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Depuis 11 ans, des fils demandent justice pour leur mère assassinée

Brandissant des pancartes où il était écrit «Justice pour Jackie», l'assemblée s'est rendue à l'angle de la 17e Avenue et de la 11e Rue, à l'endroit même où Jackie Crazybull fut tuée.
Une dizaine de sympathisants ont rejoint la famille de Jackie Crazybull pour demander que justice soit rendue pour son assassinat en pleine rue, en 2007, à Calgary. L'affiche réclame « justice pour Jackie » Photo: Radio-Canada / Mike Symington
Radio-Canada

Les membres de la famille d'une Autochtone assassinée en 2007 et plusieurs sympathisants se sont rassemblés, pour une 11e année consécutive, à l'angle de la 17e Avenue et de la 11e Rue à Calgary pour honorer sa mémoire et demander que justice soit rendue.

Le 12 juillet 2007, fidèle à son habitude, Ian Devine se lève tôt pour prendre le Calgary Sun. La une du journal revient sur une série d'attaques au couteau dans les rues de la métropole qui a notamment coûté la vie à une femme attendant l'autobus. Cette manchette, il ne l'oubliera jamais, puisqu'il apprendra, quelques heures plus tard, que la victime est sa mère.

C'est pour exiger justice que les proches de Jackie Crazybull forment chaque année un cortège jusqu'au lieu où la femme a rendu l'âme, car si la police a bien identifié trois suspects, aucune accusation n'a été portée, faute de preuves.

Une famille en deuil

Onze ans plus tard, Ian Devine a toujours de la difficulté à accepter la fin tragique de celle qui l'a mis au monde.

Il avait 18 ans à l'époque et il se souvient d'avoir « immédiatement éclaté en sanglots » en apprenant la nouvelle.

Pour son frère, Clifford Crowchild, cette marche annuelle s'apparente à un chemin de croix. Le plus jeune enfant de Jackie Crazybull a perdu sa mère alors qu'il n'avait que 5 ans.

« C'est très dur pour moi », dit-il, la voix étouffée par les sanglots. « Parfois, j'ai seulement envie de me rouler en boule et de pleurer, de fondre en larmes. »

C'est vraiment difficile de faire son chemin dans la vie sans sa mère.

Clifford Crowchild, 16 ans, fils de Jackie Crazybull

Jackie Crazybull avait des fils, des petits-enfants, des soeurs et des frères. Un seul coup de couteau, donné au hasard dans la 17e avenue, a coupé ce lien qui devait les unir à jamais.

Aujourd'hui âgé de 16 ans, Clifford Crowchild trouve « difficile de faire son chemin dans la vie sans sa mère ».Clifford Crowchild avait 5 ans lorsque sa mère, Jackie Crazybull, a été assassinée dans un rue de Calgary. Photo : Radio-Canada / Mike Symington

De vifs souvenirs

En cercle autour des fleurs et des cierges qu'ils allument chaque année depuis 11 ans, les membres de sa famille se souviennent de la disparue et honorent sa mémoire.

« Elle ressemblait beaucoup à notre mère », raconte sa soeur. « Jackie aimait faire des blagues, elle avait toujours le sourire au visage », souligne un ami.

Puis, comme pour inscrire le drame dans celui qui se joue, quotidiennement, d'un bout à l'autre du pays parmi les communautés autochtones, l'assemblée récite le nom de femmes et de filles assassinées dans des crimes sans coupable, pour lesquels personne n'a été condamné. La liste est longue, et l'émotion est vive.

Un deuil solidaire

Au-delà du drame, le rassemblement est aussi une occasion pour Clifford Crowchild de partager son deuil afin qu'il devienne de moins en moins lourd au fil des ans.

Il aurait aimé mieux connaître sa mère, et il aurait aussi aimé qu'elle connaisse les trois petit-enfants qu'il a mis au monde.Ian Devine a perdu sa mère à l'âge de 18 ans. Photo : Radio-Canada / Mike Symington

« Mes tantes sont ici, mes frères et ma famille aussi... Leur présence me tient chaud. Ça me protège », raconte-t-il.

Il est aux côtés de son grand frère, Ian Devine, pour qui c'est la première participation à ce rassemblement.

« Par le passé, j'étais incapable de venir, [car] ma douleur était trop grande, confie-t-il. Aujourd'hui, je le fais pour mes trois enfants. »

Ce qu'il espère, c'est que celles dont les noms sont récités puissent, un jour, reposer en paix.

« De penser que ma mère fait partie de ce traumatisme avec lequel les Premières Nations doivent vivre d'un bout à l'autre du pays [c'est dur] », soupire-t-il avant d'ajouter qu'il espère « tout simplement que justice sera faite pour toutes ces femmes parties trop tôt ».

Alberta

Engagement communautaire