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Cour suprême des États-Unis : Kavanaugh a maintenant les appuis nécessaires

Sauf un coup de théâtre, le vote final sur la nomination de Brett Kavanaugh risque d'être la copie fidèle de celui enregistré au Sénat vendredi. Les sénateurs avaient alors voté à 51 contre 49.

Photo : Reuters

Radio-Canada

Les chances de Brett Kavanaugh d'être confirmé comme nouveau juge à la Cour suprême des États-Unis se sont accrues avec l'annonce, hier, de l'appui de la sénatrice républicaine Susan Collins et du sénateur démocrate Joe Manchin. Le candidat de Donald Trump devrait obtenir le feu vert du Sénat d'ici la fin de la journée.

« Je vais voter pour confirmer le juge Kavanaugh », a déclaré Susan Collins après avoir expliqué ses motivations devant ses collègues du Sénat. Elle a entre autres justifié son choix en assurant que le juge Kavanaugh était « plus centriste que le portrait dressé par ses détracteurs », qui le dépeignent comme un opposant à la peine de mort et un défenseur du port d'armes.

« J'apporterai par mon vote mon soutien au juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême », a également dit le sénateur démocrate Joe Manchin, qui est en campagne pour sa réélection en Virginie-Occidentale, un État qui a voté pour Donald Trump lors de la présidentielle de 2016.

« Honte à vous », ont scandé des manifestants rassemblés devant les bureaux de Susan Collins et de Joe Manchin, après l'annonce de leur choix. La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders, a pour sa part remercié la sénatrice Collins « d'être fidèle à [ses] convictions », dans un tweet.

Grâce à ces nouveaux appuis clés, Brett Kavanaugh est assuré de faire son entrée à la Cour suprême.

En août, l'activiste démocrate Ady Barkan avait mis sur pied une page intitulée « soit la sénatrice Collins vote non à Kanavaugh, soit nous finançons son futur opposant » afin de récolter des dons en prévision de l'élection primaire de 2020.

La page avait amassé près d'un million de dollars en un peu plus d'un mois. Or, vendredi, l'affluence a explosé pendant le discours de Mme Collins au Sénat, et s'est avérée 90 fois plus élevée qu'à l'habitude, selon les gestionnaires. Le trafic a même mis la page temporairement hors d'usage au courant de l'après-midi. En début de soirée, le montant amassé dépassait 2,5 millions de dollars.

Le Sénat passe au vote

Sauf un coup de théâtre, le vote final, qui est prévu après 15 h 30 (heure locale), risque d'être la copie fidèle de celui qui a été enregistré au Sénat vendredi. Les sénateurs avaient alors voté à 51 contre 49 pour mettre fin aux débats sur la question de la candidature du juge conservateur à la Cour suprême, laissant présager que le candidat choisi par le Donald Trump sera bel et bien nommé dans ses nouvelles fonctions.

Une majorité de sénateurs ont ainsi donné leur assentiment pour que la candidature du juge Kavanaugh soit soumise à un nouveau vote, samedi, à l'issue duquel celui-ci saura s'il prendra place ou non au sein de la plus importante institution judiciaire des États-Unis.

Le vote de clôture des débats est habituellement une simple question de procédure, mais lors du vote de vendredi matin, quatre sénateurs, trois républicains et un démocrate auraient pu faire basculer le résultat.

Outre les sénateurs Susan Collins et Joe Manchin, le républicain Jeff Flake a aussi fini par donner son accord.

La pression repose maintenant sur la sénatrice républicaine de l'Alaska, Lisa Murkowski, la seule de son camp à s'être opposée à la clôture des débats et à ce que le vote décisif sur Brett Kavanaugh ait lieu samedi. Ce « n'est pas la bonne personne pour la Cour en ce moment », a-t-elle expliqué à la presse.

Son vote pourrait être déterminant, étant donné l'absence annoncée d'un des 51 sénateurs républicains.

«  Manifestants payés  »

Se tournant vers Twitter, le président Trump s'est dit « très fier » du résultat du vote au Sénat.

Quelques heures avant la clôture des débats, le locataire de la Maison-Blanche avait par ailleurs accusé les opposants à la candidature de M. Kavanaugh d'être « à la solde [du milliardaire] George Soros ».

« Les manifestants [...] qui hurlent dans l'ascenseur sont des professionnels qui ont été payés pour donner une mauvaise image des sénateurs. Ne vous laissez pas avoir! », a tweeté le président américain.

« Regardez aussi toutes les pancartes identiques faites par des professionnels. Payées par Soros et d'autres », a ajouté le chef de l'État.

La fondation du milliardaire américain d'origine hongroise George Soros finance plusieurs ONG dans le monde, allant de la défense des droits de l'homme à l'aide aux réfugiés. Il avait notamment été l’un des grands donateurs pour l’un des « super PAC » soutenant la campagne d’Hillary Clinton, en 2016.

