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Fraîchement élu, le gouvernement caquiste tiendra-t-il ses promesses?

François Legault s’adresse aux médias au lendemain de la victoire de son parti aux élections québécoises.
Le premier ministre désigné du Québec, François Legault Photo: La Presse canadienne / Ryan Remiorz
La Presse canadienne

Ça y est, François Legault a pris le pouvoir, il y a un peu moins d'une semaine, grâce à l'élection du tout premier gouvernement caquiste de l'histoire. Ce nouveau gouvernement majoritaire devra maintenant s'attarder à la longue liste de promesses incluses dans sa plateforme. Des promesses qui ne seront pas toutes faciles à réaliser, selon un professeur de finances publiques à l'École nationale d'administration publique (ENAP).

« Il y a des orientations qui, clairement, ont été réfléchies, [qui sont] relativement faciles d'application une fois au sein de l'État. Il y en a d'autres, par contre, qui vont mériter d'être suivies de près parce qu'on ignore soit le détail ou parce que si on y pense un peu, on a l'impression que ça pourrait être plus difficile à mettre en place », estime Pier-André Bouchard St-Amant.

Il note que certaines mesures évoquées dans la plateforme sont formulées de façon à pouvoir assez facilement être imposées. Par exemple, on dit vouloir s'assurer que l'Agence de revenus traitera les contribuables « de manière respectable », ce qui est « plus une question d'attitude qu'une question de réforme législative ou d'engagement financier important », souligne-t-il.

« Alors il y a quelques mesures de cette nature-là qui, on peut l'imaginer, sont assez faciles à mettre en place », ajoute M. Bouchard St-Amant.

Des obstacles à prévoir

Le professeur prévoit toutefois que le nouveau gouvernement aura certains défis à relever s'il souhaite réaliser la totalité de ses engagements.

Il estime par exemple que la rémunération des médecins, que le gouvernement Legault s'est engagé à revoir, lui donnera du fil à retordre.

« [Le lobby des médecins] est un lobby relativement fort au Québec et au Canada et on peut s'attendre à ce que changer leur mode de rémunération ne leur plaise pas du tout, souligne-t-il. En guise d'exemple, on peut se rappeler que la réforme Morneau au fédéral songeait à taxer le capital dormant, une réforme qui touchait les médecins, ]et qui] a été mise au rancart justement parce que les médecins ont fait pression sur le gouvernement fédéral. Alors il y a là quelque chose à suivre. Ça va être un défi chaud. Il faut voir comment le gouvernement va s'y prendre », affirme-t-il.

M. Bouchard St-Amant croit également que les principes de réduction de la taille de l'État pourraient être difficiles à concrétiser.

« Quand on parle de lutte au gaspillage ou de fin des privilèges inclus dans l'appareil d'État, on devine qu'on cherche à mettre l'État au pas ou à faire en sorte que, justement, il n'y a pas de dépenses inutiles. Mais le processus d'examen des dépenses au sein du gouvernement est relativement rigoureux, et généralement, en pratique, ce genre de choses-là ne se réalise pas aussi facilement que ce que l'énoncent les partis. Alors ça, ça fait sourciller un petit peu. »

Selon lui, il ne sera cependant pas impossible de réduire la taille de la fonction publique par attrition, tel que la CAQ le suggère actuellement.

« Là où je suis plus sceptique, c'est qu'on avance une croissance des recettes fiscales de l'ordre de 350 millions à 700 millions de dollars par effet d'engouement, par l'arrivée d'un nouveau gouvernement. [...] Ça, on peut s'attendre à ce que cette chose-là ne se réalise pas », croit-il.

Il estime toutefois qu'à l'échelle des finances publiques, il s'agit là de petits montants, qui ne feront pas dérailler le programme financier du parti.

« Laisser la chance au coureur »

Le professeur de l'ENAP se montre toutefois plus optimiste quant à la possibilité que François Legault réalise sa promesse de réformer le mode de scrutin, tel qu'il s'était engagé à le faire avec le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert avant la tenue de l'élection.

Selon lui, il faut laisser la chance au coureur, surtout que le premier ministre élu a déclaré au lendemain de l'élection qu'il demeurait engagé à aller de l'avant avec la réforme.

M. Bouchard St-Amand estime d'ailleurs que cette idée de « laisser la chance au coureur » doit être appliquée à l'ensemble de ce gouvernement fraîchement élu, qui aura quatre ans pour essayer de prouver qu'il est déterminé à tenir ses engagements.

« C'est un nouveau gouvernement, [...] alors on peut s'attendre à quelques soubresauts, mais en même temps, il faut laisser la chance à ce gouvernement-là de tenter de répondre à ses promesses. Puis, derrière lui, il va y avoir une fonction publique qualifiée pour l'aider à le faire », a-t-il conclu.

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