•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Comment les ministres libéraux défaits se remettent-ils du raz-de-marée caquiste?

Lucie Charlebois
Lucie Charlebois, élue depuis 2003, a indiqué avoir vécu des journées difficiles après sa défaite électorale. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Visage marqué, toujours attristée par cette défaite électorale, Lucie Charlebois fait partie des élus libéraux qui ont participé, jeudi, à leur dernier Conseil des ministres du gouvernement Couillard avant de laisser la place à la nouvelle équipe de François Legault. Après 15 années de vie politique, elle doit tourner la page. Comme d'autres membres du Parti libéral.

Un texte de Romain Schué, correspondant parlementaire à Québec

« Moi, je n’ai plus rien. Il n’y a plus de téléphone, c’est très calme », a confié au cours d'un point de presse Lucie Charlebois, avant de participer à son dernier conseil des ministres.

Avouant avoir été blessée par l’issue du scrutin électoral, qui l’a écartée de la circonscription de Soulanges qu’elle représentait depuis 2003, Lucie Charlebois n’a pas caché sa « peine ».

« La semaine dernière, j’ai été sonnée, je vous le dis franchement. Ce n’était pas un petit balayage. [Celle] qui a été élue à ma place [Marilyne Picard, candidate de la CAQ], il n’y a pas si longtemps m’avait demandé de l’aider pour qu’elle reste à la maison s’occuper de son enfant. »

Ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse et à la Santé publique dans le dernier gouvernement Couillard, Lucie Charlebois, 59 ans, est désormais ferme : « La politique, c’est terminé ».

J’ai donné 15 ans de ma vie. J’ai décidé de retourner à ma famille, mes enfants, mes petits-enfants, mon mari. Je leur ai promis que je rentrais dans mes terres le soir de la défaite.

Lucie Charlebois, députée de 2003 à 2018

Avouant être « dans le ménage de [sa] maison », l’ancienne whip du gouvernement de Jean Charest a également reconnu vouloir se défaire des mosaïques représentant les photos des membres de l’Assemblée nationale.

« Mes enfants les ont kidnappées, puis m’ont dit non. [Ils m’ont dit] que pour les petits-enfants, il faut que [je] garde ça », a-t-elle souligné, tout en admettant qu’« il y a des choses que je ne veux plus voir pour l’instant, parce que ça fait mal à chaque fois que je regarde ça ».

Pierre Moreau pourrait revenir

Plusieurs autres députés ont aussi fait leurs adieux aux bureaux de l’Assemblée nationale jeudi matin. C’était « émouvant et touchant », a raconté Hélène David, réélue sur l’île de Montréal.

Les sentiments divergent néanmoins et tous n’ont pas tiré un trait sur la politique.

Pierre MoreauPierre Moreau ne ferme pas la porte à se porter candidat à la chefferie du PLQ. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

« Très serein » et « très en paix » malgré sa défaite dans Châteauguay, Pierre Moreau avait quant à lui le sourire.

Relevant notamment l’âge de François Legault (61 ans), l’ex-ministre de l’Énergie, 60 ans, présent depuis 2003 sur les bancs de l'Assemblée nationale, garde la porte ouverte à un retour.

« Une chose est claire : j’ai une passion pour la politique, a-t-il expliqué. J’aime la politique, j’en ai fait ma deuxième carrière. J’ai pratiqué le droit pendant 22 ans, j’ai fait 14 ans en politique […] Je veux rester dans l’entourage du parti. »

J’ai le goût de participer à la reconstruction du parti et de jouer un rôle actif dans la reconstruction de ce parti. Je ne ferme la porte à rien.

Pierre Moreau, ex-ministre de l’Énergie

« Le téléphone sonne beaucoup », a-t-il repris, soulignant que d’autres possibilités, dans différents secteurs, pourraient s’offrir à lui. « Très sincèrement, je ne suis pas inquiet pour mon avenir », a-t-il précisé.

Se présenter aux prochaines élections fédérales avec l’équipe de Justin Trudeau pourrait-il le tenter? « Honnêtement, je suis plus de juridiction québécoise que de juridiction fédérale », a-t-il répondu.

Priorité, jusqu'à Noël, à « la vie familiale », a pour sa part avancé Luc Fortin, défait à Sherbrooke. Ensuite, « je vais me chercher un travail ». L'ancien ministre de la Famille souhaite cependant « être actif dans la course au leadership ».

De son côté, Véronyque Tremblay, ex-ministre déléguée aux Transports, a précisé être « plus du genre » à vouloir « faire autre chose ». « J’ai besoin de recul, un petit peu », a-t-elle avancé, en reconnaissant avoir vécu un « dur coup » après avoir perdu son poste dans la région de Québec.

Fournier et Kelley dans l’enseignement

Bien avant le scrutin électoral, plusieurs ministres, qui ont connu différents gouvernements, avaient décidé volontairement de jeter l’éponge.

Élus tous deux en 1994, Geoffrey Kelley et Jean-Marc Fournier souhaitent désormais se tourner vers l’enseignement.

Évoquer son expérience en sciences politiques, mais aussi les relations avec les Premières Nations intéresse grandement Geoffrey Kelley, ministre des Affaires autochtones sous Jean Charest et Philippe Couillard.

« Je veux continuer, à titre de citoyen, de m’impliquer dans les dossiers autochtones, sans être dans la politique partisane », admet celui qui a vu son fils, Gregory, lui succéder dans la circonscription de Jacques-Cartier.

Jean-Marc FournierJean-Marc Fournier aimerait partager sa « vision » du Québec et du Canada avec des étudiants. Photo : Radio-Canada / Romain Schué

Pour Jean-Marc Fournier, qui a encore une fois joué un rôle-clé auprès du chef libéral durant la dernière campagne électorale, l’heure est à la réflexion.

Assis derrière son bureau de leader parlementaire, quasiment vide, avec de multiples boîtes pleines de dossiers à ses côtés, le ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne dit vouloir « connaître autre chose ».

Son idée : poursuivre le travail entamé avec son ministère et aller dans les milieux universitaires pour parler des relations entre le Québec et le Canada.

Cependant, la politique n’est pas exclue. Loin de là, comprend-on. « Je ne ferme aucune porte », ajoute-t-il, tout en affirmant qu’il ne se représentera plus devant les électeurs.

J’ai la politique dans le sang et je ne suis pas le seul. Mais je ne pars pas pour revenir.

Jean-Marc Fournier, député de 1994 à 2018

Pourrait-il jouer un rôle dans une future course à la direction, en coulisses?

« Certains m’ont appelé, m’ont demandé comment je vois les choses. Mais les belles-mères, c’est bien quand on sollicite leur conseil. Mais parler sans qu'on [nous] le demande, les gens n’aiment pas », sourit-il, avant d'admettre qu'une « nouvelle classe » de politiciens libéraux est en train de voir le jour, avec des « Sébastien [Proulx], Dominique [Anglade] et André [Fortin] ».

« J’aimerais porter un autre chapeau que la politique. En janvier, je ne veux pas faire de politique partisane, mais si en mai je n’ai aucune offre, on verra », lâche-t-il. Son départ ne pourrait donc qu'être provisoire.

Politique provinciale

Politique