•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Vingt ans de musique, d’émotions et de ténacité pour Catherine Durand

Catherine Durand dans un studio d'enregistrement.
Catherine Durand lors d'un enregistrement dans un studio de Radio-Canada. Photo: Radio-Canada/Marie-Sandrine Auger
Philippe Rezzonico

« Hier encore, j'avais 20 ans... », chantait le légendaire Charles Aznavour, disparu cette semaine. Vingt ans, c'est la durée de la carrière de Catherine Durand, qui vient de baliser cette étape importante de sa vie professionnelle avec le disque Vingt.

Pourtant, dans le petit café où nous nous sommes rencontrés il y a quelques jours, j’avais toujours l’impression de voir l’auteure-compositrice-interprète que j’ai connue il y a près de deux décennies : yeux bruns, cheveux en cascade, sourire discret accroché aux lèvres… Donc, Catherine Durand : 20 ans? Vraiment?

« Oui. J’ai un peu plus de 20 ans d’âge, mais j’ai 20 ans de carrière [rire franc]. On ne fera pas le compte, mais les années passent vite. »

Années riches

Peut-être parce que ces années ont été bien meublées avec Flou (1998), Catherine Durand (2001), Diaporama (2005), Cœurs migratoires (2008), Les murs blancs du Nord (2012) et La pluie entre nous (2016), qui proposent un répertoire de chansons de grande qualité. En fait, en raison de la proximité du petit dernier, on n’attendait pas une nouvelle parution de sitôt.

« On était en 2017 et je me disais que l’année prochaine, ça allait faire 20 ans que Flou était sorti. Vingt ans, c’est long... Tenir aussi longtemps dans le milieu qu’on connaît, qui est de plus en plus difficile... Il fallait souligner ça. »

Ci-dessous, le vidéoclip de Je m'y fais, tirée de l'album Flou

« J’ai un beau parcours, mais je n’ai pas un parcours d’autoroute. Comme dirait si bien Richard Séguin, je suis dans le petit chemin de garnotte, à côté, mais j’avance, et je suis encore là au bout de 20 ans. Je trouve ça admirable qu’il y ait des gens qui aient encore envie d’entendre ce que j’ai à dire après tout ce temps. »

Quelques options que l’on peut qualifier de prévisibles s’offraient à Catherine Durand : un nouvel album de matériel original, une compilation de grands succès ou, peut-être, un disque gravé en concert, tellement ses spectacles peuvent être étonnamment vitaminés. Mais elle avait une autre voie en tête.

« Je suis une bonne archiviste. J’ai beaucoup, beaucoup d’archives à la maison. J’enregistrais tout sur des cassettes VHS et j’ai tout recopié ça sur des DVD. J’énumérais ça… Je me suis dit que ça serait une bonne idée, en 2018, de refaire le parcours. Pour moi et pour les gens aussi. C’est comme ça que l’idée est née. Je me disais que ça pourrait être le fun de faire un disque en revisitant des tounes. »

Évolution naturelle

« C’est tellement rare que l’on a la chance de refaire nos propres chansons. Ce qui est surtout rare, c’est d’avoir eu le temps de les chanter, de les porter et de les vivre sur scène durant des années et, après ça, de retourner en studio pour les réenregistrer. »

« Ma façon de chanter a beaucoup évolué. Quand tu écris unetoune et que tu l’enregistres quelques semaines plus tard, c’est sûr que tu ne l’as pas en bouche. Je trouvais l’exercice intéressant, car il y a beaucoup de chansons que j’ai transformées sur scène et que je trouve meilleures dans leur nouvel enrobage. Le but, c’était de revenir à une forme plus épurée, à un son plus folk; de dépouiller les arrangements. De revenir à l’essentiel : la mélodie, le texte et la voix. Je recherchais aussi ce que j’aime chez les autres. J’ai usé à la corde le disque Carrie & Lowell, de Sufjan Stevens. J’écoute José González… Je voulais un disque avec peu d’arrangements pour laisser toute la place à l’émotion. Les chansons se prêtent bien à ça. »

« Je me suis bien amusée. Dans Le temps presse, je me suis mise à changer des accords majeurs et des accords mineurs. J’ai même changé la mélodie. J’ai vraiment amené la chanson ailleurs, et j’avais aussi en tête la tournée qui s’en vient. Elle sera intimiste. En duo. »

Coup double

Vingt a beau être un disque de relectures à la base (on n’y trouve qu’une nouvelle chanson), peut-on dire qu’il s’agit aussi d’un album de grands succès de Catherine Durand, dans la mesure où des chansons de tous ses disques ont été retravaillées?

