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Les enseignants francophones diplômés à l'étranger frustrés en cette période de pénurie

Une table dans une classe avec des objets dessus et un enseignant à son bureau.

La salle de classe de Jean-Michel Oblette à l'école d'immersion française de Kerrisdale à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Radio-Canada

Des immigrants qui espèrent enseigner en Colombie-Britannique se butent aux démarches de reconnaissance de leurs qualifications professionnelles et certains envisagent de quitter la province.

Un texte de Noémie Moukanda

À chaque rentrée scolaire, c'est la même chose : il manque des enseignants francophones. Une pénurie habituelle, mais dont personne ne s’accommode et qui suscite de l’incompréhension chez certains détenteurs de diplômes en éducation obtenus à l'étranger.

Des enseignants qualifiés, il y en a beaucoup, mais plusieurs ne sont pas accrédités en Colombie-Britannique, comme c'était le cas de Jean-Michel Oblette quand il est arrivé dans la province.

On m'a dit que ma maîtrise, obtenue pourtant en France, n'était pas vraiment une maîtrise. Que si on voulait me faire reconnaître une maîtrise, il fallait que j'aie une maîtrise issue d'une université canadienne.

Jean-Michel Oblette, enseignant en immersion française

Depuis 7 ans, Jean-Michel Oblette enseigne au programme d’immersion française de Vancouver. Durant plusieurs années, l'enseignant a effectué des heures de travail à gauche et à droite tout en suivant des cours conformément à la politique d'équivalence des diplômes de la Colombie-Britannique.

Afin de parvenir à cette remise à niveau, il a déboursé 7000 $ pour un diplôme en enseignement de l'Université de la Colombie-Britannique et 15 000 $ pour une maîtrise. « Ça m’a remonté au même niveau qu’un professeur qui sortirait de l'UBC ou SFU », explique-t-il. Aujourd'hui, il occupe un poste permanent à temps plein.

Une citation sur la photo de Jean-Michel Oblette dans sa classe dit : « un sentiment d'injustice. Ce n'est pas tout le monde qui peut se permettre de reprendre des études. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jean-Michel Oblette, enseignant en immersion française

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Les Français se sentent lésés

À l’instar de nombreux enseignants francophones étrangers, beaucoup de Français dénoncent les obstacles auxquels font face les immigrants qui souhaitent enseigner dans le secteur public en Colombie-Britannique.

Détenteur d’une licence en éducations de l'Angleterre et d'une maîtrise en éducation de la France, un enseignant du Conseil scolaire francophone, qu’on nommera Stéphane, car il craint l'impact de cette entrevue sur sa carrière, se sent « frustré » par ces procédures trop « lourdes et lentes ».

Une citation sur l'ombre d'un homme qui reflète sur le sol et un muret et qui dit : « je sais qu'on a besoin de moi tout de suite alors que je suis sur les bancs de la fac. Ça, c'est très frustrant ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Stéphane, un enseignant du CSF qui souhaite garder l'anonymat

Photo : Radio-Canada / Noémie Moukanda

Lui aussi ressent ce poids financier. Avec une certification temporaire, Stéphane cumule aujourd’hui travail et études. « Au début, quand j'ai postulé en tant qu'enseignant, on ne m'a même pas mis à un poste d'enseignant. On m'a mis comme assistant. Parce qu'on a estimé que, malgré mes dix années d'expérience en France, je n'avais pas d'expérience locale », s’indigne-t-il.

« C’est complètement paradoxal, on nous dit qu’il n’y a pas assez d’enseignants, il faut les faire venir de l’étranger. Et d’un autre côté, on dit que si vous ne faites pas d’études supplémentaires, dans cinq ans, on va résilier votre contrat d’enseignement », dénonce pour sa part M. Oblette.

Entre rêve et réalité

J'ai trouvé un petit peu qu'on avait vendu du rêve et quand je me suis confronté à la réalité du terrain, c'était un petit peu biaisé, tout ça.

Stéphane, enseignant du CSF

Mais par souci de « cohérence », dit Stéphane, il ira au bout de ses démarches. Cependant, il pense à quitter le Canada. Et cet exode des enseignants prend de l’ampleur, selon Jean-Michel Oblette, qui l’a observé parmi ses collègues étudiants.

« Il y a des personnes qui sont parties de mon cours pour aller en Alberta [parce qu’elles] n’avaient pas besoin de la maîtrise une fois là-bas. On leur reconnaissait directement les études qu’elles avaient faites avant », affirme-t-il.

Bien que le parcours du combattant se soit achevé cet été pour Jean-Michel Oblette, il ne croit pas que le jeu en vaille la chandelle.

Quand on se retrouve confronté au coût de la vie, à toutes les barrières administratives qu'on nous met dans les roues, c'est très bien pour deux ans, mais on ne va pas s'installer ici. Donc, je vais leur dire : "Venez voir ce que c'est, mais vous n'avez pas un futur ici."

Jean-Michel Oblette, enseignant en immersion française

La stratégie de recrutement remise en cause

La province et les conseils scolaires disent prendre la pénurie des enseignants au sérieux. Les recrutements se déroulent en dehors des frontières britanno-colombiennes. Jean-Michel Oblette n’est toutefois pas convaincu par cette stratégie.

« On nous dit qu'on envoie des équipes pour recruter en France, en Belgique, et après deux semaines, ils ont réussi à rapporter trois enseignants, ce qui est vraiment ridicule », lance-t-il.

Pour l’enseignant en immersion, il faudrait prendre aussi en compte le coût de la vie, aider les recrutés et ceux qui sont déjà installés dans la profession à se loger et revoir les salaires, trop bas à son goût.

« Je pense qu'on pourrait davantage mettre les moyens pour analyser chaque dossier au cas par cas, dit pour sa part Stéphane. « Cela accélérerait peut-être les traitements des dossiers. » Il aimerait en effet que les certifications soient délivrées aussi en fonction des « expériences de terrain dans les autres pays ».

Immigration : des niveaux de pouvoir distincts

Le ministre de l'Éducation, Rob Fleming, rappelle que l’immigration est de compétence fédérale. Par contre, la reconnaissance des qualifications professionnelles (Nouvelle fenêtre) est du ressort provincial. En Colombie-Britannique, deux entités sont responsables du traitement des dossiers des étrangers dans le domaine de l’enseignement : le BC Teachers’ Council et le Teacher Regulation Branch.

Selon Rob Fleming, les deux organes gagnent en expérience. « Nous voulons avoir des enseignants de grande qualité. Il doit y avoir une équivalence démontrée, qu'ils proviennent d'un établissement postsecondaire de grande qualité, par exemple », répète-t-il.

Colombie-Britannique et Yukon

Éducation