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analyse

Emmanuel Macron : le désamour des Français

La dernière consultation révélait que seuls 28 % des Français avaient envers le chef de l’État une opinion favorable. Voyez, à ce sujet, le reportage de Jean-François Bélanger.
Jean-François Bélanger

Alors qu'il était vu au moment de son élection comme un homme providentiel, Emmanuel Macron bat aujourd'hui des records d'impopularité. Les Français qui le trouvaient auparavant sympathique et capable de réformer le pays le considèrent maintenant comme autoritaire et arrogant. La lune de miel est terminée.

Pendant une vingtaine de minutes, le septuagénaire a été forcé d’attendre sur les marches, à l’extérieur du ministère, se balançant d’une jambe sur l’autre, regardant régulièrement sa montre ou son téléphone, signes manifestes d’impatience. L’homme en question n’était autre que Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur qui venait de défier ouvertement le président de la République en claquant la porte du gouvernement.

La scène n’est pas passée inaperçue, car elle n’a rien d’anodin et l’attente imposée au ministre démissionnaire était sans doute volontaire. Car le retardataire n’était autre que son remplaçant par intérim au ministère de l’Intérieur, le premier ministre Édouard Philippe. Et le langage non verbal exprimé par l’un et l’autre en disait long. De toute évidence, le courant ne passait plus entre les deux hommes.

Si officiellement, Gérard Collomb a prétexté une volonté de redevenir maire de Lyon pour justifier son départ, la vraie raison ne fait aucun doute.

La rupture est en fait consommée aussi entre Gérard Collomb et le président Emmanuel Macron.

Poignée de main entre Gérard Collomb (à droite), ministre français de l'Intérieur sortant, et le premier ministre français Edouard Philippe, nommé ministre de l'Intérieur par intérim.Gérard Collomb (à droite), ministre français de l'Intérieur sortant, serre la main du premier ministre français Édouard Philippe, nommé ministre de l'Intérieur par intérim, lors d'une cérémonie de passation des pouvoirs à Paris, le 3 octobre 2018. Photo : Reuters / Philippe Wojazer

Une conséquence directe de l’affaire Benalla, du nom du conseiller d’Emmanuel Macron qui s’était fait passer pour un policier pour tabasser des manifestants le 1er mai dernier. Couvert par l’Élysée, l’homme s’était retrouvé au-devant de la scène pendant l’été lorsque des images de vidéo amateur se sont propagées sur les réseaux sociaux.

Gérard Collomb n’a pas apprécié devoir répondre d’une affaire avec laquelle il n’avait rien à voir. « Je condamne avec la plus grande fermeté les actes de M. Benalla » avait-il déclaré en audition devant l’Assemblée nationale, en précisant qu’il ne savait même pas qu’Alexandre Benalla était conseiller de l’Élysée.

Une autre démission

Ce départ est une gifle pour Emmanuel Macron. Car Gérard Collomb était l’un de ses plus fidèles lieutenants; l’un de ses premiers soutiens aussi. L’ancien maire de Lyon avait même versé une larme lors de la cérémonie d’investiture du jeune président.

Ce départ est donc symptomatique d’une grave crise à la tête de l’État. Car c’est le septième ministre d’Emmanuel Macron qui démissionne depuis son élection. Le troisième en à peine plus d’un mois en comptant le départ fracassant du ministre vedette de l’Environnement, Nicolas Hulot.

C'est révélateur d’un malaise. Parce que les démissionnaires ont critiqué la façon de gouverner d’Emmanuel Macron. Le ministre de l’Intérieur lui reproche le manque d’humilité. Il aurait pris la grosse tête en quelque sorte depuis qu’il est président.

Bruno Jeudy, rédacteur en chef du service politique de Paris Match

Cote de popularité en chute libre

La maison de sondage OpinionWay qui mesure en permanence le taux de satisfaction des Français vis-à-vis de leurs élus a vu la cote de popularité d’Emmanuel Macron chuter à partir du mois de juin pour ne jamais se relever. La dernière consultation révélait que seuls 28 % des Français avaient envers le chef de l’État une opinion favorable.

28 %, c’est un niveau de satisfaction qui le met au même niveau que François Hollande à la même époque. Or, François Hollande a été le président le plus impopulaire quasiment durant tout son mandat de la Ve République.

Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay

Paradoxalement, le jeune président n’essuie pas le contrecoup de l’ambitieux calendrier de réformes qu’il a lancées. Là où tous ses prédécesseurs avaient échoué et avaient été forcés de plier l’échine devant la pression de la rue, Emmanuel Macron n’a pas rencontré de véritable opposition, les syndicats n’arrivant plus à se mobiliser.

Selon Bruno Jeudy, les Français reprochent surtout à Emmanuel Macron sa personnalité parfois cassante et sa propension à se transformer en donneur de leçons. Comme cette fois où face à un horticulteur qui se plaignait du manque d’emplois, il lui a rétorqué que pour trouver un emploi, il lui suffisait de changer de branche et d’aller travailler par exemple dans la restauration, en ajoutant : « Je traverse la rue et je vous en trouve ».

Ou encore lorsqu’il a recadré sèchement un jeune qui l’avait appelé Manu : « Tu peux faire l’imbécile, mais aujourd’hui, c'est la Marseillaise et le chant des partisans, tu m’appelles Monsieur le président de la République ou Monsieur. »

Plus que sa baisse de popularité, qui peut être conjoncturelle, le sondage qui devrait inquiéter Emmanuel Macron, c’est celui réalisé par ELABE le 3 octobre qui met en lumière ce que les Français pensent de lui.

En juillet 2017, 68 % des Français trouvaient Emmanuel Macron sympathique. Aujourd’hui, 79 % le trouvent autoritaire et 71 % le trouvent arrogant.

Jean-François Bélanger est correspondant de Radio-Canada à Paris.

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