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Bienvenue en Ontario, province de l'or vert

Des petits plans de cannabis dans une salle de culture.
Au Collège Niagara, on peut étudier la culture du cannabis. Les diplômés seront accueillis par une industrie à la recherche de travailleurs qualifiés. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les plus grands producteurs mondiaux de cannabis sont installés en Ontario et sont cotés en bourse, Bay Street finance l'industrie, et le gouvernement Ford a privatisé la vente de cannabis. Les entrepreneurs ontariens ont des signes de dollar dans les yeux. Bienvenue au pays de l'or vert!

Un texte de Christian Noël, à Désautels le dimanche

Quand l’étudiant Denzil Rose assiste à ses cours, il doit revêtir une blouse de laboratoire, porter un bonnet blanc et des gants en latex bleus. Dans la salle stérile et bien ventilée, il manipule avec soin de petites plantes vertes. Les premières pousses de cannabis à être utilisées à des fins pédagogiques.

Un jeune homme souriant en sarrau et portant un filet protecteur sur la tête dans une salle de culture de cannabis.Denzil Rose sera l'un des premiers diplômés au Canada en culture commerciale du cannabis. Photo : Radio-Canada

Denzil Rose fait partie de la toute première cohorte d’étudiants à suivre le cours sur la culture commerciale du cannabis au Collège Niagara. « C’est une expérience formidable! J’ai l’impression de vivre un moment historique. »

Avant, je faisais pousser du cannabis médical dans mon sous-sol, mais de façon très discrète. Maintenant, c’est ma mère qui l’annonce à tout le monde sur Facebook : “Mon fils va faire pousser du cannabis à l’école”.

Denzil Rose, étudiant au Collège Niagara

Denzil fait partie d’un groupe select. Sur 300 demandes d’admission, le collège n’en a retenu que 24. N’entre pas qui veut, au propre comme au figuré.

Le « Cannabunker »

Une clôture en métal de 3 mètres, des fils barbelés et des caméras de surveillance protègent la salle de classe de Denzil et de ses camarades. L’accès est contrôlé par cartes d’identité et codes d’accès.

À l'intérieur d'un périmètre clôturé, des conteneurs sécurisés transformés en serres à cannabis.La sécurité est serrée au « cannabunker » la salle de cours qui abrite les plants de cannabis du Collège Niagara. Photo : Radio-Canada

« C’est l’endroit le plus sécuritaire du Collège » lance Alan Unwin, le vice-doyen responsable du programme de culture du cannabis, « afin de respecter les normes de l’industrie ». Parce que le Collège Niagara travaille main dans la main avec les producteurs de cannabis établis en Ontario.

Nous avons 7 ou 8 producteurs autorisés qui sont prêts à embaucher nos diplômés dès leur sortie de l’école. Certains offrent des bourses, d’autres paient carrément pour la formation de leurs employés.

Alan Unwin, vice-doyen du Collège Niagara
Dans une salle de culture de cannabis, des étudiants sont autour d'une table où sont placés de petits plans.Les étudiants du Collège Niagara étudient les différentes méthodes de culture du cannabis. Photo : Radio-Canada

Il existe une centaine de producteurs de cannabis au Canada. Tous sont en pleine expansion et auront besoin d’employés pour la production et la gestion des récoltes. « L’industrie du cannabis a le potentiel de créer des milliers d’emplois bien rémunérés au pays », indique le professeur de culture de cannabis Bill McDonald.

Ces jeunes étudiants ont l’occasion d’être des pionniers dans une industrie florissante. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour avoir 20 ans de moins!

Bill McDonald, professeur en culture du cannabis

L’Ontario, « le centre de l’univers du cannabis »

« Ce n’est pas tout de faire pousser le cannabis. Encore faut-il savoir s’il est de qualité. C’est ici qu’on entre en jeu », dit John Slaughter. Jeremy Pindus et lui-même ont un rêve : construire le plus grand laboratoire de tests de cannabis au Canada.

Deux jeunes hommes dans un entrepôts vide.John Slaughter et Jeremy Pindus rêvent de transformer cet entrepôt vide en laboratoire pour tests de cannabis. Photo : Radio-Canada

Les échantillons de cannabis seront analysés au spectromètre de masse « afin de s’assurer qu’ils ne contiennent aucune moisissure et aucun pesticide, et qu’ils répondent aux normes sévères imposées par Santé Canada. »

Pour se lancer dans cette aventure, John a laissé tomber un emploi dans le secteur pharmaceutique. Jeremy, lui, a quitté la Colombie-Britannique pour déménager en Ontario.

L’Ontario, c’est le centre de l’univers du cannabis en ce moment! Pendant longtemps, ça a été la côte ouest qui était à l’avant-garde. Mais plus maintenant. Avec la légalisation, l’argent de Bay Street a changé la donne.

Jeremy Pindus, homme d’affaires

En fait, en quatre ans, le nombre de producteurs autorisés de cannabis en Ontario est passé de 10 à 65. C’est 2,5 fois plus qu’en Colombie-Britannique.

Nombre de producteurs autorisés au pays en 2014 et en 2018 :

"Comparatif

Toronto surpasse Vancouver

Toronto la pure est devenue la capitale nationale du cannabis. Le nombre de points de vente illégaux a explosé en 2 ans à Toronto. Il y en aurait maintenant deux fois plus qu’à Vancouver.

