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Comprendre la percée de Québec solidaire en trois questions

Radio-Canada

Québec solidaire (QS) a créé la surprise lundi soir en remportant 16,1 % du vote et en faisant élire 10 députés. Un peu partout au Québec, le parti a fait des gains considérables et doublé sa part du vote. Portrait.

Un texte de Ximena Sampson

Carte du Québec avec les circonscriptions.Agrandir l’imageÉvolution du vote pour Québec solidaire entre 2014 et 2018 Photo : Radio-Canada / Francis Lamontagne

1. Pourquoi cet engouement?

Il faut regarder la progression du parti sur le long terme, croit Éric Bélanger, professeur au Département de sciences politiques de l’Université McGill, à Montréal.

Il y a une croissance constante, mais relativement lente qui commence à porter fruit.

Éric Bélanger, professeur à l’Université McGill

À la différence des partis traditionnels, qui offraient des « propositions concrètes » et des solutions « pragmatiques » pour « faciliter la vie » des électeurs, QS a présenté « un projet de société qui fait rêver », pense Félix Mathieu, chargé de cours au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

C’est le seul parti qui bénéficiait d’une cohérence idéologique qui traversait son programme et qui était également porteur de rêve.

Félix Mathieu, chargé de cours à l’UQAM

« Les militants des mouvements sociaux et de la grève étudiante de 2012 ont canalisé leur espoir dans Québec solidaire », poursuit le chercheur. Lors des élections de 2014, cela ne s’était pas produit, parce qu’il était encore perçu comme un parti marginal.

Mais à cette élection, le parti était une option valable, selon M. Mathieu. « On ne les considérait plus comme une bande de hippies [...] tout le monde les prenait au sérieux », dit-il.

La présence de Gabriel Nadeau-Dubois, devenu co-porte-parole du parti en mai 2017, n’y est sûrement pas étrangère. « C’est l’acteur politique le plus redoutable de la formation », croit M. Mathieu. Bien qu’en retrait derrière sa co-porte-parole Manon Massé, celui qui a galvanisé les foules lors du printemps érable a parcouru les campus universitaires pour mobiliser les jeunes et les convaincre d’appuyer son parti.

Qui plus est, Mme Massé a réussi à transformer cette « utopie politique inatteignable [...] en un véhicule politique » viable, ajoute M. Mathieu.

2. Québec solidaire a-t-il pris la place du PQ?

« Le Parti québécois (PQ) a peut-être été le parti d’une génération et demie », croit Éric Bélanger. Les crises constitutionnelles, l’accord du lac Meech et le référendum de 1995 ont permis au PQ de mobiliser la génération X (celle qui a suivi les baby-boomers), mais il ne parvient plus à rejoindre la génération du millénaire, estime le chercheur.

Le co-porte-parole de Québec solidaire et sa candidate dans Taschereau, Catherine Dorion, discutent avec des étudiants.Gabriel Nadeau-Dubois fait de la mobilisation au Cégep de Sainte-Foy, le 20 septembre. Photo : Radio-Canada

Selon lui, le projet de charte des valeurs du PQ a vraiment contribué à éloigner les jeunes du parti. A contrario, QS, qui s’est opposé au projet de charte, est « très ouvert à la diversité et au multiculturalisme », ajoute-t-il, ce qui rejoint plus les valeurs des jeunes.

Québec solidaire n’a pas hésité à parler de souveraineté, le créneau habituel du PQ, mais en le redéfinissant. « L’argument de Mme Massé, c’est de dire que le Québec doit se séparer du Canada, qui est un pays pétrolier », précise M. Bélanger. « C'est une image très forte qui a pu séduire les gens pour qui la question environnementale est vraiment importante. »

« Il faut toutefois réaliser que l’électorat québécois actuellement n'est pas en faveur de cette option-là », rappelle Éric Belanger. « Si QS continue de marteler cela, ils peuvent progresser encore, et marginaliser davantage le PQ, mais ils vont atteindre un plafond à un moment donné. »

L'option souverainiste n'est plus mobilisatrice comme avant, mais c'est certain qu'un changement de la donne politique au niveau constitutionnel pourrait ranimer le désir.

Éric Bélanger, professeur à l’Université McGill

3. Québec solidaire pourra-t-il continuer sur sa lancée?

Cela dépend de deux choses, pense Félix Mathieu. D’abord, les solidaires « devront convaincre les électeurs qu’ils sont capables de représenter les intérêts des Québécois partout et pas seulement dans les circonscriptions où ils ont été élus », et qui sont, mis à part Rouyn-Noranda-Témiscamingue, des régions urbaines où les votants sont plus jeunes et plus instruits.

Ensuite, ils vont devoir recentrer certaines de leurs propositions, qui peuvent faire peur à certains sympathisants potentiels.

Des jeunes militants lèvent le poing et applaudissent.Les partisans de Québec solidaire rassemblés au Musée national des beaux-arts du Québec crient leur joie en voyant les résultats du parti. Photo : Radio-Canada / Alice Chiche

« S’ils font ce changement vers des positions de centre gauche démocrate […] c’est certain qu’ils vont s’aliéner la frange la plus radicale de leur formation politique, croit M. Mathieu, mais c’est probablement la seule option s’ils veulent devenir une force politique qui va légitimement espérer prendre le pouvoir. »

C’est également l’avis d’Éric Bélanger, qui pense que QS devra revoir ses positions plus radicales pour convaincre une frange plus large de l’électorat.

« Est-ce que croître davantage veut dire tasser le PQ? s’interroge-t-il. Vont-ils chercher à l’absorber, faire une coalition ou une fusion? »

Ni QS ni le PQ ne se sont récemment prononcés sur la possibilité d’un quelconque rapprochement.

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