•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nomination de Kavanaugh : les républicains passent à la vitesse supérieure

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, marche vers son bureau du Capitole le 4 octobre 2018, à Washington.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, marche vers son bureau du Capitole le 4 octobre 2018, à Washington.

Photo : Getty Images / Drew Angerer

Radio-Canada

S'appuyant sur l'enquête du FBI sur des allégations sexuelles visant le juge Brett Kavanaugh, les républicains entendent accélérer le processus de sa nomination à la Cour suprême dans les 48 heures. Cela, au grand dam des démocrates, qui dénoncent une enquête incomplète, mais aussi de milliers de manifestants et de juristes.

Un texte de Sophie-Hélène Lebeuf

Loin d'émousser la partisanerie entourant le débat sur la nomination du juge Kavanaugh, le supplément d'enquête du FBI obtenu in extremis la semaine dernière a consolidé, jeudi, les positions des sénateurs déjà convaincus sans réussir à adoucir le ton des échanges.

Sans surprise, le sort du juge Kavanaugh reste donc dans les mains des cinq sénateurs qui n'avaient pas annoncé leurs couleurs, mais qui commencent à le faire.

Sans énoncer clairement leur verdict, deux des sénateurs républicains parmi les indécis se sont cependant dits satisfaits du supplément d'enquête du FBI, une position qui pourrait présager leur appui.

La sénatrice Susan Collins, du Maine, a qualifié l'enquête du FBI de « minutieuse », tout comme son collègue de l'Arizona Jeff Flake, membre de la commission judiciaire du Sénat.

Le sénateur Flake, qui a forcé le déclenchement du complément d'enquête, a accueilli favorablement la « pause » induite dans le processus, ajoutant que le rapport ne mentionnait « aucune nouvelle information corroborant » les allégations des accusatrices.

Le FBI a enquêté sur deux des allégations : celle de la chercheuse en psychologie Christine Blasey Ford, qui affirme avoir été agressée sexuellement par Brett Kavanaugh lors de leur adolescence, et celle d'une ancienne camarade de classe de Kavanaugh à l'Université Yale, Deborah Ramirez.

Cette dernière l'accuse pour sa part d'avoir exhibé ses parties génitales devant son visage lors d’une soirée étudiante.

Les républicains ont bon espoir

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entouré notamment des sénateurs Orrin Hatch et Mike Lee.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, entouré notamment des sénateurs Orrin Hatch et Mike Lee

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Les sénateurs ont pu lire tour à tour l'unique copie du rapport, au lendemain de son dépôt à la Maison-Blanche. Les deux camps ont fait une lecture fort différente du document.

Selon CNN, celui-ci contient 45 pages de sommaire d'entrevues, notamment de Mark Judge, ami de jeunesse de Brett Kavanaugh présenté comme un témoin par Christine Ford Blasey, et 1600 pages de renseignements obtenus par la ligne d'information du FBI.

Une délégation républicaine toute masculine a convoqué une conférence de presse pour renouveler la confiance du parti à l'endroit du candidat à la Cour suprême et indiquer qu'il fallait clore le débat au plus vite.

Le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, et 5 des 11 républicains de la commission judiciaire du Sénat ont martelé leur message : rien dans le supplément d'enquête du FBI ne corrobore les allégations d'agression sexuelle visant le juge Kavanaugh, celui-ci a la compétence nécessaire pour siéger à la Cour suprême, et la mascarade a assez duré.

« La nomination du juge Kavanaugh devrait être confirmée samedi », a lancé d'emblée le président de la commission judiciaire du Sénat, Chuck Grassley. « Espérons que dans 48 heures nous aurons un nouvel arrivant à la Cour suprême », a-t-il ajouté.

L'un après l'autre, les républicains présents ont accusé les démocrates de se livrer à un sale jeu politique, évoquant une « intimidation honteuse », une « campagne de dénigrement » et un « derby de démolition ».

Ce n'est pas une recherche pour la vérité. C'est une mission de recherche et de destruction [menée par les démocrates].

John Cornyn, sénateur du Texas

Les témoins identifiés par Christine Blasey Ford, qui a témoigné vendredi devant la commission sénatoriale, ont tous réfuté les allégations, a déclaré le sénateur du Texas, John Cornyn. « Nous avons fait du mieux que nous pouvions dans les circonstances. Il est maintenant temps de voter », a-t-il soutenu.

Interrogés par les journalistes, les élus républicains ont balayé du revers de la main les plaintes de personnes déplorant ne pas avoir été interrogées. Le FBI a enquêté sur les allégations crédibles, ont rétorqué les sénateurs républicains, ajoutant que la décision d’interviewer des témoins revenait au FBI.

Les allégations d'agression sexuelle visant le juge Kavanaugh ont été « traitées sérieusement », ont-ils affirmé. « Rien de ce qu’on pourrait faire ne satisferait les démocrates », a tonné le sénateur McConnell.

Tollé chez les démocrates

La sénatrice et Dianne Feinstein, à l'avant-plan et son collègue Chuck Schumer.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La sénatrice et Dianne Feinstein et son collègue Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat, s'adressant aux médias

Photo : Reuters / Yuri Gripas

Les démocrates ont pour leur part remis en question la légitimité de l'enquête.

