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Désormais sans chef, les libéraux pansent leurs plaies

Défait dans Châteauguay, le libéral Pierre Moreau a dit prendre sa défaite « avec humilité ». Il entend participer à la reconstruction du parti.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Réunis dans un hôtel de Québec pour faire le bilan de la campagne électorale, qui s'est soldée par un cuisant revers aux mains de la Coalition avenir Québec (CAQ), les députés et candidats libéraux défaits ont entrepris de panser leurs plaies et de réfléchir à l'avenir de leur parti.

Un texte de François Messier

Interrogés à leur arrivée à la rencontre, l'une des dernières avec le chef libéral démissionnaire Philippe Couillard, plusieurs d'entre eux ont plaidé en faveur d’une réflexion en profondeur qui permettrait à leur formation de redevenir compétitive lors du prochain scrutin, en 2022.

« Il faut faire une analyse très détaillée de ce qui s’est passé. Pour le parti, c’est sans précédent dans ses 150 ans d’histoire », a affirmé Pierre Moreau, qui a mordu la poussière face à une candidate de la CAQ, MarieChantal Chassé, dans Châteauguay.

« Il serait présomptueux pour moi d’essayer de donner un diagnostic aujourd’hui. Mais, on ne doit pas faire l’économie de faire cette analyse-là », a ajouté celui qui dirige encore pour quelques jours le ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles.

« Les gens ne nous demandent pas d’avoir des réponses aujourd’hui », a ajouté le député de Jean-Talon, Sébastien Proulx, le seul libéral à avoir remporté une victoire dans la région de Québec. « Les gens nous demandent de prendre le temps nécessaire pour bien faire les choses pour l’avenir, et c’est ce qu’on va faire. »

Plusieurs libéraux ont admis qu’il leur faudra effectuer un travail de terrain, notamment auprès des militants, et trouver un moyen de retrouver la confiance des électeurs francophones, qui ont largement boudé le parti, de l’avis de tous.

« Je pense que les Québécois, lundi dernier, ont été à la recherche d’une nouvelle offre politique », a commenté le ministre de la Famille, Luc Fortin, qui a été défait par une candidate de Québec solidaire, Christine Labrie, dans Sherbrooke.

Les gens qui sont un peu plus à gauche sont allés vers Québec solidaire; les gens un peu plus à droite, vers la Coalition avenir Québec. Alors, ça pousse les formations politiques comme la nôtre à entamer une grande réflexion pour se reconstruire, être de retour aux affaires en 2022.

Luc Fortin, candidat libéral défait dans Sherbrooke

« [Il] faut vraiment retomber sur nos pieds tout d’abord, retourner sur le terrain, aller à la rencontre des Québécois et reconnecter avec les Québécois francophones également, et partout dans les régions du Québec », a poursuivi M. Fortin, qui s’engage à continuer de militer pour le parti.

« C’est évident, quand on regarde les chiffres, qu’il y a des libéraux qui sont restés chez eux », a aussi convenu Pierre Moreau. « C’est symptomatique d’un malaise au sein même du parti. […] Vous avez souvent parlé de la prime à l’urne [pour les libéraux]; manifestement, cette prime n’était pas là », a-t-il lancé aux journalistes.

Lucie Charlebois.

Lucie Charlebois admet que les francophones ont tourné le dos au Parti libéral.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Les francophones, il y avait là un enjeu. […] Honnêtement, ils voulaient entendre un autre message que le mien. Les gens m’ont dit : "On t’aime bien, mais il est temps de passer à autre chose". Le message qui a été véhiculé sur le[s] 15 ans [de pouvoir quasi ininterrompu des libéraux], ça a collé.

Lucie Charlebois, ministre déléguée à la Santé publique, défaite par la CAQ dans Soulanges

« Les sondages le montrent. L’appui des francophones, effectivement, devra être nettement supérieur », a concédé la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Condition féminine, Hélène David. « Ça va faire partie des questions à se poser. Il y a beaucoup de questions à se poser. »

Défendre les minorités

« Mais il ne faut jamais oublier aussi les droits des minorités; et ça, inquiétez-vous pas, on sera là pour les défendre », a ajouté Mme David, en écho aux propos tenus par M. Couillard plus tôt en matinée. « Il faut aussi regarder vers l’avenir. L’avenir, c’est un Québec inclusif, un Québec tolérant, un Québec où tous les gens ont le droit d’être des citoyens à part entière. »

Le Parti libéral est un parti qui a 150 ans histoire, qui va avoir une bonne, grosse, profonde et sérieuse réflexion à faire.

Hélène David, députée libérale de Marguerite-Bourgeoys

Plusieurs candidats ont évoqué la difficulté de résister à la soif de changement de plusieurs électeurs. « C’est la démocratie. La population a parlé, et la décision de la population est toujours la bonne », a par exemple commenté le ministre des Finances Carlos Leitao, qui a été réélu député de Robert-Baldwin. « Il y a des vagues qui passent, et voilà, c’est ce qui s’est passé. »

« C’était vraiment non pas une vague, mais un tsunami qui a emporté le Québec pour du changement », a aussi observé Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports, qui a dû s’incliner devant le caquiste Sylvain Lévesque dans Chauveau.

