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La moitié de la population américaine identifiable par la généalogie génétique

Joseph James DeAngelo a été officiellement inculpé pour meurtres avec circonstances aggravantes le 27 avril 2018.
Joseph James DeAngelo a été officiellement inculpé pour meurtres avec circonstances aggravantes le 27 avril 2018. Photo: Associated Press / Rich Pedroncelli
Agence France-Presse

La technique retentissante de généalogie génétique, qui a permis l'arrestation en avril du « Golden State Killer », Joseph James DeAngelo, quatre décennies après ses meurtres en série, peut aujourd'hui conduire à l'identification de plus de la moitié de la population américaine, selon une étude publiée jeudi dans la revue Science.

Et dans quelques années, la totalité de la population blanche sera probablement identifiable génétiquement, prédisent les auteurs, qui notent que les Américains noirs utilisent moins les outils génétiques à ce jour.

« Nous sommes bien partis pour que quasiment tout le monde d'origine européenne ait un cousin du troisième ordre dans ces bases de données », dit à l'AFP Yaniv Erlich, directeur scientifique du site MyHeritage, et auteur principal de l'étude. « Je prédis que cela arrivera dans un an ou deux. »

Un cousin au troisième degré a les mêmes arrière-arrière-grands-parents que vous. Au second degré, vous partagez des arrière-grands-parents, etc. Plus vos ascendants sont proches, plus vos génomes se ressemblent.

Mais même au troisième degré, les génomes se ressemblent... beaucoup.

Lorsque la police retrouve une trace ADN qui ne correspond à aucune dans son fichier génétique, elle est dans l'impasse.

Les policiers californiens sont restés ainsi bloqués sur l'identité du Golden State Killer (12 meurtres), jusqu'à ce qu'elle ait l'idée de télécharger son ADN sur GEDmatch.com.

Ce site gratuit permet à chacun d'ajouter une fiche ADN, au format texte. En retour, il produit une liste de personnes ayant des génomes proches, classées de la plus proche à la plus lointaine. Avec un nom et une adresse courriel.

Dans le cas du tueur, bingo : il y avait une correspondance entre lui et des cousins du troisième degré environ. Les enquêteurs ont reconstitué leurs arbres généalogiques, jusqu'aux années 1800... avant de redescendre patiemment vers leurs centaines de descendants.

Par élimination par sexe, âge et domicile, ils sont tombés sur Joseph James DeAngelo, dont ils ont discrètement prélevé l'ADN sur une poignée de voiture et dans sa poubelle. Un ADN qui correspondait à celui retrouvé sur un meurtre de 1980. Il est désormais derrière les barreaux.

Treize personnes arrêtées en 5 mois

Depuis, les polices de tout le pays imitent la technique pour résoudre leurs affaires judiciaires non élucidées. Treize personnes ont été arrêtées en cinq mois, selon la société Parabon, qui travaille sur 200 échantillons d'ADN mystérieux.

Sur ces 200, dit sa directrice bio-informatique Ellen Greytak à l'AFP, 60 % s'apparentaient dans GEDmatch.

Ses analystes ont alors effectué un travail de fourmi pour analyser des données publiques (sites généalogiques, Facebook, LinkedIn, nécrologies...) afin de reconstituer l'arbre généalogique et identifier des suspects.

En plus des 13 affaires résolues, « nous en avons beaucoup d'autres où nous avons donné aux policiers un nom unique », explique-t-elle.

Pour l'étude de jeudi, les chercheurs ont considéré 1,28 million de personnes ayant analysé leur ADN sur MyHeritage, l'un des sites qui analysent le génome à partir d'un échantillon de salive, pour 79 à 99 $ (où les Blancs sont majoritaires).

Ils se sont aperçus que 60 % s'apparentaient avec un cousin de 3e degré ou moins. L'enregistrement de 2 % de la population suffit pour en identifier la totalité, estiment-ils, une proportion bientôt atteinte, au rythme actuel.

La différence entre GEDmatch, Ancestry et 23andMe

Les sites de généalogie génétique, dont les leaders Ancestry (10 millions de fiches) et 23andMe (5 millions), ne permettent pas à quiconque de faire des recherches libres, comme sur GEDmatch (1,1 million).

Mais la police pourrait un jour leur envoyer des injonctions. Ancestry et 23andMe disent à l'AFP n'en avoir jamais reçu.

C'est cette menace future, et celle de détournement illégal des données génétiques, qui inquiètent les défenseurs de la vie privée.

Il faut vraiment que les gens comprennent pleinement ce que deviennent leurs données quand ils les téléchargent sur ces sites.

Benjamin Berkman, chercheur en bioéthique aux National Institutes of Health

Natalie Ram, professeure de droit à l'Université de Baltimore, espère que cette étude provoquera une prise de conscience face au vide juridique exploité par la police pour explorer GEDmatch.

Elle imagine les mêmes abus que lorsque la police accède à des courriels ou à des relevés téléphoniques de gens innocents, et réclame la même protection constitutionnelle pour les données génétiques. « Cela se finira en justice », prédit-elle.

Risques de fuites de données personnelles

Yaniv Erlich entend prendre les devants pour éviter que la généalogie génétique ne soit le prochain scandale de fuites de données personnelles, à la Facebook. Il propose une sorte de signature cryptée pour empêcher toute utilisation non autorisée.

« Je ne veux pas qu'on se retrouve à dire : oh, on aurait dû faire quelque chose il y a cinq ans », dit-il.

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