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La SAAQ ne rembourse pas le cannabis médicinal

Le reportage de Claire Frémont
Radio-Canada

Même s'il est prescrit par un médecin, autorisé par Santé Canada depuis 2013 et plus efficace contre la douleur que les opioïdes pour certains patients, le cannabis médicinal n'est pas remboursé par la Société d'assurance automobile du Québec.

Un texte de Claire Frémont, de l’émission La facture

Katia Hurdle, 31 ans, souffre de douleurs chroniques depuis plus de 7 ans. Préposée dans un hôpital, elle a été blessée dans une grave collision frontale avec un chauffeur ivre le 11 novembre 2011, en revenant du travail.

Je me souviens que j’ai vu des lumières d’un véhicule arriver devant moi, puis je me suis dit que c’était terminé, que j’allais mourir.

Katia Hurdle

L’accident a de graves conséquences : Katia souffre de fractures du bassin et du fémur, de côtes cassées et son nerf sciatique a été atteint. Malgré des opérations chirurgicales et de la rééducation, elle ne s’est jamais complètement remise. Son principal problème est la douleur chronique qu’elle subit 24 heures sur 24.

Une femme d'âge moyen en entrevue.Katia Hurdle souffre de douleurs chroniques depuis un grave accident de voiture. Photo : Radio-Canada

Comme elle a mal en permanence, elle n’a jamais pu retravailler. Étant donné qu'elle a été victime d’un accident d’auto, c’est la SAAQ qui lui verse une rente et paie ses médicaments, des opioïdes. Du dilaudil au fentanyl en passant par la méthadone, Katia Hurdle a pris des antidouleurs pendant des années.

Tous ces médicaments, qui ont coûté jusqu’à 800 $ par mois, ont été remboursés par la SAAQ. Mais ils ne soulageaient pas totalement les souffrances de Mme Hurdle, et surtout, ils avaient de nombreux effets secondaires. Mme Hurdle se sentait de plus en plus déprimée et amorphe.

« J’avais des hallucinations, parfois des conversations avec des gens qui n’étaient pas là et je pouvais flatter des animaux qui n’existaient pas », se souvient-elle.

Au bout du rouleau, elle consulte le Dr William Barakett, un médecin de famille, spécialiste de la douleur. Il est l'un des principaux chercheurs de Registre cannabis Québec qui étudie, entre autres, les effets du cannabis médicinal sur la douleur.

À un moment donné, on s'en remet aux faits. Je n’aide pas les gens avec les opioïdes. Je les ai rendus gros, ils sont en sueur, ils sont constipés et ils ont encore des douleurs.

Le Dr William Barakett

Il suggère à Katia Hurdle d’essayer le cannabis médicinal. Malgré ses nombreux préjugés envers les consommateurs de cette drogue, elle tente l’expérience.

Avec l’aide du Dr Barakett, elle trouve la dose qui lui convient et consomme son cannabis médicinal sous forme d’huile ou en capsules. Après seulement un mois, Mme Hurdle coupe tous ses opioïdes et se porte mieux que jamais grâce aux effets du cannabis médicinal.

« Nous avons fini par comprendre que c’est le cannabidiol qui joue un rôle important. Le CBD, qui est la composante non psychoactive. Lorsqu’on la combine avec un peu de THC, on obtient de bons résultats », explique le Dr William Barakett.

Malheureusement, les bons résultats du cannabis sur la santé de Mme Hurdle ne font pas changer d’avis la SAAQ.

Seuls les médicaments inscrits sur la liste des médicaments du Régime général d’assurance médicaments (RGAM) peuvent être remboursés. N’ayant pas de numéro d'identification, le cannabis n’est pas considéré comme un médicament et n’est donc pas remboursable.

Mario Vaillancourt, porte-parole de la SAAQ

Katia Hurdle a fait appel aux services d’un avocat, Me Laurence Dubé-Proulx. Celui-ci souligne que, jusqu’à maintenant, les jugements du tribunal administratif de la SAAQ n’ont jamais autorisé le remboursement du cannabis médicinal.

« Les jurisprudences sont assez claires sur cette question-là, on ne cherche pas à savoir si ça va donner un impact positif, on se limite à dire non. Du moment que ce n’est pas prévu, ce n’est pas remboursable, point à la ligne », critique Laurence Dubé-Proulx.

Le reportage de Claire Fremont sera diffusé à l'émission La facture, le 16 octobre, à 19 h 30, sur ICI Radio-Canada Télé

Si Mme Hurdle avait été victime d’un accident de travail plutôt que d’un accident de la route, son cannabis médicinal serait probablement remboursé. La jurisprudence de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) est différente de celle de la SAAQ. À la CNESST, si la substance est prescrite dans l’optique d'offrir à la personne un meilleur rétablissement et un meilleur contrôle de sa douleur, on peut la considérer comme un médicament.

Le cannabis médicinal est autorisé au Canada depuis 2013. Il y a quelques semaines, au Québec, seuls les médecins participant à un protocole de recherche avaient le droit de le prescrire. Dorénavant, les normes sont élargies. Tous les médecins québécois ayant reçu une formation pourront le prescrire.

Le président du Collège des médecins, Charles Bernard, pense que la recherche sur le cannabis est primordiale et il souhaite qu’elle se poursuive et qu’on la subventionne. Il comprend la position de la SAAQ, mais pense qu’il y aura des avancées.

« Ce n’est pas un médicament reconnu et ils remboursent les médicaments reconnus. Probablement que ça va évoluer », prévoit le Dr Charles Bernard.

Le Dr Barakett essaie d’aider Katia Hurdle et d’autres de ses patients qui prennent du cannabis médicinal dans leurs démarches auprès de la SAAQ. Il pense que si c’est le traitement qui leur convient le mieux, il devrait être remboursé. Le médecin rappelle aussi que le cannabis médicinal est bien moins cher que les opioïdes.

William Barakett sait très bien qu’il faudra attendre des années avant que toutes les études scientifiques soient finalisées. Il assure cependant que d’ici quelques mois, l’équipe de Registre cannabis Québec fournira des preuves supplémentaires de l’efficacité du cannabis médicinal.

D’ici là, Mme Hurdle continue à prendre du cannabis médicinal plutôt que des opioïdes, même s’il ne lui est pas remboursé.

Elle a retrouvé l’espoir de travailler à nouveau et sa situation s’améliore de jour en jour. Et il n'est pas question de revenir en arrière.

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