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L’eau, une source intarissable de défis dans les Prairies

La rivière Saskatchewan Sud, près de Saskatoon.
La rivière Saskatchewan Sud est un des cours d'eau les plus menacés par les changements climatiques en Alberta. Photo: Radio-Canada / Courtney Markewich
Radio-Canada

Les rivières Saskatchewan Nord et Sud tiennent leur nom du cri qui signifie « rivière aux flots rapides ». Mais, sous l'effet des changements climatiques, le débit de ces deux cours d'eau vitaux pour les Prairies risque de se réduire drastiquement l'été, saison où les besoins en eau sont les plus criants. Pourraient-elles complètement s'assécher dans les 50 prochaines années?

Un article de Nafi Alibert

« Non », auraient pu répondre en coeur tous les spécialistes à qui nous avons posé la question.

« La dynamique du réseau fluvial va changer, mais nous ne nous retrouverons pas dans une situation similaire à celle du fleuve Colorado qui est littéralement asséché et n’atteint plus son embouchure dans l’océan », rassure Greg Goss, professeur de biologie à l’Université de l’Alberta.

Dans le laboratoire de sa collègue Monireh Faramarzi, une dizaine de chercheurs remplissent la mémoire d’un superordinateur avec des données sur l’eau pour lui faire prédire les conséquences qu’auront les changements climatiques sur l’or bleu dans la province.

Nous analysons les ressources en eau disponibles pour mieux préparer l’Alberta aux défis de demain.

Monireh Faramarzi, scientifique

Car des défis, il y en aura. Avec la hausse attendue des températures, l'accélération de la fonte des glaciers ou encore l’accentuation des épisodes de sécheresses, les changements climatiques laissent entrevoir des conséquences lourdes sur la disponibilité, la quantité et la qualité de l’eau douce en Alberta.

Un homme aux cheveux blanc et une jeune femme sont installés devant un ordinateur.Greg Gross et Monireh Faramarzi effectuent des modélisations climatiques pour mieux comprendre et anticiper les effets des changements climatiques dans la province. Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

« Dans le sud de la province qui va s’assécher, il y aura moins d’eau, tandis que dans la partie nord, on s’attend à ce qu’il y ait plus de pluie et plus d’eau disponible », peut entrevoir Mme Faramarzi.

Pas au bon endroit

Le sud de l’Alberta détient 20 % de l’eau disponible pour abreuver 80 % de la province. Dans les régions situées au nord de Red Deer, ce rapport est totalement inversé, rappelle Mike Nemeth, spécialiste de l’environnement pour la firme Alberta Water Smart.

Son métier : proposer des solutions de gestion équitable des bassins versants pour les différents usagers et les écosystèmes.

« Dans le sud, la quantité d’eau disponible posera un défi pour l’irrigation et l’approvisionnement des municipalités », observe-t-il, en rappelant que c’est dans ce secteur que se concentre une grande partie des activités agricoles en Alberta.

La rivière Saskatchewan Nord à Edmonton.La rivière Saskatchewan Nord alimente en eau plus de 1,2 million de personnes, dont la grande majorité se trouve la grande région d’Edmonton. Photo : CBC

Déjà, certaines municipalités comme Okotoks font face à des problèmes de manque d’eau.

« La plupart de nos industries dépendent des eaux souterraines qu’elles puisent pour leurs activités », ajoute Greg Goss. « Mais nous savons que ces réservoirs d’eau là sont déjà exploités au-delà de leur capacité à se régénérer naturellement. »

Selon lui, la concentration de la population dans le sud de l’Alberta constitue une menace aussi grande que les changements climatiques pour les cours d’eau.

« Il faudrait limiter le nombre d’habitants et d’industries dans ce secteur », le rejoint le professeur David Schindler.

Aujourd’hui retraité, cet expert des écosystèmes aquatiques a consacré la fin de sa carrière à l’étude des changements climatiques sur les cours d’eau dans l’Ouest canadien.

« On pourrait prendre des mesures pour déplacer nos exploitations agricoles et industrielles plus au nord, comme dans la région du bassin de la Rivière de la Paix », suggère-t-il.

Pas au bon moment

Les rivières Saskatchewan Nord et Sud prennent leurs sources dans les Rocheuses, sillonnent les Prairies vers l’Est pour ne faire plus qu’une en Saskatchewan. Le cours d’eau s’écoule ensuite jusqu’au lac Winnipeg, au Manitoba, avant de se jeter dans la baie d’Hudson.

Elles sont alimentées à la fois par la fonte des glaciers à l’automne et du manteau neigeux en hiver et au printemps.

Or, les redoux hivernaux seront plus importants et plus précoces. Ils perturberont le cycle de ces réserves d’eau gelée qui permettent de refaire le plein des lacs, des rivières et des nappes phréatiques.

Les crues printanières arriveront un mois à six semaines plus tôt que la normale et seront plus puissantes, estime Mike Nemeth.

Au printemps, « quand l’eau déferlera en abondance, on n’en aura pas nécessairement besoin, en été par contre, on pourrait se retrouver à limiter les approvisionnements s’il en manque », expose Mike Nemeth.

Si ces crues (intensifiées par l’augmentation anticipée des pluies) risquent de provoquer des inondations, elles pourraient aussi amoindrir l’effet des sécheresses pendant l’été... À condition qu’on arrive à stocker l'eau.

Le centre-ville de Calgary inondé, le 22 juin 2013Les inondations de juin 2013 à Calgary ont coûté plus de 5 milliards de dollars. Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

« Tous les réservoirs situés en amont de Calgary ont été initialement construits juste pour la production d’hydroélectricité, affirme M. Nemeth, mais certains d’entre eux pourraient aussi servir à distribuer de l’eau. »

La majorité des rivières qui sont à sec le sont à cause d’une mauvaise gestion et d’une surconsommation d’eau plutôt que le résultat des perturbations du climat.

Monireh Faramarzi, scientifique

« Sans les glaciers, la rivière Bow n’aura quasiment plus de débit dès le mois d’août », prévient Greg Goss. « Il va falloir trouver une solution pour éviter de se retrouver en pénurie d’eau à cette période. »

Assis à proximité de la rivière Saskatchewan Nord à Edmonton, Rolf Vinebrook s’imagine quant à lui rejoindre l’autre rive à pied à la fin de l’été, le jour où les glaciers auront disparu. Mais ce qui préoccupe plus ce spécialiste de l’écologie aquatique, c’est la qualité des eaux dans le futur.

Un homme tient dans ses mains un dispositif de pompage et de filtrage d'eau aux abords de la rivière Saskatchewan Nord.C'est à l'aide de ce dispositif que le chercheur Rolf Vinebrooke effectue des prélèvements pour tester la qualité des eaux. Photo : Radio-Canada / Nafi Alibert

Quand les eaux stagnent et qu’il fait chaud, des micro-organismes nuisibles y prolifèrent plus facilement, comme les algues bleues vertes qui touchent pour l’instant principalement les lacs.

Certaines d’entre elles produisent des toxines particulièrement néfastes. « Et en se décomposant, elles absorbent l’oxygène contenu dans l’eau au point où il n’en reste plus pour d’autres organismes, comme les poissons », note Rolf Vinebrook.

S’il pense que la technologie pourra aider à compenser ces problèmes, il est lui aussi convaincu que l’avenir de l’eau en Alberta dépend des choix de société qui seront pris aujourd’hui pour mieux gérer cette ressource vitale demain.

Alberta

Environnement