« Nous demandons que les directives transmises au FBI par la Maison-Blanche [...] soient rendues publiques, parce que nous pensons qu'elles ont fortement restreint l'enquête », a déclaré le leader de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer.

« Il semble que [la Maison-Blanche] ait empêché le FBI de bien faire son travail », a renchéri la sénatrice de Californie Dianne Feinstein, membre du comité judiciaire du Sénat.

C'est le produit d'une enquête incomplète. Ce qu'il y a de plus remarquable dans ce rapport, c'est ce qui n'y figure pas.

La sénatrice démocrate Dianne Feinstein

Les démocrates déplorent notamment que le FBI n'ait pas interrogé davantage de témoins.

Selon les médias américains, le FBI aurait interviewé neuf témoins, sans parler au juge Kavanaugh ou à Christine Blasey Ford.

L'avocat de Dre Blasey Ford a d'ailleurs regretté que le FBI n'ait ni interviewé sa cliente ni les huit personnes qui auraient selon elle pu accréditer sa version.

Deborah Ramirez a de son côté donné sa version des faits. Toutefois, une vingtaine de témoins potentiels n'ont pas été contactés, a déploré son avocat, cité par le New York Times.

Une démocrate indécise votera non

Outre les sénateurs Flake et Collins, un autre républicain et deux démocrates - qui représentent des États républicains - contribueront à sceller le sort du juge Kavanaugh.

La Maison-Blanche n'a besoin de l'appui que de deux sénateurs supplémentaires.

Les démocrates représentent des États républicains et devront tous deux faire face au verdict des urnes le mois prochain.

La seule des cinq sénateurs qui étaient indécis à avoir annoncé sa décision, la sénatrice Heidi Heitkamp, du Dakota du Nord, a indiqué qu'elle s'opposerait à la nomination du juge Kavanaugh, croyant Christine Blasey Ford « sans hésitation ».

À la traîne dans les sondages, l'élue démocrate a déclaré avec émotion au réseau ABC que son comportement lors des audiences de la commission sénatoriale avait soulevé des doutes sur son honnêteté, son tempérament et son impartialité.

Elle avait pourtant approuvé le premier juge nommé par le président Trump, Neil Gorsuch.

Ce n’est pas une décision politique. Si ça l’était, je prendrais la décision contraire. [...] Je ne peux pas me lever le matin, en fonction de mon expérience de vie et dire oui au juge Kavanaugh.

Heidi Heitkamp, sénatrice démocrate du Dakota du Nord, sur les ondes du réseau ABC

Son collègue démocrate Joe Manchin, de la Virginie-Occidentale, au coeur d'une lutte serrée dans son État, ne donnera pas son verdict avant vendredi.

La sénatrice Lisa Murkowski de l'Alaska a déclaré qu'elle n'avait pas terminé sa lecture du rapport. Elle a en outre dit ne pas croire que le juge Kavanaugh renverserait la décision Roe v. Wade sur l'avortement.

Contrairement aux deux démocrates, aucun des trois républicains qu'on disait indécis ne doit faire campagne cette année. Jeff Flake est même sur le point de terminer son mandat.

Avant de statuer sur sa candidature samedi, les 100 sénateurs chargés de valider la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême se prononceront vendredi sur la fin des débats.

Le sénateur Grassley a précisé que le Sénat ne pouvait pas rendre le rapport du FBI public. La Maison-Blanche pourrait décider de le faire, a-t-il précisé.

CNN a spécifié que les sénateurs n'avaient pas le droit de prendre des notes lorsqu'ils le consultaient.

L'opposition à Kavanaugh s'exprime

Des manifestants brandissent des pancartes disant « Kava- nope ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des milliers de manifestants ont exprimé leur opposition à la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis.

Photo : Reuters / Kevin Lamarque

Dans un geste inusité pour un juge de la Cour suprême à la retraite, John Paul Stevens a indiqué, après avoir donné son appui au juge Kavanaugh, qu'il avait changé d'avis, rapporte le Palm Beach Post. L'ex-juge Stevens, nommé par un président républicain, a estimé que sa tenue lors de son témoignage devant la commission judiciaire du Sénat la semaine dernière devrait le disqualifier.

Dans une lettre ouverte publiée dans les pages du New York Times dès mercredi soir et intitulée « Le Sénat ne doit pas confirmer la nomination de Kavanaugh », plus de 2400 professeurs de droit expliquent que Brett Kavanaugh n’a pas l’indépendance et le « tempérament juridique » adéquat pour exercer des fonctions à la Cour suprême du pays.

Des milliers de manifestants se sont par ailleurs rassemblés à Washington sur la colline du Capitole, où se dressent face à face la Cour suprême et le Congrès, pour protester contre la nomination possible du juge Kavanaugh. Ils brandissaient des pancartes véhiculant des messages comme « Ne trahissez pas les femmes, votez non » ou « Croyez les victimes ».

Les policiers ont dit avoir arrêté plus de 300 personnes.

Si ce débat a mobilisé les partisans démocrates, les analystes soulignent que le processus entourant la nomination du juge Kavanaugh a également mobilisé les électeurs républicains.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Politique américaine

International