•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Un café avec Vincent Marissal

Vincent Marissal assis à une table, où sont déposées des lunettes et un bol de café.
Le nouveau député de Rosemont, Vincent Marissal. L'ex-chroniqueur à La Presse fait partie des 10 candidats de Québec solidaire qui ont été élus le 1er octobre, une percée historique pour la formation de gauche. Photo: Radio-Canada / Julie Marceau
Radio-Canada

De nouveaux politiciens s'apprêtent à faire leurs premiers pas à l'Assemblée nationale. Élu dans Rosemont, l'ex-chroniqueur Vincent Marissal fait partie d'une percée historique de Québec solidaire, dont le caucus comptera dorénavant 10 députés. Il avoue avoir douté, jusqu'au dernier moment, de sa victoire contre le péquiste Jean-François Lisée.

Un texte de Julie Marceau

C’est un lendemain d’élections pluvieux et grisonnant partout au Québec, et la rue Masson n’y échappe pas. Mais Vincent Marissal est radieux. Il vient de remporter une victoire décisive dans sa circonscription, avec 2500 voix de majorité.

Il y a à peine six mois, l’ancien journaliste sautait dans l’arène politique sans filet, dans la circonscription qu’il habite, après avoir d’abord laissé derrière lui une quinzaine d'années de journalisme à La Presse.

Je savais que c’était faisable, mais c’était purement intuitif. Je n’avais pas de chiffres, je n’avais pas de sondages.

Vincent Marissal, député élu dans Rosemont

D'un texto à une victoire

En juin 2017, l’ex-chroniqueur envoie un texto à Gabriel Nadeau-Dubois. « Salut, faut qu’on se parle », écrit-il.

« Il m’a rappelé tout de suite », raconte Vincent Marissal. Le co-porte-parole de QS était curieux et interloqué, selon lui.

« J’ai dit : admettons que je serais intéressé, qu’est-ce que tu en penses? », se remémore-t-il.

S’en suivent plusieurs discussions, qui mèneront à l’investiture de l’ancien journaliste dans Rosemont.

Parmi les éléments qui le convainquent : les « chiffres » de Gabriel Nadeau-Dubois. Une démonstration que la ferveur péquiste diminue dans Rosemont, d’élection en élection, raconte-t-il.

Dans cette circonscription bordée par trois circonscriptions « solidaires » – Mercier, Gouin et Sainte-Marie-Saint-Jacques –, la victoire est « possible », réalise alors l'ex-chroniqueur.

Mais l’incertitude suivra Vincent Marissal durant les 39 jours de la campagne, jusqu’à la fin. « Tu as toujours un doute, toujours », dit-il.

« J’avais plusieurs options, mais je n’avais pas de job assurée à 50 ans, avec quatre enfants et une hypothèque… Je ne suis pas indépendant de fortune », précise-t-il.

Vincent Marissal entouré de journalistes.Vincent Marissal en avril dernier, après qu'il eut déclaré sa candidature à l'investiture dans Rosemont. Photo : Radio-Canada

Après une entrée houleuse en politique, en raison de son flirt avec le Parti libéral du Canada (ce qu’il a d’abord nié), la deuxième chose que le candidat a trouvé le plus difficile, c’est « l’exercice d’humilité ». Appeler les gens à mettre leur « X » sur son nom.

Je les ai usés mes souliers, sur la rue Masson, à essayer de convaincre du monde [et] dans tous les parcs du quartier, dans tous les quartiers de Rosemont.

Vincent Marissal

« Allez demander : est-ce que vous envisagez de voter pour moi? C’est quelque chose qui est difficile », avoue-t-il.

Mais le candidat a pu compter sur une organisatrice et stratège hors pair : Josée Vanasse. C’est celle qui a contribué à faire élire Amir Khadir en 2008 dans Mercier et qui est derrière les victoires de Luc Ferrandez, en 2013, à la mairie du Plateau-Mont-Royal, et de Valérie Plante, à la chefferie de Projet Montréal.

À la fin de la campagne, Québec solidaire comptait sur 400 bénévoles uniquement dans la circonscription de Rosemont.

À trois jours du scrutin, Josée Vanasse le convoque au sous-sol du local, raconte-t-il. Le responsable du pointage est présent. « Elle m’a regardé dans les yeux et elle m’a dit : prépare-toi à devenir député », relate Vincent Marissal.

Une confiance et une équipe à bâtir

Celui qui dit s’être « dégêné » durant la campagne avoue anticiper son entrée à l’Assemblée nationale avec un mélange de fébrilité et de nervosité. « Quand je suis trop nerveux, bien je bois de la tisane », dit-il, devant son chai latté.

Vincent Marissal peine, pour l’instant, à imaginer sa première intervention au Salon bleu.

« Tu n'arrives pas là super arrogant. Pour la première question, je ne peux pas garantir que je vais être sur mon X et super bon… Ça s’apprend! », dit-il.

C’est sûr que je vais être extrêmement ému le jour où je vais m’asseoir là.

Vincent Marissal

À plus court terme, le nouveau député doit bâtir une équipe. « Je ne sais même pas qui engage qui, de combien d’argent on dispose. Je sais que ça prend un bureau de comté avec du personnel! »

Quant à d’éventuelles discussions avec le Parti québécois, il est « trop tôt » pour les envisager, estime Vincent Marissal.

« En ce moment, notre priorité, ce n’est pas le PQ, c’est la CAQ. Au PQ, ils vont devoir prendre leurs propres décisions, ils vont devoir se donner un chef, les libéraux aussi », explique-t-il.

L'implication

La théorie de Vincent Marissal pour expliquer sa victoire? Avoir réussi à « investir » les bénévoles d’une mission.

« En politique, on dit que les gens sont écœurés et désabusés, mais quand ils croient en quelque chose [c’est différent], dit l’élu. C’est précisément la recette des organisateurs de Bernie Sanders. »

Ça ne prend pas juste du monde, il faut que tu les impliques.

Vincent Marissal

Pendant ce temps, la musique de Charles Aznavour, mort la veille, résonne dans le café. « Hier encore, j'avais vingt ans, je caressais le temps... »

Depuis le début de l’entrevue, près d’une dizaine de personnes ont félicité Vincent Marissal pour sa victoire.

C’est une nouvelle vie qui commence, mais surtout, une énorme responsabilité qui repose sur les épaules de ce « jeune » politicien de 51 ans.

Politique provinciale

Politique