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La taxe carbone est la solution au changement climatique, selon les lauréats du prix Nobel d'économie

L'économiste Paul Romer (à gauche) et l'économiste William Nordhaus (à droite).
L'économiste Paul Romer (à gauche) et l'économiste William Nordhaus (à droite) ont remporté le 50e prix Nobel d'économie, le 8 octobre. Photo: Michelle McLoughlin/Reuters - Mike Segar/Reuters
Radio-Canada

Les économistes américains qui ont remporté le 50e prix Nobel d'économie, lundi, estiment que les politiques économiques comme les taxes sur le carbone sont la solution au réchauffement climatique.

Un texte d’Andréanne Apablaza

Les professeurs Paul Romer et William Nordhaus ont étudié l'intégration des changements climatiques et de l'innovation technologique dans l'analyse macroéconomique.

Quelques heures avant l’annonce du prix Nobel, l’Organisation des Nations unies a lancé un avertissement concernant le réchauffement de la planète. Le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat indique qu'un réchauffement supplémentaire pourrait changer les choses de façon très importante au cours des prochaines décennies pour un nombre très important de personnes et d'écosystèmes.

Dans une entrevue à l’émission de CBC, As It Happens, l’économiste et professeur à l’École de commerce Stern, de l’Université de New York, Paul Romer, explique que la meilleure science provient de la résolution de problèmes pratiques.

« Je pense, et je pense que Bill le pense aussi, que, si nous commençons à encourager les gens à trouver des moyens de produire de l'énergie avec moins d’émissions de carbone, tout le monde sera surpris des progrès que nous ferons dans cette voie », explique le professeur.

Il estime que les systèmes politiques semblent paralysés et incapables de prendre des décisions.

Le problème n’est pas de savoir quoi faire. Le problème est d'obtenir un consensus pour agir.

Le lauréat du prix Nobel d'économie, Paul Romer

Selon le professeur, la politique économique de la taxe sur le carbone est très simple. « Si on s'engage simplement à imposer une taxe sur l'utilisation de carburants qui émettent directement ou indirectement des gaz à effet de serre et qu'on augmente cette taxe progressivement à l'avenir, les gens verront qu'il y a un gros bénéfice à trouver des moyens de fournir de l’énergie là où ils peuvent le faire sans payer de taxe », explique-t-il.

William Nordhaus va plus loin. « La solution la plus efficace aux problèmes causés par les émissions de gaz à effet de serre serait un système mondial de taxes sur le carbone qui serait uniformément imposé à tous les pays », peut-on lire dans un document de l’Académie royale des sciences suédoises à la suite de l’annonce de la remise du prix Nobel aux économistes américains.

Dans ses travaux, le professeur à l’Université Yale a simulé quatre situations pour démontrer l’impact d’une taxe carbone sur la quantité d’émissions de CO2 à long terme.

Graphique démontrant quatre cas d'imposition de taxes sur le carbone.William Nordhaus a étudié quatre cas d'imposition de taxes sur le carbone différents. Photo : Radio-Canada

Les différentes trajectoires des taxes sur le carbone signifient que les émissions varient grandement selon la situation.

La situation 1 (base) démontre l’augmentation la plus importante des émissions si on n'implante pas de nouvelles stratégies climatiques.

Dans la situation 2 (option), les taxes commencent à environ 30 $ américains/tonne de CO2 et augmentent avec le temps à peu près au même taux que le PIB mondial.

Dans les situations 3 (Stern) et 4 ( T < 2,5 ), qui prévoient des réductions d'émissions beaucoup plus draconiennes, les taxes sont six à huit fois plus élevées.

Trois provinces contre

Trois provinces canadiennes s’opposent à l’imposition d’une taxe fédérale sur le carbone et chacune maintient sa prise de position.

Le ministre de l’Environnement de l’Ontario, Rod Philipps, a déclaré que sa province a été un chef de file au cours des dernières années dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon lui, les émissions de l’Ontario ont baissé de 22 % depuis 2005, alors que celles du Canada ont augmenté de 3 %.

« Nous ne sommes pas arrivés ici par hasard. L'Ontario a consenti à faire des sacrifices considérables pour atteindre ces résultats », a écrit le ministre dans un courriel.

Il ajoute que la solution de l’Ontario aux changements climatiques assurera « le juste équilibre entre la protection de l'environnement et le soutien responsable à une économie prospère qui crée des emplois et des possibilités à tous les citoyens ».

Le ministre de l’Environnement de la Saskatchewan, Dustin Duncan, va dans le même sens. « Une politique efficace de réduction des gaz à effet de serre devrait permettre de réaliser des réductions et des avantages environnementaux réels tout en soutenant la croissance économique en cours », a-t-il écrit par courriel.

« Le projet [de la Saskatchewan] est plus large et plus audacieux qu'une politique unique telle que la taxe fédérale sur le carbone, et produira de meilleurs résultats meilleurs et plus importants », a-t-il ajouté.

Scott Moe et Doug Ford se serrent la main devant les drapeaux provinciauxLors d'une rencontre à Saskatoon le 4 octobre, Scott Moe a apporté son soutien officiel à Doug Ford contre la taxe fédérale sur le carbone. Photo : Radio-Canada / Omayra Issa

La semaine dernière, le premier ministre ontarien, Doug Ford, a rendu visite au premier ministre saskatchewanais, Scott Moe, afin de discuter de leur lutte commune contre la taxe fédérale sur le carbone. Lors de cette rencontre, ils ont salué la décision du gouvernement manitobain de retirer la taxe carbone de sa propre stratégie climatique.

Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, a annoncé qu’il allait aussi se battre contre la stratégie de tarification du carbone d’Ottawa.

Par courriel mardi, la ministre du Développement durable, Rochelle Squires, a indiqué : « Le Plan climatique et vert du Manitoba respecte tout à fait les délais, et les travaux vont bon train. » Elle ajoute que son gouvernement a rejeté la taxe carbone « en raison du refus du gouvernement fédéral d’accepter [sa] taxe uniforme proposée et de respecter nos investissements verts ».

Avec les informations de Sheena Goodyear et de l’Académie royale des sciences suédoises

Saskatchewan

Changements climatiques