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Les effets indésirables du va-et-vient des bateaux de croisière

Un navire de croisière à quai dans le port de Québec par un soir de printemps.
Un navire de croisière à quai dans le port de Québec (archives) Photo: Radio-Canada / Daniel Coulombe
Radio-Canada

Le port de Québec va accueillir 50 000 visiteurs de bateaux de croisière au cours des quatre prochains jours. Si ces mastodontes des mers riment souvent avec retombées économiques alléchantes, d'autres s'inquiètent des impacts environnementaux.

Un texte de Nahila Bendali

Nataly Rae est une résidente de Québec et s’implique dans l’organisme Nature Québec. Elle a vécu plus d’une douzaine d’années dans la rue Saint-Pierre, pas très loin du terminal des croisières.

Mme Rae a été témoin du nombre croissant de bateaux qui visitent la ville. La nuit, le vacarme incessant des moteurs l’empêchait de dormir. Excédée par les odeurs et le bruit, elle a pris la décision de déménager pour respirer l’air pur de Montcalm, il y a trois ans.

Les cinq dernières années, c’était de pire en pire tellement que l’air était devenu invivable. On ne pouvait plus laisser les fenêtres ouvertes à cause des émanations de diesel.

Nataly Rae, résidente de Québec

Ces immenses navires, qui ressemblent à des villes flottantes, doivent souvent garder leurs moteurs allumés pour assurer les différents services offerts à l’intérieur.

Du côté de Montréal, l'Administration du port a décidé d’installer un réseau d’alimentation électrique à son terminal de croisières pour réduire la pollution atmosphérique.

Une fois branché, le navire peut éteindre ses moteurs diesels et être alimenté à l’électricité. Cette initiative au coût de 11 millions de dollars devrait éliminer 2800 tonnes de gaz à effet de serre par année, selon l'Administration portuaire de Montréal.

Le Port de Québec avait envisagé cette idée, mais l’a abandonnée puisque certains navires ne sont pas équipés pour le réseau électrique. L’industrie a plutôt opté pour une technologie de filtration afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre.

Caféteria d'un bateau de croisière L'intérieur des bateaux de croisière ressemble souvent à une ville flottante. Ici, le coin cafétéria du Silver Spirit, accosté au port de Québec. Photo : Radio-Canada / Maxime Denis

Quelles règles pour les émanations toxiques?

Le Saint-Laurent est une zone d’émission contrôlée par le gouvernement fédéral, qui établit des barèmes stricts des niveaux de soufre permis dans le carburant utilisé sur les navires depuis 2015. L’oxyde de soufre est une particule nuisible à la santé. L’Organisation maritime internationale va également établir des normes afin de réduire ces émissions en 2020. Partout dans le monde, les bateaux devront utiliser un carburant contenant moins de soufre, ou installer un système de filtration.

Sources : Gouvernement du Canada, Organisation maritime internationale

Protéger le Saint-Laurent

De son côté,. le directeur général de Nature Québec, Christian Simard, se demande pourquoi ce branchement électrique n’est pas plus répandu dans les ports du Saint-Laurent. Il croit que la pollution provenant des émanations de diesel des bateaux de croisière peut constituer un enjeu de santé publique.

Il cite également une étude des Amis de la terre qui compare l’empreinte environnementale de différentes compagnies de croisière. Le Crystal Symphony, un navire qui sera présent au port de Québec en fin de semaine, a obtenu une note globale de F pour sa qualité de l’air et son traitement des eaux usées.

On devrait s’assurer de ne pas accueillir de minounes, clame Christian Simard, ajoutant qu’il y a un manque d’information sur l’impact de ces géants des mers sur l’environnement à Québec.

La directrice de l’organisme Eau Secours, Alice-Anne Simard, s’inquiète quant à elle de l’augmentation du nombre de ces paquebots.

On ne veut pas que le Saint-Laurent devienne une autoroute, souligne-t-elle. Elle énumère aussi les impacts qu'ont ces navires sur l'écosystème du fleuve, avec la propagation des espèces envahissantes, ou encore les conséquences pour les mammifères marins.

Le Port de Québec assure pour sa part qu’il suit des protocoles stricts avec les bateaux de croisière pour protéger l'environnement, notamment en ce qui a trait à la gestion des déchets et des eaux usées.

La protection du fleuve est assurée en tout temps, soutient la porte-parole Marie-Andrée Blanchet.

Importantes retombées économiques

En moyenne, un voyageur en escale dépense 330 $ dans les commerces du centre-ville, affirme Marie-Andrée Blanchet. Les retombées économiques totales provenant de l’industrie des croisières se chiffrent à près de 86 millions de dollars, selon Tourisme Québec, et ce nombre sera porté à augmenter.

Déjà, le nombre de visites de ces bateaux est en hausse par rapport à l’an dernier. En 2018, il y aura 156 visites au port, comparativement à 132 en 2017.

L'industrie s'est prononcée unanimement pour la croissance, explique Marie-Andrée Blanchet. L’an dernier, le port a reçu plus de 200 000 visiteurs. L’objectif est de doubler ce chiffre d’ici 2025.

Les intervenants environnementalistes reconnaissent l'importance des retombées économiques de l'industrie, mais aimeraient un équilibre avec la protection de l'environnement.

Québec

Environnement