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Des filles autochtones apprennent l'autodéfense pour se faire respecter

Une jeune fille autochtone avec un t-shirt orange tord le bras d'un homme adulte dans le cadre d'un exercice dans un gymnase.
Pour créer son programme d'autodéfense pour jeunes filles PowerOurWomen, Shana Pasapa a été inspirée par les tristes cas de centaines de femmes autochtones disparues et assassinées. Photo: Radio-Canada / Adnan Mohamad

Une femme autochtone qui s’illustre dans les arts martiaux se rend régulièrement chez les Premières Nations pour enseigner aux jeunes filles à se défendre. En plus d'enseigner des techniques d'autodéfense sur le tatami, Shana Pasapa cherche surtout à former des battantes dans la vie.

Un texte de Lise Ouangari avec des informations d'Adnan Mohamad

« Pied opposé, la main levée pour protéger votre tête, soyez prêtes, tête haute, bien, parfait », lance Shana Pasapa à des jeunes filles à terre qui s’apprêtent à se lever d’un bond.

Un peu plus tôt, Shana Pasapa et son équipe de Power Our Women, un programme d’autodéfense pour lutter contre les violences faites aux filles et aux femmes, ont pris la route depuis Regina pour se rendre à la Première Nation Ocean Man, située à environ 140 km au sud-est de la capitale en Saskatchewan.

Originaire de la Première Nation Whitebear, Shana Pasapa se rend régulièrement dans les communautés autochtones de la Saskatchewan et des provinces voisines pour enseigner aux filles de 8 à 18 ans des techniques d’autodéfense.

« Je veux qu’elles prennent conscience de ce que leur corps est capable de faire pour qu’elles apprennent à se défendre », explique Shana Pasapa.

Cela fait 8 ans que la mère de deux enfants pratique les arts martiaux. Âgée de 30 ans, elle enseigne aux filles des techniques anti-enlèvement et leur montre la survie au sol, la gestion du corps, la fuite ou encore des méthodes de frappes.

Notre corps est un cadeau. C’est chez elles, et je veux leur apprendre à en prendre soin et à devenir un être humain plus fort.

Shana Pasapa, fondatrice de Power Our Women
Shana Pasapa explique comment se sortir d'une prise alors qu'elle est plaquée contre le mur par un homme, sous le regard d'une jeune fille qui écoute et d'un autre éducateur.Après avoir reçu, en 2015, le prix CBC Future 40 qui récompense les leaders de demain, Shana Pasapa a fondé Power Our Women en 2016. Photo : Radio-Canada / Adnan Mohamad

« Si nous pouvons apprendre à nous échapper devant quelqu'un, cette habileté devrait être à la portée des femmes et des filles », poursuit Shana Pasapa.

Pour créer son programme d'autodéfense Power Our Women, la jeune femme confie avoir été inspirée par les tristes cas de centaines de femmes autochtones disparues et assassinées.

« J'ai réfléchi aux problèmes des femmes et des filles disparues et assassinées, j'ai pensé à des amis et à des membres de la famille qui se sont trouvés dans ce type de situations et à la façon dont cela m'a affectée et je me suis dit que je peux réellement aider ces gens-là », raconte-t-elle.

Une jeune fille frappe avec sa jambe un sac de boxe, sous le regard de ses camarades. « Les femmes ont le droit de se sentir en confiance, de se sentir fortes et puissantes », explique Shana Pasapa. Photo : Radio-Canada / Adnan Mohamad

Dans son rapport provisoire, l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées indique qu’en Saskatchewan, une femme autochtone est 19 fois plus à risque d’être assassinée ou de disparaître qu’une femme blanche.

Shana Pasapa a donc créé un espace spécifiquement réservé aux femmes et aux filles, car elle pense que des femmes ne sont pas à l’aise dans les salles de sport où la présence des hommes domine.

« Les femmes ont le droit de se sentir en confiance, de se sentir fortes et puissantes », dit-elle.

Shana Pasapa donne un coup de genou dans un sac tenu par un collaborateur dans un gymnase à titre de démonstration.Shana Pasapa est ceinture bleue en ju-jitsu. Photo : Radio-Canada / Adnan Mohamad

Apprendre à se défendre dès le plus jeune âge

Pour Shana Pasapa, se défendre est une affaire de famille. « Être capable de me défendre a toujours fait partie de ma vie », confie-t-elle.

Elle explique notamment avoir grandi avec un frère et un beau-père qui faisaient de la boxe et un oncle avec qui elle allait chasser avant de regarder des matchs de championnat de combat ultime (UFC).

À 12 ans, sa mère la mettait déjà en garde sur la réalité de la femme dans ce monde. « Tu es belle, ma fille, mais tu dois faire attention et garder la tête haute », lui disait-elle.

Deux jeunes filles lors d'un exercice contre le mur rigolent en se regardant. Dans son enseignement, Shana Pasapa inculque aux jeunes l'importance d'avoir une bonne alimentation et une bonne hygiène de vie. Photo : Radio-Canada / Adnan Mohamad

Une philosophie de vie

Au-delà de l'entraînement aux arts martiaux, Shana Pasapa veut former des battantes dans la vie.

« En travaillant dans la communauté, j'ai appris que les femmes et les filles autochtones ont des luttes différentes, qu'elles sont placées dans des endroits où elles doivent vraiment survivre et qu'elles sont plus vulnérables que les autres. Nous devons donc créer ces occasions pour les encourager à faire de leur mieux et à leur faire savoir qu’elles ne sont pas seules, qu’il y a encore de l’espoir ou même un peu d’amour et de soutien », explique-t-elle.

« Des femmes viennent me voir et me disent :"Tu me donnes envie de revivre, je me sens tellement plus confiante." », dit Shana Pasapa. Autant de réactions qui l'encouragent à poursuivre son combat.

Un groupe de quatre jeune filles et une jeune femme et deux hommes posent avec des certificats en brandissant le poing.Après avoir reçu le prix CBC Future 40 en 2015, Shana Pasapa (deuxième en partant de la droite) a fondé Power Our Women en 2016. Photo : Radio-Canada / Adnan Mohamad

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