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D’où le cannabis tient-il son odeur?

Un homme fume du cannabis.
L'odeur du cannabis passe rarement inaperçue. Sa légalisation risque de la rendre plus présente dans l'air cet automne. Photo: iStock
Radio-Canada

Les arômes de cannabis seront plus présents dans l'air maintenant qu'il est légal au Canada. Ils évoquent à chacun sa propre image, de la mouffette au printemps... voire le pin et même certaines fines herbes. Mais d'où vient son odeur si caractéristique?

Un texte de Daniel Blanchette Pelletier

« La seule réponse en ce moment, c’est qu’on ne le sait pas vraiment », admet le chimiste Hubert Marceau.

Peu d’études scientifiques se sont intéressées à l’odeur du cannabis, explique le directeur du développement chez PhytoChemia, un laboratoire spécialisé dans l’analyse des produits naturels, médicinaux, cosmétiques ou alimentaires.

Toutes les plantes dégagent des odeurs. Ces arômes ont deux rôles : repousser les prédateurs, comme les insectes et les champignons, et attirer les pollinisateurs. L’odeur varie selon les espèces et elle s’accentue en période de floraison. La marijuana ne fait pas exception.

Les terpènes, des composés volatils produits en grande partie par les plantes, sont associés à leurs odeurs. « Ce sont ces mêmes composés qui sont distillés ou purifiés pour être utilisés, par exemple, en parfumerie », illustre Hubert Marceau.

« Ce sont aussi eux qui vont donner les subtilités au goût, ce qu’on va appeler les flaveurs, et qui remontent un peu par les cavités nasales, poursuit le chimiste. C’est un peu la même chose avec le cannabis. »

Une feuille de cannabis. Les terpènes présents dans le cannabis sont, comme pour les autres plantes, liés à son odeur. Photo : iStock

Plus de 60 000 terpènes ont été identifiés dans la flore. Une plante peut donc en produire un grand nombre, comme c’est le cas pour le cannabis.

Chaque variété de plant de cannabis possède cinq à six principaux terpènes, mais aussi plusieurs dizaines, voire centaines, d’autres terpènes minoritaires, qui sont difficiles à quantifier d’une plante à l’autre.

On trouve certains de ces mêmes composés volatils dans le pin, le basilic ou encore le citronnier, ce qui explique pourquoi le cannabis dégage parfois des notes olfactives qui se rapprochent d’autres plantes.


Terpènes identifiés dans le cannabis et associés à d’autres plantes

Une illustration montrant différents terpènes.Chaque variété de cannabis possède des terpènes différents. Certains sont aussi associés à d'autres plantes dont l'odeur est bien connue. Photo : Radio-Canada

Les composés volatils des plantes sont stockés dans les trichomes, des glandes à la surface des feuilles. Lorsqu'il est récolté, le bourgeon conserve son odeur.

Au fur et à mesure que le cannabis vieillit, les trichomes qui contiennent les odeurs deviennent de plus en plus fragiles, et ont tendance à plus se briser et à libérer les odeurs.

Hubert Marceau, chimiste

Le profil aromatique du cannabis frais, séché, puis fumé peut donc varier.

« Le cannabis frais va probablement avoir plus de composés légers qui vont tranquillement s’évaporer pendant le séchage. Puis, pendant le brûlage ou la vaporisation, on va aller chercher d’autres composés qui sont généralement moins volatils », explique le chimiste.

La palette d’odeurs du cannabis est un peu comme celle du vin, poursuit-il. Cette dernière varie selon plusieurs facteurs et les variétés de raisins.

« À partir d’une analyse, on est capable de se dire qu’on s’attend à telle odeur, mais en la référant souvent à des odeurs autres, comme la lavande, la menthe ou le poivré », décrit Hubert Marceau.

Une vue rapprochée de plusieurs trichomes sur un plant de cannabis.Les terpènes sont stockés dans les trichomes, des glandes à la surface des feuilles de cannabis. Photo : iStock

Il n’y a cependant pas de corrélation établie entre la concentration des composés volatils du cannabis et son odeur.

L’une des rares études sur l’odeur du cannabis a été menée aux États-Unis et publiée en 2015. Contrairement à l’hypothèse de travail, les analyses sensorielle et chimique n’ont pas permis d’identifier les mêmes composés aromatiques du cannabis. L’odorat humain a perçu des arômes dont la présence chimique n’avait pas été décelée.

L’étude a aussi conclu que les composés chimiques les plus concentrés n’étaient pas nécessairement les plus odorants, et a répertorié plus de 200 nouveaux composés chimiques volatils de la plante.

La complexité chimique du cannabis

Malgré des pistes d’explications, la science parvient encore difficilement à décrire cette forte odeur âcre si caractéristique qui colle au cannabis, encore moins à en déterminer la provenance.

« Ça peut aussi être une combinaison de plusieurs composés, ce qui rend la chose un peu complexe », souligne Hubert Marceau.

En fait, jusqu’à 400 composés chimiques différents ont été identifiés dans les différentes variétés de cannabis. Il ne s’agit pas tous de terpènes, mais aussi de composés soufrés.

« Comme ils sont très peu concentrés dans la plante, souvent ils ne seront pas détectés par la plupart des tests que l’on fait pour détecter les composés volatils, explique le chercheur. Mais le nez leur est énormément sensible. »

Des bourgeons de houblon.Le houblon, la plante qui aromatise la bière, est le parent biologique le plus proche du cannabis. Photo : iStock

Ces composés soufrés sont, par exemple, associés à l’odeur du houblon, la plante qui aromatise la bière. Le houblon est d’ailleurs le parent biologique le plus proche du cannabis.

« En faisant un peu de corrélation, on peut donc se douter que ce sont des composés soufrés qui ne sont pas encore découverts dans le cannabis qui vont lui donner son odeur très typique », croit Hubert Marceau.

Cette piste de réflexion n’en est qu’à ses débuts. La légalisation du cannabis au Canada pourrait cependant faire avancer la recherche sur la source exacte de ses arômes.

Science