éminemment politique » et qu'il rencontrait donc beaucoup de monde.

« J'ai été vu avec François Legault avant la campagne électorale provinciale et je ne me suis pas présenté avec la CAQ », a-t-il illustré. « Le fait que je rencontre quelqu'un ne devrait pas être perçu comme un signe. Sinon, je me joindrais à tous les partis politiques en même temps, parce que je parle à à peu près tout le monde. »

M. Guilbeault a admis avoir des « affinités » avec trois des quatre partis représentés à la Chambre des communes, soit ceux qui s'entendent sur la nécessité de lutter contre les changements climatiques.

Il a toutefois tenu à préciser qu'il demeure intéressé par « les enjeux plutôt que par la partisanerie ».

Un militantisme né dans l'enfance

Steven Guilbeault a une longue feuille de route dans la lutte contre les changements climatiques et la défense de l'environnement.

Son militantisme commence dès la tendre enfance. À 5 ans, dans sa ville natale de La Tuque, en Mauricie, il grimpe dans un arbre pour le protéger des promoteurs immobiliers qui s’apprêtent à l'abattre.

À 31 ans, en 2001, il grimpe encore, cette fois en escaladant la Tour CN de Toronto afin de dénoncer les politiques environnementales du Canada et des États-Unis. Il est arrêté par la police. Steven Guilbeault est alors responsable des campagnes de Greenpeace au Québec, un poste qu'il occupe de 1997 à 2007.

En 2007, il devient directeur d'Équiterre, un organisme qu'il avait cofondé 13 ans plus tôt avec Sidney Ribaux.

« Je me vois difficilement faire autre chose; ce n'est pas un travail, c'est une façon d'être, de vivre », disait-il lors d'une entrevue donnée à Radio-Canada, l'an dernier.

Père de quatre enfants, il a toujours refusé de céder au défaitisme dans la lutte contre les changements climatiques.

Après la démission du ministre français de l'Environnement Nicolas Hulot, en août, il a déclaré : « Je suis convaincu qu’on va arriver à s’en sortir. La question est plutôt : "Est-ce qu’on va le faire assez rapidement pour éviter les [effets] les plus négatifs et permanents?" »

Avec la collaboration de Thomas Gerbet

Changements climatiques

Environnement