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Michaëlle Jean refuse de baisser les bras

Les détails avec Frédéric Arnould
Radio-Canada

Michaëlle Jean, qui brigue un second mandat à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en dépit des nombreux appuis récoltés par la Rwandaise Louise Mushikiwabo, refuse de s'avouer vaincue tant que la décision ne sera pas prise au terme d'un débat en bonne et due forme qui aura lieu au sommet d'Erevan.

Réagissant au refus d’Ottawa et de Québec d’accorder leur appui à Michaëlle Jean pour un second mandat à la tête de la Francophonie, son porte-parole, Bertin Leblanc, a expliqué dans un courriel que rien n’est encore joué.

C’est lors du 27e Sommet de la Francophonie qui s’amorce jeudi, en Arménie, que les pays membres seront appelés à renouveler le mandat de Mme Jean ou à la remplacer par un autre candidat pour le poste de secrétaire général de l'organisation.

Or, mardi, le Canada et le Québec ont tourné le dos à l'ancienne gouverneure générale en se joignant à la France et à l'Union africaine qui appuient la candidature de la ministre des Affaires étrangères du Rwanda, Louise Mushikiwabo.

Et même si le premier ministre canadien, Justin Trudeau, a amorcé mercredi son séjour en Arménie en s'entretenant pendant environ 30 minutes avec Mme Jean, la position d’Ottawa n’a pas changé, a indiqué une source gouvernementale.

Quant au nouveau premier ministre désigné du Québec, François Legault, qui est arrivé dans la capitale arménienne à bord de l'Airbus du gouvernement canadien, il n'a aucune rencontre prévue à son agenda avec Michaëlle Jean.

Les explications de Fannie Olivier

M. Legault a toutefois déjà rencontré le président rwandais, Paul Kagame, ainsi que la rivale de Michaëlle Jean.

S'adressant à Mme Mushikiwabo devant les journalistes, François Legault y est même allé d'un « Félicitations, c'est presque fait », auquel elle a répondu : « Merci beaucoup. Grâce à vous. Merci pour le soutien ».

Les appuis s'évanouissent

Traditionnellement, le secrétaire général de la Francophonie est désigné par un consensus des membres, et non par un vote. Mais sans l’appui d’Ottawa, de Québec, de la France et de l’Union africaine, les chances sont faibles que Michaëlle Jean demeure à la tête de l’organisation.

Pour ce qui est du poste de secrétaire général, le Canada est prêt à se rallier au consensus, comme le veut la façon de faire en Francophonie.

Jeremy Ghio, attaché de presse de la ministre canadienne de la Francophonie, Mélanie Joly

Mardi, François Legault avait lui aussi pris ses distances de Michaëlle Jean en écrivant sur son compte Twitter qu’il était temps de faire place à un nouveau style de gestion à la tête de la francophonie.

Je vous annonce que le gouvernement élu de la CAQ [Coalition avenir Québec] n’appuiera pas Mme Jean pour sa réélection à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie [OIF]. Nous nous joindrons au consensus africain qui est plein de potentiel. Il est maintenant temps de laisser place à un nouveau style de gestion.

François Legault, premier ministre désigné du Québec

Pour sa part, le porte-parole de Michaëlle Jean, Bertin Leblanc, estime qu’un débat doit d’abord avoir lieu avant de parler de consensus en faveur d’un autre candidat.

Un consensus suppose un débat qui doit se faire dans les règles. Le Sommet commençant demain, nul doute que cette discussion aura lieu entre les chefs d'État et de gouvernement à huis clos.

Bertin Leblanc, porte-parole de la secrétaire générale de l'OIF

Où en est le français en 2018?

  • Le français occupe le 5e rang des langues les plus parlées dans le monde après le mandarin, l’anglais, l’espagnol et l’arabe, avec 300 millions de locuteurs, soit 30 millions de plus qu'en 2014;
  • Selon différentes projections, leur nombre oscillera entre 477 et 747 millions en 2070;
  • Près de 60 % des francophones se trouvent en Afrique;
  • Le français est la langue officielle de 32 États et gouvernements;
  • Le français, comme langue étrangère, est appris par plus de 50 millions de personnes;
  • Le français est la 4e langue d’Internet.

Source : Observatoire de la langue française

Un mandat teinté de controverse

Saluée pour le travail qu’elle a accompli à la tête de la Francophonie, notamment en ce qui a trait à l'éducation des filles et à l'émancipation des femmes, Michaëlle Jean ne fait cependant pas l’unanimité comme secrétaire générale de l’organisation où son train de vie et ses dépenses ont terni sa réputation.

Elle a notamment été critiquée pour les coûts jugés exorbitants des travaux de rénovation de son appartement de fonction à Paris et les dépassements de coûts d’une croisière destinée à une centaine de jeunes.

Le fait que la France a décidé de soutenir la candidature de Louise Mushikiwabo plutôt que la sienne pèse également très lourd dans la balance, étant donné la puissance et l’influence de Paris dans la francophonie.

« Je ne serais pas surpris que, d’ici 48 heures, Mme Jean se retire pour éviter un vote, ce qui n’est jamais survenu dans cette institution », a prédit mercredi Gilles Rivard, ex-ambassadeur du Canada à l'ONU, sur les ondes de Radio-Canada, à l'émission Gravel le matin.

« À partir du moment où le président Macron a appuyé la candidature rwandaise, au mois de mai, les carottes étaient cuites, a expliqué M. Rivard. Il n’y avait aucun doute que l’influence française et le nombre de pays africains qui votent au sein de l’organisation donnaient presque automatiquement le siège à Mme Mushikiwabo. »

Mardi, le porte-parole de Michaëlle Jean a précisé dans un courriel qu’elle entend néanmoins se battre jusqu’au bout pour conserver son poste et qu’elle était impatiente de présenter son bilan aux chefs d’État et de gouvernement qui se sont donné rendez-vous jeudi en Arménie.

Si elle perd son pari, Michaëlle Jean aura été la secrétaire générale restée à la barre de l'organisation pendant la période la plus courte. Ses prédécesseurs, Boutros Boutros-Ghali et Abdou Diouf, sont tous deux demeurés aux commandes de la Francophonie pendant plus d'une décennie. Le poste de secrétaire général de l'OIF a été créé en 1997.

Louise Mushikiwabo et l'héritage du régime Kagame

La Rwandaise Louise Mushikiwabo est pressentie comme la prochaine secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie.La ministre des Affaires étrangères du Rwanda Louise Mushikiwabo en août 2018. Photo : AFP/Getty Images / JACQUES NKINZINGABO

Mais si la candidature de Michaëlle Jean ne fait plus l'unanimité au sein de l'OIF, celle de la Rwandaise Louise Mushikiwabo soulève également de nombreuses questions, notamment en raison du régime du président Paul Kagame, dont elle est la ministre des Affaires étrangères depuis neuf ans.

« M. Kagame est très controversé, et d’ailleurs, la France a été souvent pointée du doigt quant à l’assassinat de son prédécesseur, en 1994 [...] Il y a un gros bagage antidémocratique au Rwanda », a rappelé Gilles Rivard à Gravel le matin.

Le régime de Paul Kagame est reconnu pour son autoritarisme[...] Le régime est teinté de toutes sortes d’accusations d’exécutions extrajudiciaires. Le pays est au 157e rang pour la liberté de la presse.

Gilles Rivard, ex-ambassadeur du Canada à l'ONU

Quant à Louise Mushikiwabo, elle a le profil de l'emploi malgré le lourd bilan que traîne le régime Kagame, selon Gilles Rivard.

« C’est une femme qui est parfaitement bilingue, qui a vécu longtemps aux États-Unis. Elle a un profil qui, du point de vue africain, est parfait pour le travail, alors ce n’est pas étonnant qu’elle soit la candidate qui va probablement être nommée secrétaire générale dans deux jours », a conclu l'ex-ambassadeur du Canada à l'ONU.

Fondée en 1970, l’Organisation internationale de la Francophonie réunit 54 pays membres où le français est parlé. L’organisation comprend également 4 pays associés et 26 observateurs.

Avec les informations de La Presse canadienne

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