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#MoiAussi, un an plus tard en Atlantique

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Les mouvements #MeToo et #MoiAussi, en français, ont contribué à la hausse des dénonciations des cas d'agression sexuelle.

Photo : Pixabay

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le mouvement de dénonciations #MoiAussi a déjà un an. Bien qu'il ait contribué à ouvrir le dialogue, des experts s'entendent pour dire qu'il y a eu peu de dénonciations en Atlantique et qu'il reste encore beaucoup à faire pour soutenir les victimes d'inconduites et d'agressions sexuelles, notamment une révision du système judiciaire.

Un texte de Camille Martel

C’était une année occupée et intense, surtout sur les médias sociaux, dit d’emblée Kristal LeBlanc, directrice générale du Centre de ressources et de crise familiale Beauséjour.

On a vu une grosse augmentation du nombre de victimes de violence sexuelle qui voulait avoir recours à ces services, explique-t-elle. En 2017, le Centre de ressources et de crise familiale Beauséjour a traité 34 victimes d’abus sexuel, tandis qu’au moment d’écrire ces lignes il en avait déjà traité 50 depuis janvier 2018.

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Kristal LeBlanc, directrice générale du centre de ressources et de crise familiale Beauséjour.

Photo : Radio-Canada

Malgré tout, il ne semble pas y avoir eu beaucoup de dénonciations en Atlantique. C’est plus difficile dans les petites régions. Les femmes ont vraiment peur d’être vues comme des victimes, estime la directrice générale.

Je crois que c’est plus simple pour les personnes célèbres, parce qu’elles ont une sorte de pouvoir. Ici, ajoute-t-elle, les femmes peuvent avoir peur de perdre leur emploi et de ne pas en trouver un autre.

Peu de dénonciations dans le milieu culturel acadien

Carmen Gibbs, directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, est surprise qu’il y ait eu « aussi peu de dénonciations » dans le milieu culturel des Maritimes.

« Je suis surprise. Pourtant, je connais tellement de monde qui [a] vécu ça. »

— Une citation de  Carmen Gibbs, directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick

Mme Gibbs dit toutefois avoir observé une différence depuis les débuts du mouvement #MoiAussi. Je crois que ça fait une différence dans la communauté artistique, car les victimes ont maintenant une possibilité de dénoncer.

En ce qui a trait au Théâtre populaire de l’Acadie, le seul organisme culturel acadien touché par la dénonciation d’une inconduite sexuelle, elle croit que le conseil d’administration a fait la bonne chose. Il a procédé à une investigation, même s’il n’y avait pas eu de plaintes déposées à la police.

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Carmen Gibbs, directrice générale de l'Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick, félicite la SNA pour son travail.

Photo : Radio-Canada

Le milieu culturel a dû faire une remise en question, croit-elle : On s’est rendu compte qu’on n'était pas très bien outillé. D’ailleurs l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick est en pourparlers avec Patrimoine Canadien pour adopter une politique à ce sujet. Elle devrait entrer en vigueur d’ici un an.

Un mouvement pour réformer le système de justice

S’il y a une chose sur laquelle les experts s’entendent par rapport aux répercussions du mouvement #MoiAussi, c’est qu’il a démontré, selon eux, à quel point les victimes hésitaient à se soumettre au système judiciaire.

Au Centre de ressources et de crise familiale Beauséjour, Kristal LeBlanc dit que ce qu’on a remarqué de plus flagrant, c’est que ces victimes-là ne sont pas nécessairement intéressées à passer à travers le système judiciaire.

Même son de cloche du côté de Carmen Gibbs qui estime pour sa part que le système judiciaire doit se réformer afin que les victimes puissent dénoncer avec plus de « noblesse et de dignité ».

« #MoiAussi, c’est un outil pour donner la parole, parce que la justice ne rend pas justice aux victimes. »

— Une citation de  Carmen Gibbs, directrice générale de l’Association acadienne des artistes professionnels du Nouveau-Brunswick

Marie-Andrée Pelland, criminologue et professeure à l’Université de Moncton, en arrive à la même conclusion.

Selon elle, le prochain mouvement a émerger devrait avoir comme objectif de transformer le système de justice : Les victimes ont besoin d’appui, le système judiciaire est complexe et elles se retrouvent souvent victimisées plutôt qu’aidées.

De plus, dit-elle, il faut que le système de justice s'inspire de la recherche qui a été faite dans le domaine. Par exemple, il est possible qu’une victime d’agression sexuelle livre un témoignage flou ou bien qu’elle ait des trous de mémoire, dus au traumatisme subi.

« On est rendu là : une réflexion sur le système juridique et pénal. »

— Une citation de  Marie-Andrée Pelland, criminologue et professeure à l’Université de Moncton

Le peu de dénonciations de personnalités publiques en Atlantique a probablement dissuadé certaines femmes d’avoir recours aux services juridiques, croit la criminologue : J’aurais aimé qu’on ait des femmes qui, volontairement, soient venues dénoncer ça chez nous, mais on ne peut pas forcer les gens à s’engager dans un tel processus.

Selon elle, l’éducation sexuelle doit aussi être revue. Il faut apprendre aux jeunes c’est quoi le consentement. On doit avoir un changement de société important où on apprend à respecter l’intégrité du corps des autres.

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