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Signes religieux : « Pas besoin d'un autre psychodrame », dit le milieu de l'enseignement

Des élèves assis dans une classe.
Selon la FAE, le projet du nouveau gouvernement traduit une méconnaissance du milieu de l'éducation. Photo: iStock

L'intention du nouveau gouvernement de François Legault d'interdire le port de signes religieux aux employés de l'État qui se trouvent en position d'autorité continue de susciter des réactions, en particulier chez les enseignants, qui seraient aussi visés par la mesure.

« La dernière chose dont a besoin dans l’école publique, c’est d’un autre psychodrame », lance Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« Interdire le port de signes religieux, ça ne donne pas plus de services aux élèves », dit-il, rappelant les compressions budgétaires imposées au milieu scolaire par le gouvernement précédent.

Lors du premier caucus des députés de la CAQ mercredi, le député Simon Jolin-Barrette a fait savoir qu’un projet de loi visant à encadrer le port de signes religieux serait présenté sous peu. Le gouvernement caquiste n’hésiterait pas à utiliser la disposition de dérogation (communément appelée clause dérogatoire) si la loi était contestée devant les tribunaux, a-t-il aussi fait savoir.

« On n’annonce pas ça comme ça, alors que le conseil des ministres n’est pas formé, réagit M. Mallette. On ne sait même pas qui sera titulaire du portefeuille de l’éducation. »

C’est brusque comme comportement, on se serait attendu à un peu plus de respect de la part du nouveau gouvernement.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

Toujours selon M. Mallette, les commentaires de M. Jolin-Barrette et de Geneviève Guilbault, l’autre députée caquiste qui s'est exprimée sur le sujet, « témoignent d’une méconnaissance du monde de l’éducation ».

Par exemple, l’idée d’offrir un autre emploi à une personne qui refuserait de retirer ses signes religieux ne tient pas la route, selon M. Mallette. « Il y a des contrats de travail et ils sont hermétiques les uns par rapport aux autres, dit-il. N’est pas technicien en administration qui veut, n’est pas enseignant qui veut, il faut légalement être qualifié pour occuper ces corps d’emploi là. »

Selon le représentant de la FAE, il faut que M. Legault « calme le jeu » et instaure les conditions d’un débat permettant « une véritable réflexion collective ».

La FAE n’hésiterait pas à porter la cause devant les tribunaux, indique M. Mallette. Les enseignants, dit-il, n’exercent pas le même genre d’autorité que des policiers ou des juges et ne devraient pas être soumis à cette mesure.

Valérie Plante prudente

La mairesse de Montréal Valérie Plante a pour sa part évité de répondre directement aux questions qui lui ont été posées au sujet du projet du nouveau gouvernement, préférant réserver ses commentaires pour le moment où il y aura une proposition concrète.

« On va attendre d’avoir quelque chose entre les mains, un projet de loi en bonne et due forme et, à partir de là, on pourra se positionner », a-t-elle dit.

Pour Mme Plante, l’accès à l’emploi reste la priorité lorsqu’il s’agit d’intégrer les nouveaux arrivants, qui s’installent majoritairement dans la métropole.

« Quand on dit qu’on est une terre d’accueil, quand on dit qu’on est sérieux par rapport à la question de la main-d’œuvre, il faut être ouvert d’esprit, faire preuve de créativité, et trouver des mécanismes d’intégration. L’emploi en est un », a-t-elle expliqué en réponse à des questions sur de possibles pertes d’emplois liés au port de signes religieux.

Trudeau réitère sa position

« Je ne surprendrai personne en déclarant que je ne crois pas qu’un État devrait dicter à ses citoyens ce qu’ils doivent porter ou ne pas porter », a déclaré pour sa part le premier ministre canadien Justin Trudeau.

Mercredi, Justin Trudeau avait déjà invité François Legault à la plus grande réflexion avant d’utiliser la clause dérogatoire pour imposer le projet de loi.

La clause dérogatoire est une disposition de la Charte canadienne des droits et libertés qui permet à un gouvernement, malgré l’avis contraire des tribunaux, de limiter les droits et libertés des citoyens, au nom d’un impératif supérieur. Rarement utilisée, cette disposition permet à un gouvernement d'avoir le dernier mot, comme cela a par exemple été le cas en 1988 lorsque Robert Bourassa a imposé l’affichage français au Québec, malgré un jugement de la Cour suprême.

« Quand on choisit de supprimer des droits et des libertés de base de nos citoyens, c’est quelque chose de grave, a rappelé Justin Trudeau. Nous allons travailler avec tout le monde pour qu’ils comprennent bien les conséquences de ces propos. »

La Sûreté du Québec a pour sa part indiqué qu’aucun de ses policiers ne portait de signe religieux. Le Service de police de la Ville de Montréal et l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec ont préféré ne pas commenter le projet.

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