Avec l’arrivée au pouvoir de Doug Ford, les règles qui encadrent le cannabis seront plus permissives. La vente en magasin sera confiée au secteur privé, et fumer du pot dans les lieux publics sera permis, au même titre que le tabac.

Mais au-delà de pouvoir fumer un joint en toute légalité, c’est le marché des produits dérivés du cannabis qui fait saliver l’industrie.

Le cannabis comme ingrédient

« Les produits qu’on retrouve sur nos tablettes vont changer dramatiquement d’ici quelques années » croit Mario Naric, un jeune entrepreneur dans la vingtaine. Fraîchement diplômé en génie chimique, il a quitté un emploi dans le secteur pétrolier pour se lancer dans l’industrie du cannabis.

Un jeune homme dans un magasin de produits cosmétiques.Mario Naric, diplômé en génie chimique, a quitté un emploi dans le secteur pétrolier pour se lancer dans l’extraction d’huile de cannabis. Photo : Radio-Canada

Mario Naric veut devenir un expert dans l’extraction commerciale des huiles de cannabis (le cannabidiol ou CBD et le THC) pour ensuite les mélanger à différents produits de consommation. Mais au-delà du cannabis comestible (dans les pâtisseries ou les huiles d’olive), il croit que l’industrie des produits de beauté représente un marché d’avenir.

Des crèmes hydratantes ou pour contrer les signes du vieillissement pourraient être infusées avec de l’huile de cannabis, afin de contribuer à relaxer les muscles, réduire l'inflammation ou faciliter le sommeil.

Mario Naric, diplômé en génie chimique

Évidemment, les bénéfices du cannabis sur la santé restent encore à prouver, reconnaît Mario Naric, « mais je crois que ça deviendra un ingrédient répandu d’ici quelques années ».

Le reportage de Christian Noël est diffusé à Désautels le dimanche, le 14 octobre à 10 h sur ICI Radio-Canada Première.

Un marché lucratif

La légalisation du cannabis va délier les cordons de la bourse des consommateurs. Les Canadiens vont dépenser jusqu’à 7 milliards de dollars par année, dès l’an prochain, selon la firme Deloitte. D’ici quatre ans, la vente de produits du cannabis sur le marché mondial dépassera 30 milliards de dollars.

Le cannabis en bouteille risque également de faire sensation, selon Adam Greenblatt, directeur de marque pour Canopy Growth, le leader mondial de production du cannabis basé en Ontario.

Un jeune homme en t-shirt, les cheveux en bataille.Adam Greenblatt, un des directeurs de Canopy Growth, une compagnie canadienne de cannabis cotée en bourse. Photo : Radio-Canada

Le joint, ça ne sent pas bon, et ce n’est pas discret. Tandis que prendre un verre entre amis, c’est plus accepté comme rituel social. Les breuvages de cannabis permettront de cibler un différent type de consommateur.

Adam Greenblatt, directeur de marque chez Canopy Growth

Canopy Growth vient de signer un contrat de 5 milliards de dollars avec le conglomérat Constellation Brands, qui fabrique notamment la bière Corona. D’autres multinationales, comme Coca-Cola, Molson-Coors, et Diageo ciblent le cannabis canadien. Et attirent l’attention des spéculateurs boursiers.

Une bulle boursière?

En un an, les valeurs boursières des compagnies canadiennes de cannabis ont doublé, triplé, et même quintuplé dans certains cas.

Les cinq principales compagnies canadiennes réunies ont une évaluation boursière d’un demi-milliard de dollars. C’est beaucoup d’argent et beaucoup de risque. Le mot d’ordre : « Prudence », lance le professeur de commerce à l’Université Ryerson, Brad Poulos.

Selon lui, le prix des actions qu’on voit en ce moment n'a aucun bon sens. « Comment peut-on évaluer la vraie valeur d’une compagnie qui n’a pas encore commencé à vendre son produit sur le marché? ».

Il y a beaucoup de croissance, mais aussi beaucoup de battage médiatique. Ça rend le marché très volatil. Ça me fait penser à la bulle spéculative des compagnies point.com à la fin des années 90.

Brad Poulos, professeur de commerce à l’Université Ryerson

Le Canada, leader mondial du cannabis

Le Canada deviendra le premier pays du G7 à légaliser le cannabis à l’échelle nationale. Un avantage à ne pas négliger, selon Mario Naric. « C’est beaucoup plus facile de démarrer une entreprise au Canada qu’aux États-Unis » selon lui, parce que « les banques acceptent de nous financer. »

Aux États-Unis, c’est illégal pour une banque fédérale de financer l’industrie du cannabis. Des compagnies comme la nôtre doivent quasiment cacher de l’argent sous leur matelas pour survivre.

Mario Naric

Un avantage canadien qui est là pour rester, estime Adam Greenblatt, de Canopy Growth. Plusieurs pays, comme l’Allemagne, l’Australie, la République tchèque sont sur le point de médicaliser ou de légaliser le cannabis, « ça nous donne la possibilité d’exporter le savoir-faire canadien vers ces marchés », croit-il.

Je pense que le Canada sera au top de la planète cannabis pendant longtemps.

Adam Greenblatt, directeur de marque chez Canopy Growth

Du cannabis médicinal à la légalisation au Canada, il s’est écoulé presque 20 ans. « Si c’est un indice, on a encore au moins 10 ans avant que les autres pays nous rattrapent », croit Adam Greenblatt.



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