« Oui, parce que je me suis un peu forcée pour choisir les chansons qui étaient les plus connues du public. La lune est au ciel, je ne la chante plus en spectacle depuis très longtemps; elle était aux oubliettes. Mais je ne pouvais pas ne pas la mettre sur le disque : c’est la chanson qui m’a fait découvrir. C’est mon premier succès, qui a quand même beaucoup tourné à la radio. L’odyssée, par contre, c’est une chanson que j’ai toujours aimée avec son côté majeur-mineur, qui est un peu ma signature. J’avais envie de la reprendre. »

L’écriture de Catherine Durand a toujours eu une part de mystère. Pas facile de dire ce qui est autobiographique et ce qui ne l’est pas à travers ses textes souvent poétiques.

C’est comme ça que ça sort. Souvent, je me garde une certaine gêne, une certaine distance. Par contre, il y a des chansons hyper personnelles, comme Du beau dans le néant, sur De la pluie entre nous. C’est poétique, c’est imagé, mais ça reste très ancré et collé sur moi. Il y a beaucoup de relations interpersonnelles dans mes chansons, parce que je suis hyper sensible.

Catherine Durand

Curieusement, ce n’est pas parce qu’on a mis une chanson au monde il y a 10 ou 15 ans qu’il est facile de la parer de nouveaux atours. Et si on peut modifier la musique et les arrangements, le texte, lui, demeure immuable.

« L’exercice était d’autant plus difficile qu’il y a des textes qui ont été écrits quand j’étais dans la jeune vingtaine et auxquels je ne m’identifie plus trop, trop aujourd’hui. En même temps, ça fait partie de mon histoire et ça fait partie de mon parcours. Je suis fière de ce que j’ai fait et de l’évolution de mon écriture. »

Catherine Durand en entrevue à la radioCatherine Durand Photo : Radio-Canada / Ronald Georges

« Pour certaines chansons, ça a été plus dur. Peu importe, par exemple, je l’ai amenée en 6-8. C’était une façon de l’amener en valse. Mes deux premiers disques, c’étaient vraiment des chansons pop. Je ne voulais pas les dénaturer, mais je ne voulais pas qu’elles sonnent pop. Il fallait trouver des twists pour les amener ailleurs, en douceur. »

La longévité

Il y a une dizaine d’années, au sortir d’un de ses concerts qui m’avait charmé, j’avais écrit que Catherine Durand était notre Emmylou Harris à nous. Qu’il y avait une filiation dans le genre, dans l’approche musicale; bref, une communauté d’esprit entre les deux artistes. Les comparaisons vont peut-être plus loin que ça.

« Je me rappelle… On s’était vus au show d’Emmylou Harris, au théâtre St-Denis, il y a quelques années. Selon moi, elle a sorti son plus beau disque – celui qui m’a fait le plus tripper, Wrecking Ball – quand elle était dans la quarantaine avancée [48 ans]. L’album majeur de cette artiste est sorti alors qu’elle était vraiment loin dans son parcours artistique… »

Je dois avouer que je me suis posé des questions, ces dernières années. Durer, c’est difficile, et je trouve triste qu’on ne laisse plus les artistes vieillir. On veut toujours la nouveauté. C’est correct, parce que ça prend un roulement. Mais un artiste n’a pas la même vision à 40 ans ou à 50 ans que celle qu’il avait à l’âge de 20 ans.

Catherine Durand

« Je continue d’adorer mon métier. J’ai besoin de ça. Je ne pourrais pas arrêter de faire de la musique : ça serait juste incohérent avec ma vie. Et, ce qui me sauve un peu, c’est que je suis productrice, je suis maison de disques, je suis auteure-compositrice, je fais tout. Je me suis même parti une compagnie de chocolats chauds… [Sourire]. Tout ça, c’est ce qui permet que la musique soit viable encore aujourd’hui. »

La viabilité

À ce sujet, si Catherine Durand admet que la situation de l’industrie du disque n’est pas au beau fixe, elle voit le portrait global avec une certaine philosophie et une lucidité certaine.

« On est vraiment dans une période de transition, mais je n’ai jamais été une grosse vendeuse de disques. Je ne sais pas ce que c’est, vendre beaucoup d’albums. Je n’ai pas été Kevin Parent, qui a vendu 300 000 exemplaires [petit rires]. Mais je vois les chiffres… »

« Comme je porte tous les chapeaux, je vois les sommes qui vont à Catherine Durand. Je vois ce qui va à moi, comme maison de disques; à moi, comme productrice; et à moi, comme artiste. Et je me rends compte que Catherine Durand, l’artiste, c’est celle qui a le chèque le moins gros. C’est quand même fascinant… »

Cela dit, la musicienne va persévérer. Parce qu’elle a un nouveau disque, une tournée à venir et d’autres chansons en chantier. Et, surtout, parce qu’elle a un public fidèle qui la suit depuis longtemps.

« Après 20 ans, je le sais : j’ai ma signature, j’ai ma façon de faire, j’ai ma couleur et j’ai mon son. Et on ne me compare plus à d’autres. Même que l’on en compare d’autres à moi… Quand tu es rendue là, tu te dis : mon Dieu, ça y est, je suis vieille! » conclut-elle dans un grand éclat de rire.

Musique

Arts