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Les girafons héritent leurs taches de leur mère

Radio-Canada

Des techniques d'imagerie et des méthodes statistiques ont permis de confirmer une hypothèse vieille de 49 ans, selon laquelle les girafes transmettent à leur progéniture des caractéristiques de leurs taches.

Un texte d'Alain Labelle

Les travaux du biologiste Derek Lee de l’Université d’État de Pennsylvanie, aux États-Unis, et des collègues suisses révèlent également que le taux de survie des jeunes girafes est directement lié à la répartition des taches, des motifs qui servent de camouflage face aux prédateurs.

Un girafon se repose sous un arbre.Un girafon se repose sous un arbre. Photo : Université d'État de Pennsylvanie/Derek Lee

Le saviez-vous?

D'une taille de six mètres, la girafe est l’animal terrestre le plus grand. La longueur de son cou est impressionnante, et peut atteindre plus de deux mètres.

Habituellement, une girafe adulte en bonne santé n’a qu’un seul prédateur : le roi de la savane, le lion.

Elle se repose et dort debout. Ce n’est que si elle se sent parfaitement en sécurité qu’elle peut se coucher sur le sol, mais cette position la rend vulnérable aux prédateurs, car elle met un certain temps à se lever.

Celles qui sont affaiblies (par une blessure, une maladie ou la vieillesse) ou les plus jeunes représentent des proies pour d’autres animaux comme les hyènes, les léopards ou les lycaons. Lorsqu’ils s’abreuvent aux points d’eau, les girafons peuvent aussi se faire tuer par les crocodiles.

De précédentes études ont montré que pas moins de trois girafons sur quatre se font tuer avant l'âge de trois mois.

Le saviez-vous?

Une baisse de 40 % des populations de girafes a été observée en Afrique au cours des 30 dernières années, a révélé un rapport de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en 2016, qui classe maintenant l'animal dans la liste des espèces « vulnérables » et menacées d'extinction. Selon l’organisation, le nombre de girafes est passé d'environ 155 000 individus en 1985 à 97 000 en 2015.

La présente étude montre que la survie des jeunes girafes est liée à la répartition de leurs taches, qui peuvent les aider à se camoufler pour échapper aux prédateurs. Cette recherche confirme une hypothèse vieille de 49 ans sur l'héritage des taches des girafes et dévoile qu’un ensemble d'outils peuvent être utilisés pour étudier les marques des animaux sauvages.

Les taches de girafes sont complexes et peuvent être très différentes d'un individu à l'autre, mais nous ne connaissons pas vraiment leur rôle dans la nature.

Derek Lee, biologiste de l’Université d’État de Pennsylvanie

En plus de permettre aux girafes d'échapper à leurs prédateurs, ces marques complexes peuvent aussi les aider à réguler leur température ou à reconnaître leur famille ou d’autres individus.

L’équipe de recherche a analysé les registres de survie et les photos des taches de girafes Masaï (Giraffa camelopardalis tippelskirchii), une espèce que l'on trouve au Kenya, en Tanzanie, et au Rwanda.

Photos montrant les taches similaires entre les mères et les jeunes girafes.Agrandir l’imageLes photos à gauche correspondent à la robe de la mère, et celles à droite à la robe des girafons. Photo : Université d’État de Pennsylvanie/Derek Lee

Elle a ainsi pu établir qu'à l'état sauvage, les taches sont héréditaires, transmises de la mère au bébé, et qu’elles affectent le taux de survie des jeunes.

La couleur de la peau des girafes est uniformément gris foncé, mais leurs taches sont de couleur et de forme très variables, allant de presque rondes avec des bords très lisses à elliptiques avec des bords dentés. La répartition des taches ne change pas au fur et à mesure que l'animal vieillit, une réalité qui permet aux scientifiques d'identifier les individus en fonction de leurs caractéristiques uniques.

Dans leurs travaux, les scientifiques ont révélé que les nouveau-nés présentant de plus grandes taches et des taches de forme irrégulière avaient un meilleur taux de survie durant les premiers mois de leur vie.

Cette meilleure chance de survie pourrait être associée à une plus grande capacité de camouflage, mais pourrait aussi être liée à d'autres facteurs comme la régulation de la température ou la communication visuelle.

En outre, les biologistes ont établi que dans deux des onze traits mesurés, qui sont la circularité et la solidité des marques (la consistance des bords) étaient significativement similaires chez les mères et les bébés.

Cette observation à l’état sauvage confirme les travaux de la Dre Anne Innis Dagg, qui avait émis l’hypothèse du caractère héréditaire des taches à partir d’animaux vivants dans des zoos.

« Nous avons utilisé des girafes sauvages et des techniques modernes d'imagerie et d'analyse pour confirmer ses conclusions », explique Monica Bond, de l’Université de Zurich, en Suisse, qui a participé à ces travaux publiés dans la revue PeerJ (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Zoologie

Science