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Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé, champions du monde de la pollution plastique

Les précisions d'Andrée-Anne St-Arnaud

À une époque où les risques que font courir les îles de plastique aux océans sont bien connus, une étude internationale réalisée par Greenpeace montre que Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé sont les champions mondiaux de la pollution par le plastique. Au Canada, les mêmes noms dominent le classement, auxquels s'ajoutent Tim Hortons et McDonald.

Ces classements de pollueurs sont le fruit du travail du mouvement Break Free From Plastic qui a procédé à 239 opérations de nettoyage de plages dans 42 pays au cours de la Journée internationale de nettoyage du 15 septembre dernier.

« On a à peu près 9000 bénévoles dans 42 pays qui ont fait des nettoyages de plages, de rives et qui ont ensuite identifié, classé, trié les déchets par marque et type de plastique », explique une porte-parole de Greenpeace Canada, Agnès LeRouzic, en entrevue à ICI Première.

Des emballages de nourriture, des bouteilles de plastique, des tasses, des bouchons et des sacs d’emplettes en plastique constituent les types de produits de plastique les plus communément trouvés sur les plages nettoyées par l’organisme environnemental.

À l’échelle internationale, l’organisme a répertorié quelque 187 000 types de déchets plastiques. Le polystyrène et le polyéthylène sont les deux types de plastiques les plus retrouvés. Ces matériaux entrent dans la fabrication des bouteilles de plastique, de divers contenants et types d’emballages.

Un problème concentré

Les cinq plus grands pollueurs sont respectivement responsables de 40 % et 42 % des déchets de plastique identifiables retrouvés sur les plages du monde (Nestlé, Tim Hortons, McDonald, Starbucks et Coca-Cola) et du Canada (Nestlé, Tim Hortons, PepsiCo, Coca-Cola et McDonald).

La seule façon de freiner la pollution par le plastique est d'inciter les compagnies à éliminer leur production de plastique à usage unique.

Sarah King, Greenpeace Canada

En Amérique du Nord, les sociétés Coca-Cola, PepsiCo et Nestlé sont à l’origine de 64 % des déchets répertoriés avec une marque identifiable, alors que ces trois mêmes pollueurs émettent 70 % des déchets retrouvés en Amérique du Sud.

« On a un gros problème – c’est sûr qu’on n'apprend rien à personne en disant ça – avec la pollution plastique dans les océans et, d’un autre côté, on a ces multinationales qui continuent de produire par milliards ces emballages plastiques », souligne Mme LeRouzic.

Coca-Cola, par exemple, produit plus de 120 milliards de bouteilles par année, selon les chiffres de 2017.

Agnès LeRouzic

PepsiCo et Tim Hortons affirment faire des efforts

PepsiCo a réagi par communiqué indiquant partager les mêmes « préoccupations ». « C’est pourquoi nous nous sommes engagés à convertir la totalité de nos emballages pour adopter des matières recyclables, compostables ou biodégradables d’ici 2025. »

De son côté, Tim Hortons affirme travailler « activement à une stratégie pour ses emballages qui tient compte de la conception du produit, [de] son aspect fonctionnel et [de] son empreinte environnementale ».

Les limites du recyclage

Les résultats canadiens permettent de conclure que le fait qu’un produit soit recyclable ne garantit pas qu’il ne se retrouvera pas sur une plage plutôt que dans un centre de tri. « Ce serait formidable si on était capable de recycler tout ce que cette industrie produit, sauf que ce n’est pas le cas actuellement, souligne Mme LeRouzic. Au Canada – un pays qui, semble-t-il, a les moyens de gérer ses déchets – c’est entre 10 et 12 % du plastique qui est recyclé. »

C’est certain que l’industrie du recyclage ne peut pas pallier la quantité phénoménale de plastique que cette industrie produit.

Agnès LeRouzic

« Les enquêtes de marques fournissent des preuves irréfutables quant au rôle que jouent les grandes multinationales qui fabriquent tout ce plastique jetable », explique la responsable de la campagne Océans et Plastiques de Greenpeace Canada, Sarah King.

De toute évidence, les nettoyages et le recyclage ne peuvent contenir le flot incessant de plastique à usage unique que continuent de produire ces multinationales.

Sarah King

La culture du « tout jetable » montrée du doigt

Greenpeace demande aux gouvernements de réglementer cette industrie comme tente de le faire la France, en interdisant les ustensiles et la vaisselle de plastique. Soulignant l'aspect symbolique du bannissement des pailles et des sacs d'épicerie, Mme LeRouzic estime qu'« il serait temps d’aller un peu plus loin, parce que le problème est tel aujourd’hui qu’il faut avoir des mesures un peu plus drastiques que ça ».

« Tout le monde a un rôle à jouer là-dedans, mais il sera plus facile et plus efficace de s’attaquer à la source du problème qu’au consommateur », avance-t-elle. Greenpeace lance d'ailleurs une pétition pour demander aux principaux pollueurs par le plastique « d'innover en proposant une alternative au tout-jetable ».

Au-delà du plastique, c’est la culture du « tout-jetable » qui pose problème.

Agnès LeRouzic

Coca-Cola, qui a refusé de répondre aux questions des organismes environnementaux, s’engage à augmenter le taux de plastique recyclé contenu dans ses bouteilles. « Ce sont des promesses bien vertes, mais qui ne règlent pas le problème en fin de compte », estime Mme LeRouzic.

En chiffres :

  • 8 millions de tonnes de déchets de plastique se retrouvent chaque année dans les océans;
  • 8000 tonnes de déchets de plastique ont été envoyées dans les cours d'eau canadiens en 2010;
  • En 2050, le poids des déchets de plastique pourrait surpasser celui des poissons dans les océans.

Source : Gouvernement du Canada

L’afflux de déchets de plastique dans les océans est à l’origine de la formation d’îles de plastique, comme c’est le cas, notamment, dans le Pacifique et dans l’Arctique. Une étude réalisée par la fondation Ocean Cleanup démontre que l’île de plastique du Pacifique Nord, dont la superficie est de 1,6 million de kilomètres carrés, contient plus de 79 000 tonnes de déchets.

Si rien n’est entrepris pour endiguer cette crise environnementale, les océans contiendront plus de plastique que de poissons d’ici 2050, selon le rapport du Forum économique mondial et de la Fondation Ellen MacArthur publié en 2016.

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