« Les gens n’ont pas voté pour quelque chose, ils ont voté contre quelque chose », a fait valoir Serge Simard, ex-ministre dans le gouvernement de Charest, qui a été défait dans Dubuc. « C’est comme ça très souvent que les Québécois votent. »

Philippe Couillard et sa conjointe Suzanne Pilote.

Philippe Couillard a décidé de quitter la vie politique quelques jours après la cinglante défaite qu'a subie son parti.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

À la recherche d'un chef intérimaire « rassembleur »

Tous les députés ou candidats défaits interrogés ont refusé de se prononcer sur l'identité de celui ou celle qui devrait diriger le parti de façon intérimaire, en attendant qu'une course à la direction soit organisée. C'est notamment le cas des ministres Gaétan Barrette et Christine St-Pierre, qui seraient intéressés par le poste.

« C'est la journée de M. Couillard, alors on en reparlera un autre jour », a commenté Mme St-Pierre. Elle avait précédemment vanté le discours « absolument extraordinaire » de son chef. « Ce message d'inclusion, d'ouverture, moi, c'est ce qui m'a toujours inspirée », a-t-elle dit.

Gaétan Barrette a adopté la même attitude. « C’est le moment de M. Couillard qui, je pense, a fait un travail remarquable. M. Couillard va entrer dans l’histoire du Québec, j’en suis convaincu, pour avoir positionné le Québec là où il est aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Plusieurs de leurs collègues ont simplement accepté de dire quelles qualités devrait avoir le ou la chef intérimaire.

Pierre Moreau a été l'un des plus loquaces à ce sujet. « En premier, ça doit être quelqu’un capable de faire la cohésion au sein de l’aile parlementaire, quelqu’un de rassembleur », a-t-il dit, avant de préciser que la capacité d'une personne à être efficace lors de la période de questions à l'Assemblée nationale « ne [lui] semble pas être l’élément déterminant ».

« Ce qui est déterminant, c’est que ce chef va être celui ou celle qui va devoir mettre les premières briques du diagnostic et de la reconstruction du parti. Et ça, pour moi, c’est fondamental. [...] Et voir comment on ramène les militants. Et ça, c’est peut-être 80 % de son travail. »

On doit avoir la délicatesse de dire : faisons les choses dans l’ordre. Ne précipitons pas. Ne faisons pas passer les "agendas" personnels devant l’"agenda" du parti. Ce serait à mon point de vue une recette parfaite pour l’échec.

Pierre Moreau

Il avance également qu'il ne sert à rien de se lancer rapidement dans une course à la direction. « On ne peut pas demander à quelqu’un de devenir leader d’un parti, alors qu’on n’a pas encore analysé les […] raisons qui ont amené le résultat de l’élection », a observé M. Moreau.

« Moi, je pense qu’il faut d’abord se reconnecter avec les membres, les militants, rappeler ces militants qui ne sont pas allés voter – parce qu’il y en a –, leur demander pourquoi, voir comment ils veulent contribuer, eux, à la relance de ce parti », a-t-il ajouté. « Et lorsqu’on aura fait ce diagnostic [...] on pourra parler d’une course à la direction, mais pas avant. »

Sébastien Proulx dit vouloir « quelqu’un qui nous représente bien à l’Assemblée nationale, quelqu’un qui représente le courant libéral important », tandis qu'Isabelle Mélançon, réélue dans Verdun, dit souhaiter que « la personne la plus rassembleuse du caucus » soit élue.

Guy Ouellette à l'Assemblée nationale du Québec, le 31 octobre 2017.

Guy Ouellette, député indépendant de Chomedey, à l'Assemblée nationale du Québec le 31 octobre 2017

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Des décisions pour l'avenir

M. Proulx a refusé de dire s'il pourrait souhaiter se lancer dans la course. « Moi, je n'ai pas pris de décision à cet égard », a-t-il commenté, avant de souligner qu'une telle décision se discute en famille. « C'est des discussions que j'aurai avec eux, mais pour l'instant, ce n'est pas dans mon esprit. »

M. Moreau a aussi refusé de dire si sa défaite sonnait le glas de sa carrière politique. « J’ai assez d’expérience en politique pour savoir qu’on ne peut jamais parler en termes définitifs. La réponse à ça, c’est non », a-t-il répondu.

Interrogé sur le sort de leur collègue Guy Ouellette, qui a donné des informations nuisibles aux libéraux à la CAQ, selon ce qu'a confirmé François Legault lors de la campagne électorale, la quasi-totalité des libéraux présents à la rencontre a refusé de se prononcer.

Seule Isabelle Mélançon s'est commise lorsqu'elle s'est fait demander si le député de Chomedey devrait demeurer dans le caucus de libéral. « Ça, c'est une décision qui sera prise au caucus », a-t-elle laissé tomber.

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