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Affaire Khashoggi : Riyad doit prouver son innocence, dit Erdogan

Une petite fille tenant le portrait du journaliste durant une manifestation.

La police turque croit que Jamal Khashoggi a été tué à l'intérieur du consulat saoudien d'Istanbul.

Photo : Getty Images / OZAN KOSE

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a mis lundi les autorités saoudiennes au défi de « prouver » qu'un journaliste saoudien porté disparu avait quitté le consulat saoudien à Istanbul, après que furent parvenues des informations sur son assassinat par des agents de Riyad.

« Les responsables du consulat ne peuvent pas s'en tirer en disant qu'il a quitté le consulat, les autorités compétentes doivent le prouver », a déclaré M. Erdogan lors d'une visite à Budapest en réponse à une question sur le mystère entourant la disparition à Istanbul du journaliste saoudien critique Jamal Khashoggi.

« S'il en est parti, vous devez le prouver avec des images », a-t-il ajouté.

M. Erdogan, après s'être borné à dire, dimanche, qu'il attendait les résultats de l'enquête en cours sur la disparition de M. Khashoggi, survenue mardi, semble accentuer la pression sur Riyad, qui soutient que le journaliste a quitté le consulat à Istanbul après y avoir effectué des démarches administratives.

« Les allées et venues à l'aéroport sont en train d'être examinées. Il y a des gens qui sont venus d'Arabie saoudite. Le parquet est en train d'examiner cette question », a poursuivi le chef de l'État.

Peu avant les déclarations de M. Erdogan, les médias turcs ont révélé qu'Ankara avait demandé à fouiller le consulat saoudien d'Istanbul pour tenter d'élucider le mystère entourant la disparition de M. Khashoggi, âgé de 59 ans.

Selon la chaîne privée NTV, la demande a été formulée auprès de l'ambassadeur saoudien à Ankara par le ministère turc des Affaires étrangères, où il a été convié dimanche, pour la deuxième fois en moins d'une semaine.

Une disparition mystérieuse

Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, avait déjà invité vendredi les autorités turques à fouiller le consulat où Jamal Khashoggi s'était rendu mardi, mais d'où il n'est jamais sorti, selon la police turque.

Le journaliste, un critique du pouvoir de Riyad qui écrivait notamment pour le Washington Post, s'était rendu au consulat pour effectuer des démarches administratives en vue de son prochain mariage.

Des responsables turcs ont affirmé samedi soir que, selon les premiers éléments de l'enquête, M. Khashoggi avait été assassiné à l'intérieur du consulat.

Des sources turques ont affirmé que l'opération avait été menée par un groupe composé de 15 personnes qui se sont rendues au consulat après être arrivées à Istanbul à bord de deux avions le même jour.

« Libérez Jamal Khashoggi », peut-on lire sur les pancartes des manifestants.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des protestataires se sont rendus manifester leur mécontentement devant le consulat saoudien à Istanbul, lundi.

Photo : Getty Images / OZAN KOSE

Une manifestation a été organisée lundi devant le consulat, où étaient rassemblés des supporteurs du journaliste qui brandissaient son portrait barré du message « Nous ne partirons pas sans Jamal Khashoggi ».

« Nous exigeons sa libération immédiate s'il est vivant », a déclaré à la presse Mohamed Okda, consultant en politique et ami du journaliste. « Sinon, nous aimerions savoir ce qui lui est arrivé exactement et les détails de ce qui s'est passé. »

Nous souhaitons que sa situation soit éclaircie le plus rapidement possible.

Une citation de : Agnès von der Mühll, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères

Dans un éditorial publié dimanche, le Washington Post a également appelé les États-Unis à « exiger des réponses fortes et claires » de l'Arabie saoudite.

« Si le prince héritier ne répond pas en coopérant pleinement, le Congrès doit, dans un premier temps, suspendre toute coopération militaire avec le royaume », estime le quotidien.

Citant un responsable américain informé sur la question par ses homologues turcs, le journal affirme que « le corps de Khashoggi a probablement été découpé et mis dans des caisses avant d'être transféré par avion hors du pays ».

Le sénateur américain Lindsey Graham, un allié de Donald Trump, a prévenu lundi l'Arabie saoudite que, si les informations selon lesquelles le journaliste saoudien Jamal Khashoggi a été assassiné étaient confirmées, les conséquentes seraient « dévastatrices » pour les relations entre Riyad et Washington.

Le royaume saoudien doit donner des « réponses honnêtes », a déclaré l'élu républicain.

Dimanche, Ottawa a pour sa part jugé « inquiétantes » les « allégations » selon lesquelles Jamal Khashoggi aurait été tué dans le consulat saoudien.

M. Khashoggi s'est exilé aux États-Unis l'année dernière, redoutant une arrestation après avoir critiqué certaines décisions de Mohammed ben Salmane et l'intervention militaire de Riyad au Yémen.

Riyad promeut une campagne de modernisation depuis que Mohammed ben Salmane a été désigné héritier du trône en 2017. Mais la répression contre les dissidents, avec des arrestations de religieux, de personnalités libérales et aussi de militantes féministes, s'est accentuée depuis.

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