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Trouble de l'alimentation sélective : redouter ce qui se trouve dans son assiette

Le reportage de Marie-Laurence Delainey
Radio-Canada

De plus en plus de personnes sont atteintes du trouble de l'alimentation sélective et évitante. Il s'agit d'un nouveau trouble dont les conséquences peuvent être aussi destructrices que l'anorexie, mais dont la cause est tout autre.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

Savina Thériault évite des aliments non pas parce qu’elle souhaite maigrir, mais parce qu’elle craint qu’ils soient contaminés. Il peut s'agir de fruits et légumes avec la pelure, de fruits de mer ou encore d'aliments crus.

La jeune femme explique que le sentiment survient dès qu’elle a une petite pensée anxieuse.

« [Les aliments] pourraient être contaminés, j’ai cette peur et cette peur grandit. Par exemple, j’avais acheté du poulet, il fallait que je le fasse. Je l'ouvre, il sent… le poulet... Je me dis : ''il doit pas être bon, peut-être que l'odeur est allée contaminer le reste du frigo''. Donc je vide tout », raconte-t-elle.

C’est ce qu’elle appelle faire une crise. Et cette panique s'installe au moins une fois par jour, dit-elle. Parfois s’ensuit un jeûne qui peut durer jusqu’à huit heures.

Savina Thériault dans sa cuisine.Savina Thériault évite des aliments non pas parce qu’elle souhaite maigrir, mais parce qu’elle craint qu’ils soient contaminés. Photo : Radio-Canada

Les risques pour la santé

La dénutrition est l’un des résultats de ce trouble alimentaire.

« Manger quelque chose qui n’est pas sur la liste d’aliments sécuritaires génère une terreur. Avec du temps, ça cause des impacts sur le fonctionnement cérébral et les fonctions physiologiques. La personne devient de plus en plus angoissée », explique le chef du programme des troubles de l’alimentation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, Howard Steiger.

Le trouble de l'alimentation sélective et évitante est diagnostiqué depuis quelques années seulement.

Il a été ajouté à la liste des troubles mentaux du célèbre manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, le DSM-5 en 2013. Quinze pour cent des patients participent au programme des troubles de l'alimentation de l’Institut Douglas.

« C’est très nouveau. Pour le moment, il y a peu de bonnes études, mais il y en a au moins une qui suggère que chez les jeunes, ça pourrait concerner 3 % d’entre eux », dit Dr Steiger.

De la pression extérieure à l’hérédité

Les causes sont multiples, précise-t-il.

La pression extérieure de manger sainement ou d’être mince est ce qui va déclencher ce trouble de l’alimentation.

Howard Steiger, chef du Programme des troubles de l’alimentation de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas

Mais comme pour tous les troubles alimentaires, d’autres facteurs, comme l’hérédité, sont en cause. Les personnes vulnérables sont aussi celles qui sont performantes dans la vie en général.

« Ce sont souvent des gens qui ne savent pas ce qui est suffisant. Ils sont trop travaillants, ils étudient trop… », ajoute-t-il.

Le cas de Savina

Pour Savina, par exemple, le trouble s’est manifesté alors qu’elle étudiait en psychologie, il y a six ans.

Elle se mettait beaucoup de pression et travaillait en même temps dans la restauration. Puis, alors qu’elle avait 22 ans, elle a eu un accident de travail. Elle s’est brûlée au deuxième degré au visage.

« J’étais très stressée avec l’université. Je restais à la maison. Je ne pouvais pas beaucoup manger, car j’étais brûlée au niveau du visage. Je devais manger tout ce qui était liquide. C’est venu concrétiser le début de la chute », se souvient-elle.

Elle a fait appel à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas l’an dernier seulement, après sa séparation avec son petit ami.

La jeune femme vient de terminer un programme intensif de 13 semaines à l'Institut Douglas, mais reçoit toujours de l’aide, et ce, une fois par semaine.

Je suis revenue presque à la normale. Pas dans ma tête, mais dans ma vie au quotidien.

Savina

Dr Steiger rappelle que si la nourriture ou le poids prend trop de place dans votre vie, des ressources existent. Il souhaite aussi rappeler que guérir d'un trouble alimentaire est possible.

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