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analyse

PIB et Bourse : la fin du cycle approche

Des cambistes à la Bourse de New York suivent l'évolution des marchés.
Des cambistes à la Bourse de New York suivent l'évolution des marchés. Photo: Reuters / Brendan McDermid
Gérald Fillion

ANALYSE - Octobre, c'est le mois le plus formidable de l'année si vous êtes un amateur de baseball et particulièrement des Red Sox ces jours-ci, si vous me permettez. Mais c'est un mois qui rappelle quelques mauvais souvenirs dans l'histoire de la Bourse. Et sans prévoir le pire et jouer aux oiseaux de malheur, il n'est pas impossible que cette année encore, octobre annonce un repli boursier et économique. Il faut bien le réaliser.

Pour une cinquième journée de suite, mercredi, les marchés américains étaient en baisse. Les principaux indices ont terminé avec un recul marqué, de 3 ou 4 % selon le cas. Le Dow Jones, l’indice de 30 grandes valeurs industrielles, a perdu plus de 800 points. Le réseau CNBC, comme les statisticiens du baseball, regorge de données temporelles : le NASDAQ est à son plus bas depuis le 5 juillet, connaît son pire mois depuis janvier 2016, le S&P500 connaît sa plus longue séquence négative en deux ans, etc.

Ce n’est pas la fluctuation du jour qui doit nous intéresser. C’est le moment, c’est la conjonction des événements, c’est l’interaction et la connexion à faire entre différents éléments qui annoncent, ici, « la fin d’un cycle » pour reprendre les mots du stratège Vincent Delisle, cochef des placements chez Hexavest, notre invité mardi soir à RDI économie.

« Lorsqu’on regarde les portefeuilles boursiers, il faut réaliser qu’on est tard dans le cycle, huitième, neuvième manche... » pour évoquer encore un peu de baseball.

D’abord, les marchés boursiers canadiens sont en baisse, le TSX a perdu 6 % depuis son sommet du mois de juillet, 4 % depuis le début de l’année. Les marchés émergents glissent davantage, de 15 à 20 % en 2018, dans certains cas. Or, selon Vincent Delisle, il faut s’attendre à un repli également de la Bourse américaine, de 5 à 10 % d’ici 6 à 12 mois.

La réforme fiscale de Donald Trump s’essouffle

Depuis le mois de mars, on assiste à une divergence importante entre le marché américain et les bourses mondiales. Cet écart est attribuable, en grande partie, à la baisse d’impôt consentie par l’administration Trump aux entreprises, à une réforme fiscale qui est venue, temporairement, stimuler l’économie américaine. Mais les économistes s’entendent pour dire que l’effet fiscal s’est probablement déjà essoufflé.

Cela dit, la Réserve fédérale veut éviter la surchauffe, alors que la croissance du PIB a atteint 4,2 % au deuxième trimestre, que le taux de chômage est tombé à 3,7 % et que le niveau d’inflation a frôlé les 3 % dans les derniers mois. Ainsi, la banque centrale a mis fin à sa politique accommodante et prévoit accélérer ses hausses de taux, ce qui ne fait pas du tout l’affaire du président Trump, qui accuse la Fed d’aller trop vite.

Ce qu’il oublie de dire, c’est que les tensions commerciales qu’il entretient avec la Chine tendent à ralentir l’économie et à faire grimper l’inflation. Et dans les circonstances, la banque centrale doit trouver un point d’équilibre pour éviter un dérapage économique.

Hausse de taux, ralentissement de l’économie

Ainsi, cette situation, soit la conjonction des baisses d’impôts et des tensions commerciales, provoque trois effets principaux :

  1. les taux d’intérêt dans les marchés augmentent, les bons du Trésor américain à 10 ans affichent les taux les plus élevés en 7 ans, les taux hypothécaires sont appelés à monter, les banques centrales envisagent de poursuivre la remontée des taux, y compris au Canada;
  2. le dollar américain s’envole et s’apprécie face à toutes les devises du monde, sauf peut-être le peso mexicain, alors que les capitaux se dirigent largement vers les États-Unis au détriment des marchés émergents, où l’économie ralentit rapidement;
  3. tous les économistes et les grandes institutions, comme le FMI en début de semaine, révisent à la baisse leurs prévisions de croissance, aux États-Unis, en Chine, en Europe, au Japon, dans les pays émergents, des révisions amplifiées par les difficultés politiques et économiques de la Turquie et de l’Italie, notamment.

Il n’est pas envisagé pour l’instant d’évoquer un cycle baissier en Bourse ou une récession aux États-Unis. Mais il est certainement question de ralentissement, de repli, possiblement de correction boursière, de la fin d’un cycle aussi, comme l’évoque Vincent Delisle, alors que l’économie et la Bourse sont en croissance depuis près de 10 ans.

Économie