Un candidat « disqualifié »... par son témoignage

En entrevue à l'émission Midi info, Aimée Kahan, professeure de droit à la Faculté de droit Thomas R. Kline de l'Université Drexel, à Philadelphie, estime que le juge Kavanaugh n'est pas digne de siéger à la Cour suprême.

Pour elle, pourtant, ce ne sont pas les allégations d'agression sexuelle qui viennent torpiller la candidature, mais plutôt le témoignage colérique, voire « haineux », de M. Kavanaugh devant le Sénat, la semaine dernière.

« Les accusations auxquelles [Brett Kavanaugh] fait face sont affreuses et horribles; et si elles sont vraies, s'il a vraiment agressé sexuellement la professeure Ford lorsqu'ils étaient tous deux adolescents, pour moi, il est disqualifié. On ne peut pas agresser sexuellement une jeune fille et siéger à la Cour suprême des États-Unis », mentionne Mme Kahan, qui fait partie des centaines de juristes ayant signé une lettre appelant à l'abandon de la candidature du juge.

« Le problème, poursuit-elle, c'est que ces accusations sont vieilles de 35 ans; nous n'étions pas là, et nous ne savons pas exactement ce qui s'est passé. Par contre, nous avons tous vu ce qui s'est passé il y a à peine une semaine. »

Selon la professeure Kahan, le témoignage du juge devant le Sénat, « même les remarques préparées », étaient « pleines de rage, presque de haine » contre les opposants démocrates, M. Kavanaugh parlant d'une « attaque politique orchestrée au nom des Clinton » par la gauche.

Pour Mme Kahan, il est ainsi inconcevable qu'un postulant au poste de juge affiche ainsi clairement son parti pris politique en faveur des républicains.

Bien entendu, souligne-t-elle, les présidents ont tendance à nommer des juges partageant une part de leurs opinions, mais rien n'oblige ensuite les juges à voter du côté de « leur » parti.

La Cour suprême des États-Unis demeure probablement la seule institution politique qui est encore largement respectée par les Américains et qui donne une impression d'impartialité, au-delà des considérations politiques.

Aimée Kahan, professeure de droit à l'Université Drexel

En confirmant la candidature du juge Kavanaugh, Mme Kahan estime que cette impartialité relative de la plus haute cour des États-Unis est menacée.

Candidature controversée

Dès l'annonce de la candidature du juge réputé pour être conservateur Brett Kavanaugh afin de pourvoir le siège vacant au plus haut tribunal des États-Unis, des détracteurs s'étaient fait entendre.

L'une de leurs craintes est que M. Kavanaugh finisse par donner son appui à un renversement de la célèbre décision rendue dans le cadre de la cause Roe c. Wade, qui a mené à la légalisation de l'avortement aux États-Unis.

Outre la Maison-Blanche, qui a empêché la publication de centaines de milliers de pages liées au travail juridique de M. Kavanaugh, en invoquant le privilège exécutif, ce sont les allégations d'inconduite, voire d'agression sexuelle contre plusieurs femmes, il y a une trentaine d'années, qui ont défrayé la chronique.

Ce faisant, le processus de nomination s'est transformé en lutte contre l'ordre du jour du président, le tout mêlé d'influences du mouvement #MeToo, contre les violences sexuelles faites aux femmes.

Chez les démocrates et les opposants à sa candidature, on affirme que les gestes présumés de M. Kavanaugh, ainsi que le côté émotif et vindicatif du juge lors de son audience devant le comité judiciaire du Sénat, le discréditent.

Dans une lettre ouverte publiée dans le New York Times jeudi matin et intitulée Le Sénat ne doit pas confirmer la nomination de Kavanaugh, plus de 1000 professeurs de droit expliquent que Brett Kavanaugh n’a pas l’indépendance ni le « tempérament juridique » adéquat pour exercer des fonctions à la Cour suprême du pays.

Lors de sa comparution devant les membres de la commission judiciaire du Sénat qui l'ont questionné sur les allégations de la professeure Christine Blasey Ford, Brett Kavanaugh s’était emporté, avait haussé le ton à plusieurs reprises et même invectivé les sénateurs démocrates qui l'interrogeaient.

D'après les signataires de la lettre, ses réactions lors d'une situation difficile ont clairement illustré qu'il n’a pas les qualités essentielles pour devenir juge au plus haut tribunal du pays.

Par ailleurs, chez les républicains et les partisans du président Trump, on insiste sur le fait que les allégations des victimes présumées du juge, dont Christine Blasey Ford, ne sont pas crédibles, que le juge Kavanaugh n'a pas droit à la présomption d'innocence, et que les démocrates et les anti-Trump mènent une campagne de salissage pour torpiller l'ordre du jour présidentiel en faisant dérailler le processus de nomination.

Les troupes républicaines se sont largement rangées derrière le président, à l'aune des élections de mi-mandat où le Grand Old Party risque de perdre sa majorité d'une seule voix à la Chambre haute du Congrès.

Donald Trump, président des États-Unis
Avec les informations de Agence France-Presse

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