•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Les gynécologues préoccupés par la multiplication de césariennes

Le nombre de césariennes a presque doublé en 15 ans dans le monde.

Un nouveau-né dans les bras de sa mère

Photo : iStock / Enzo Nguyen

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le nombre de naissances par césarienne a quasiment doublé dans le monde en 15 ans, passant de 12 % à 21 % entre 2000 et 2015, dépassant même 40 % dans 15 pays. La situation a conduit les gynécologues à s'interroger sur cette « épidémie », comme le relate un dossier publié vendredi dans la revue scientifique britannique The Lancet.

On estime que le taux de césariennes absolument nécessaires pour des raisons médicales varie de 10 à 15 %. Toutefois, 60 % des 169 pays passés en revue se situent au-dessus de cette fourchette, tandis qu'un quart des pays sont en dessous, mettant en danger la mère et l'enfant, révèle l'étude qui s'appuie sur les chiffres de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l'UNICEF.

Dans 15 pays, dont la République dominicaine, le Brésil, l'Égypte, la Turquie, le Venezuela, le Chili, la Colombie et l'Iran, ce sont plus de 40 % des naissances qui ont lieu par césarienne.

« La forte augmentation des césariennes, pour l'essentiel dans des environnements aisés et sans raison médicale, pose problème à cause des risques associés pour la mère et l'enfant », souligne la coordonnatrice de l'étude Marleen Temmermann (Université Aga Khan du Kenya et Université de Gand en Belgique).

« Dans les cas où des complications surviennent, les césariennes sauvent des vies, et nous devons favoriser l'accès des femmes [à cette intervention] dans les régions pauvres, mais nous ne devrions pas en abuser. »

Les disparités sont considérables entre l'Afrique subsaharienne (4,1 % de césariennes) et l'Amérique latine et les Caraïbes, où le taux a atteint 44,3 % en 2015.

En Asie, le recours aux césariennes a augmenté en moyenne de 6 % par an, grimpant de 7,2 % à 18,1 % des naissances entre 2000 et 2015.

En Amérique du Nord (32 % de césariennes en 2015) et en Europe occidentale (26,9 %), la hausse est d'environ 2 % par an.

Niveau d'éducation et revenu

L'étude de The Lancet, basée sur des données collectées par l'OMS et l'UNICEF, ne permet pas d'expliquer cette hausse vertigineuse de césariennes dans certains pays.

Elle constate toutefois un lien avec le niveau de revenu et d'éducation des femmes. Au Brésil, par exemple, 54,4 % des femmes qui ont effectué des études de haut niveau accouchent par césarienne contre 19,4 % chez les femmes moins éduquées.

Dans les pays à revenu faible et moyen, les femmes les plus aisées ont six fois plus de probabilité de donner naissance par césarienne que les plus défavorisées, et les opérations sont 1,6 fois plus nombreuses dans les cliniques privées.

Plusieurs raisons possibles

Dans l'article, le Congrès mondial de gynécologie et d'obstétrique réuni au Brésil avance plusieurs hypothèses quant aux raisons de cette « épidémie », dont une baisse de compétence du corps médical pour accompagner un accouchement potentiellement difficile par voie naturelle, le confort de la programmation des naissances de jour, et des tarifs plus attrayants pour les médecins et les cliniques en cas de césarienne.

En France, le taux de césarienne (20,4 % en 2016) reste stable depuis 2010, « ce qui suggère une attitude générale tendant à limiter la réalisation de cette intervention », relève la dernière enquête périnatale publiée par le ministère de la Santé.

Cédric Grouchka, membre du Collège de la Haute Autorité de Santé française, parle de « stabilisation à la baisse » et fait une distinction entre « les césariennes réalisées dans l'urgence, soit après un accouchement qui se passe mal ou au cours du travail – qui correspondent à 60 % du total en France –, les césariennes programmées pour raison médicale (40 %) et celles programmées pour une raison non médicale, à la demande des femmes », qu'il estime à « moins de 1 % ».

Peur de l'accouchement

Pour Jane Sandall, de King's College London, si certaines femmes font le choix d'une césarienne, c'est généralement par « peur de l'accouchement, parfois après une première expérience traumatisante ». La qualité des soins et des locaux, qui doivent préserver l'intimité des femmes et permettre la présence d'un proche, est essentielle face à ces craintes, juge-t-elle.

Le Congrès mondial de gynécologie et d'obstétrique (FIGO) préconise plusieurs mesures pour limiter l'abus de césariennes : pratiquer un tarif unique pour les naissances, par césarienne ou non, obliger les hôpitaux à publier leurs statistiques, mieux informer les femmes des risques et améliorer la formation à l'accouchement naturel.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !