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Acheter des bonbons au cannabis sur des sites illégaux au Canada, simple comme bonjour

Des friandises contenant du THC obtenues par le biais d'un site de vente illégal au Canada.

Des friandises contenant du THC obtenues par le biais d'un site de vente illégal au Canada.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Friandises contenant du THC, haschich, concentré de cannabis : ces produits resteront illégaux après le 17 octobre. Pourtant, Radio-Canada a pu constater qu'on peut facilement se les procurer en ligne. Des fournisseurs illicites échappent toujours au contrôle des autorités canadiennes. À une semaine de la légalisation du cannabis, le marché noir n'a pas dit son dernier mot.

Un texte de Louis Blouin, correspondant parlementaire à Ottawa

En quelques clics, Radio-Canada a pu trouver au moins une dizaine de sites web illicites où il est possible d'acheter du cannabis séché et des produits dérivés. Certains sont en activité depuis plus de deux ans.

Nous avons fait l'exercice auprès de l'un des fournisseurs. Une copie d'une pièce d'identité, un virement bancaire électronique : le tour est joué. Notre équipe a reçu la commande en moins de 48 heures par le truchement du service de courrier prioritaire de Postes Canada.

Notre commande, qui comprenait du cannabis séché, de la résine (haschich), du concentré (« shatter ») et des friandises contenant du THC, a été acheminée sans encombre dans un sac hermétique pour masquer les odeurs.

Du cannabis séché, de la résine (haschich), du concentré (« shatter ») et des friandises contenant du THC obtenus via un fournisseur en ligne illégal. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Radio-Canada a reçu des produits illégaux par la poste en moins de 48 heures. La commande comprend du cannabis séché, de la résine (haschich), du concentré («shatter») et des friandises contenant du THC.

Photo : Radio-Canada

À la veille de la légalisation, ces sites ont de quoi confondre les internautes, selon Normand Bourgault, professeur honoraire de marketing de l'Université du Québec en Outaouais.

Selon lui, ces plateformes ne donnent pas l'impression aux utilisateurs de commettre un crime, notamment en raison de leur apparence professionnelle et de leur facilité d'utilisation. « C'est simple, c'est convivial », résume-t-il.

M. Bourgault souligne les similitudes avec les sites transactionnels les plus populaires. Par exemple, les clients doivent remplir un petit panier d'achats.

Il y a des éléments dans les sites Internet qui nous font penser que c'est tout à fait légal. Par exemple, on envoie les produits par Postes Canada. On charge même la taxe de vente, ce qui est totalement illégal.

Une citation de : Normand Bourgault, professeur honoraire de marketing, Université du Québec en Outaouais.

« On est dans la mise en marché sous pression, constate Normand Bourgault. Les incitatifs à l'achat sont incroyables. Vous avez même des points de fidélisation si vous en achetez régulièrement. »

L'accès aux jeunes

L'opposition officielle à Ottawa s'inquiète que des produits dérivés circulent aussi facilement. Le député conservateur Pierre Paul-Hus craint particulièrement la vente illégale de friandises. « C'est très grave. Il y a des enfants qui, cette année encore, se sont intoxiqués », fait-il remarquer.

Une fillette de la Colombie-Britannique a d'ailleurs été hospitalisée la semaine dernière après avoir ingéré des bonbons en forme d'ourson contenant du THC, l'élément actif du cannabis.

Normand Bourgault fait remarquer qu'aucun avertissement ne figure sur les emballages de friandises envoyées à Radio-Canada. « C'est un danger public de laisser ça quelque part dans une maison. »

Des friandises en vente sur un site web illégal. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des friandises contenant du THC en vente sur un site web illégal.

Photo : Radio-Canada

Aux autorités d'agir

Bill Blair, le ministre responsable de la légalisation dans le gouvernement Trudeau, affirme être « très préoccupé » par la situation. Il souligne que les consommateurs « n'ont aucune idée » de ce qui se trouve dans ces produits et les invite à s'approvisionner auprès des détaillants et des producteurs autorisés.

Comment expliquer que ces sites existent sans être dérangés, certains depuis plus de deux ans? Le ministre croit que la responsabilité d'intervenir revient aux policiers.

Mon conseil serait d'en aviser les forces de l'ordre à qui incombe la responsabilité de faire respecter la loi.

Une citation de : Bill Blair, ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé

L'opposition croit au contraire que le gouvernement Trudeau a un rôle à jouer et doit rendre disponibles davantage de ressources. « C'est la responsabilité du gouvernement du Canada de donner aux policiers tous les outils dont ils ont besoin pour intervenir rapidement, pour faire fermer ces sites de vente en ligne qui sont illégaux », affirme le député Pierre Paul-Hus.

Bill Blair rappelle que la nouvelle législation prévoit des sanctions plus sévères à l'endroit des trafiquants et donnera de meilleurs leviers aux policiers pour combattre le marché illégal.

Tout en rappelant que la production, la distribution et la vente de cannabis sans permis sont des activités illégales, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) affirme de son côté qu'elle concentre ses ressources et ses activités à combattre les plus grandes menaces criminelles qui guettent les Canadiens.

Si un dossier ne répond pas aux critères d’une enquête de la GRC, « le service de police d’une autre juridiction ou d’autres partenaires du maintien de l’ordre, comme l’Agence des services frontaliers, Santé Canada, Postes Canada, s’engageront à prendre les mesures qu’ils jugeront nécessaires ».

À compter du 17 octobre, les Canadiens pourront acheter légalement du cannabis frais ou séché, des graines, des plantes et de l'huile de cannabis. Les produits comestibles et de concentrés de cannabis vont demeurer illégaux jusqu'à ce qu'Ottawa les réglemente d'ici un an.

Tant que ces produits sont interdits sur le marché légal, des criminels semblent déterminés à en profiter.

Radio-Canada a choisi de ne pas identifier les sites web consultés pour éviter d'en faire la promotion. Notre équipe disposera des produits achetés de manière totalement sécuritaire.

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