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Changements climatiques : à quoi ressemblera l’Ouest canadien en 2068?

Un collage de plusieurs photos: une route de glace, un feu de forêt, une rue inondée et un champ asséché.
Les phénomènes climatiques extrêmes vont s'intensifier d'ici la fin du siècle. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Feux et inondations. Sécheresse et pluies torrentielles. Océan acide et réserve d'eau douce en péril. De Winnipeg à Vancouver, les scientifiques projettent des scénarios de films catastrophes pour les provinces de l'Ouest canadien.

Un article de Nafi Alibert

« Chaque province et chaque territoire est menacé », prévient Ian Mauro, le codirecteur du Centre climatique des Prairies.

Depuis 10 ans, ce chercheur rattaché à l’Université de Winnipeg décortique les données climatiques du passé pour prédire le futur.

Il n’y a pas d’échappatoire.

Ian Mauro, codirecteur du Centre climatique des Prairies

Alors, à quoi ressemblera la réalité de ceux qui vivent dans l’Ouest canadien dans 50 ans?

« Le Manitoba, la Saskatchewan et l’Alberta seront impactés d’une façon similaire », poursuit Ian Mauro. « En tant que province côtière, la Colombie-Britannique connaîtra des défis qui lui seront uniques. »

Ça va chauffer

Quarante-cinq degrés Celsius à Regina et Winnipeg, 42°C à Calgary, 37°C à Vancouver. C’est à ces températures caniculaires que les journées les plus chaudes feront monter le mercure dans un demi-siècle, selon les prévisions du Centre climatique des Prairies.

« L’été, [en particulier] dans une partie des Prairies, on va augmenter la probabilité d’avoir des canicules, des vagues de chaleur, non seulement plus fréquentes, mais plus intenses », observe Philippe Gachon, professeur au Centre pour l’étude et la simulation du climat à l’échelle régionale de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Dans ses projections les plus optimistes, le Centre climatique des Prairies prévoit que les températures annuelles augmenteront, sous l’effet des gaz à effet de serre (GES), d’au moins 3 degrés en moyenne dans les villes des Prairies d’ici une trentaine d’années.

C'est le double de la cible en dessous de laquelle il faut maintenir le réchauffement climatique sur la planète en 2100, selon le dernier rapport alarmant du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

« Au Canada les températures moyennes annuelles augmentent [à un taux] deux fois [plus important que] le taux de réchauffement qu’on a sur l’ensemble du globe [...] Dans le futur, ça va s’amplifier », prévient Philippe Gachon.

C’est en partie ce qui explique que l’Ouest canadien est une des régions qui seront les plus marquées par le réchauffement climatique, indique le chercheur.

L’eau, dans tous ses états

Calgary pourrait-elle accueillir les Jeux olympiques d’hiver 2058? Avec la fonte accélérée des neiges dans les Rocheuses, rien n’est moins sûr.

À mesure que les journées extrêmement chaudes se multiplieront, celles où le mercure chutera en dessous de -30°C deviendront de plus en plus rares. Une ville comme Fort McMurray connaîtrait trois fois moins de journées extrêmement froides entre 2051 et 2080 (moins de six jours) qu’il y en a eu entre 1976 et 2005 (18 jours).

Cette réduction du froid intense sera particulièrement problématique dans le nord des provinces de l’Ouest, à cause de la fonte du pergélisol, souligne Ian Mauro.

« Toutes les infrastructures comme les aéroports qui sont construites sur [ce sol gelé en permanence], mais aussi les routes de glaces en seront affectées », craint-il.

La fonte de la glace du pergélisol est visible sur cette côte dans le delta de Mackenzie, aux Territoires du Nord-Ouest.La fonte de la glace du pergélisol est visible sur cette côte dans le delta de Mackenzie, aux Territoires du Nord-Ouest. Photo : Ressources naturelles Canada / Roger MacLeod

Ce dégel est « une bombe à retardement! », s’exclame quant à lui Philippe Gachon. Le pergélisol contient « beaucoup de méthane qui va être libéré dans l’atmosphère », explique-t-il. « C’est un gaz à effet de serre qui est encore plus puissant que le CO2 », et qui pourrait entraîner un réchauffement supplémentaire de 0,2°C d’ici la fin du siècle.

Plus au sud, ce sont 70 % des glaciers qui pourraient disparaître d'ici 2100 en Colombie-Britannique et en Alberta, dont le glacier Athabasca qui est une source importante d’eau pour les bassins des rivières Athabasca, Columbia et Saskatchewan.

« L’eau posera des défis supplémentaires en termes de quantité, de qualité et de gestion pour que nous y ayons tous accès équitablement », s’inquiète Ian Mauro.

Le long des côtes britanno-colombiennes, l’océan Pacifique va également se réchauffer, mais aussi s’acidifier davantage.

« Le CO2 de l’atmosphère est absorbé par l’océan où il se transforme en acide carbonique », explique Ian Mauro.

Ces modifications vont perturber l’écosystème marin, entraînant des conséquences néfastes aussi pour les populations qui vivent de la pêche.

« L'augmentation du niveau marin, plus éventuellement la fréquence des tempêtes, peut aussi engendrer des problèmes d’érosion [...] le long de la Colombie-Britannique », ajoute Philippe Gachon.

Sécheresse, feu et inondation

Des broussailles prennent feu dans une vallée.Les feux de forêt augmenteront considérablement dans la vallée de l'Okanagan si les températures annuelles moyennes grimpent de 2,5°C d'ici 2050. Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Tous ces effets combinés auront des impacts sur la fréquence, l’intensité et la durée des inondations, des feux de forêt, des sécheresses, des vagues de chaleur et des tempêtes majeures.

En 2017, la Colombie-Britannique avait connu un record des feux les plus dévastateurs. Il a été dépassé en 2018.

Ian Mauro, codirecteur du Centre climatique des Prairies

La sévérité des sécheresses va particulièrement toucher les Prairies en été, quand la fonte accélérée des neiges entraînera des inondations au printemps dans les quatre provinces.

Elles affecteront « de façon plus particulière la Colombie-Britannique et certains secteurs de l’Alberta, voire même jusqu’au Manitoba, puisque la rivière Rouge qui vient des Rocheuses est aussi affectée naturellement par des crues et des inondations importantes », précise Philipe Gachon.

Si ces bouleversements semblent désormais inévitables, ils n’auront pas que des désavantages. Les saisons des récoltes plus longues profiteront aux agriculteurs des Prairies, comme aux viticulteurs de la vallée de l’Okanagan.

Selon Ian Mauro, c’est aujourd’hui que les sociétés doivent se préparer aux changements de demain et s’y adapter, car « il n’y aura pas de remèdes miracles naturels » aux problèmes engendrés par les changements climatiques.

Environnement